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DES CAUSES DE LA MISERE EX GENERAL

La misère peut avoir pour cause, ou bien rinsuffisance (les ressources, ou bien leur mauvais emploi. Les ressources peuvent être habituellement, ou du moins fréquemment insuffisantes pour la masse des classes ouvrières, et, dans ce cas, on peut dire, à coup sûr, que l'ordre social porte en lui quelque vice qui paralyse le travail et restreint sa puissance productive. Ou bien les ressources ne sont insuffisantes que pour un certain nombre d'entre les travailleurs, ou elles ne le sont que rarement et passagèrement pour le grand nombre, et alors il faut accuser, non les vices delà société, mais les vices des individus, ou quelqu'un de ces accidents inséparables de notre condition et que ni l'habileté, ni l'activité, ni la moralité des travailleurs ne sauraient détourner. Le mauvais emploi des ressources est une cause

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de misère plusfroquenlepeut-êlre que leur insuffisance. La misère morale est, dans ce cas, la source delà privation et de la souffrance dans l'ordre matériel. Ace point de vue, on rencontre, entre des populations qui vivent dans les mêmes lieux, et qui sont en possession de ressources égales, les différences les plus marquées. Aux unes l'esprit d'ordre et d'économie donne, avec de faibles ressources, une véritable aisance, tandis que, par l'effet de leur incurie ou de leurs désordres, les autres se trouvent, avec les mêmes revenus, réduites au dernier degré du dénûment et de l'abjection. D'autres fois la misère, avec l'abaissement moral et matériel qui en est le caractère saillant, aura sa source dans les conditions mômes où s'exerce le travail. L'atmosphère de l'atelier, l'asservissement à un genre de travail pénible et monotone, le mélange des âges et des sexes, l'entassement des populations ouvrières dans les lieux proches de la manufacture, toutes ces causes, et d'autres encore, énerveront à la fois l'homme moral et l'homme physique, et réduiront l'ouvrier à la condition de ces êtres chétifs et dégradés que nos grandes villes manufacturières voient malheureusement en si grand nombre.

Envisagées d'ensemble, ces causes diverses de la misère peuvent être ramenées à quatre chefs principaux: l** l'état général de la société; 2° les conditions dans lesquelles les industries s'exercent; 5° les dispositions personnelles des travailleurs ; 4° les accidents inséparables delà vie humaine. C'est d'après cet ordre que

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nous les étudierons. Nousexposerons en détail .aulanlque les limites de notre travail nous le permettront, les faits qui servent à déterminer la nature du mal, et, à mesure que nous en reconnaîtrons les caractères et que nous en découvrirons les sources, nous tâcherons d'indiquer les remèdes par lesquels il peut être combattu.

Dans les causes de la misère, comme dans les remèdes qu'on peut lui opposer, l'élément individuel tient une Irès-gran de place. Souvent, nous en sommes convaincu, la moralité de Fouvricr suffirait pour écarter de lui la misère, dans ce qu'elle a de plus douloureux et de plus humiliant. L'ouvrier laborieux et rangé pourra être pauvre, mais rarement il sera misérable. Alors même que la misère a sa source dans les conditions extérieures que l'ordre social et l'organisation industrielle font à l'ouvrier, il pourra, s'il a conservé toute son énergie morale, réagir, dans une assez forte mesure, contre les nécessités que lui impose le milieu dans lequel il vit. Est-ce à dire pourtant qu'il faille tout abandonner à raclioil individuelle, en telle sorte que l'émancipation des travailleurs, qui est un des principes, nous dirons plus, une des conquêtes de notre oi'dre social, ait pour conséquence obligée de laisser l'homme du peuple lutter isolément, par ses seules forces, contre les difficultés qui naissent de cette émancipation môme ? Ce serait, à notre sens, une grande erreur. Il y aurait là une dangereuse exagération d'un principe bon en soi, mais qui ne peut rien avoir d'absolu , et qui doit admettre des tempéraments suivant les circonslances. Celte exagération ten-

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(Irait à confondre l'individualisme avec la liberté et la légitimeindépendance des classes ouvrières. Ces classes, à raison de leur défaut de lumières et de l'infériorité de leur position, peuvent avoir besoin d'une protection et d'une tutelle particulières. Il est à souhaiter qu'elles trouvent, dans l'usage régulier et contenu de leurs propres forces, par l'association, et dans le concours librement offert et librement accepté des classes supérieures, l'appui qui leur est indispensable. Mais si, par le vice ou l'insuffisance des mœurs, cet appui leur fait défaut, l'État pourra et devra intervenir pour suppléer à l'impuissance de la liberté; mais toujours a la condition de limiter son action, de façon à n'ôter à la liberté et à l'initiative individuelles que ce qu'il serait impossible de leur laisser, sans donner lieu aux plus graves abus.

La question de l'émancipation complète du travail et de la libre concurrence se présente ici avec des complications et des difficultés qui ne s'y rencontraient point quand nous l'avons envisagée seulement au point de vue de la puissance productive du travail. La moralité et le bien-être des classes ouvrières y sont également engagés. Le temps présent n'a pas à résoudre de problème plus sérieux que celui-là. A chaque pas qu'ont fait nos sociétés chrétiennes dans la liberté, elles ont eu à vaincre des difficultés semblables, et toujours, grâce à l'esprit catholique, grâce à la puissance de renoncement que l'Eglise communique aux peuples, ces difficultés ont été surmontées. Nous verrons que, de nos jours encore, cet esprit, s'il était universellement accepté par la so-

ciété, ne serait pas inférieur à cette tache, pour l'accomplissement de laquelle notre faiblesse, livrée à ellemême, resterait impuissante. C'est de cet esprit que la liberté est née, et nous verrons que, si la liberté lui restait fidèle, elle pourrait trouver dans ses propres forces le remède aux maux qui ont accompagné l'extension rapide, et quelquefois peu réfléchie, qui lui a été imprimée à la fin du siècle passé. Dans tous les cas, qu'il s'agisse des causes de la misère particulières à notre temps, ou bien de ces difficultés et de ces défaillances auxquelles la vie humaine est sujette à toutes les époques et dans toutes les sociétés, la puissance de l'esprit catholique pour assurer aux masses la vie aisée, régulière et prospère se montrera la même. Partout où régnera cet esprit, l'énergieetla régularité des mœurs individuelles, la pratique générale et constante de.l'association, le patronage des grands et des puissants envers les petits et les faibles, réduiront, autant que le comporte l'infirmité de notre nature, le domaine de la misère.

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