DES CAUSES DU. LA MISERE QUI TIENNENT A L ETAT GENERAL DE LA SOCIETK
Ces causes sont aussi diverses qu'elles sont profondes et étendues. Elles se rapportent, pour la plupart, à des faits dont nous avons déjà signalé le caractère et la portée, en étudiant les causes qui stimulent ou qui paralysent la puissance productive du travail. En effet, la première condition de l'aisance des populations, c'est que leur travail soit assez fécond pour leur assurer le nécessaire. Donc, tout ce qui accroît la puissance du travail tend à restreindre d'autant le domaine de la misère, et tout ce qui diminue cette puissance tend à l'élargir.
Il n'est pas un fait de l'ordre moral qui n'ait son contre-coup dans l'ordre matériel. Toutes les erreurs, toutes les prévarications, toutes les défaillances qui troublent la vie sociale ont pour conséquence dernière
la misère. En effet, n'avons-nous pas vu, par l'affaiblissement des volontés, par l'inertie et Tobscurcissemenl des esprits, suites de l'oubli de la loi du sacrifice, le travail s'énerver, la production décroître, et la misère envahir des sociétés jadis parvenues au plus haut point de splendeur, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre moral? N'avops-nous pas vu, par cette même cause, l'épargne décliner en même temps que le travail, à tel point que le capital est à la fin aussi rare que le travail est languissant? Dans une société où la mollesse, la vanité et la fièvre du luxe ont remplacé la calme et saine activité de la vie sous l'empire de l'esprit de renoncement, le travail peut souffrir encore d'une autre façon : par le déclassement des industries. N'est-ce pas, en effet, une des grandes causes du malaise de notre époque que le défaut d'équilibre entre le travail manufacturier et le travail agricole? L'association est une des forces principales, peut-être la première, de toutes les forces morales par lesquelles l'humanité avance vers l'accomplissement de ses destinées. Qui ne voit de nos jours ce que peut cette force pour l'extension de la richesse et des ressources des masses, et combien l'aisance du grand nombre serait compromise si l'individualisme lui ôtait son énergie? Même observation sur la facilité des échanges et la puissance du crédit, lesquelles tiennent également , comme nous l'avons montré, par les liens les plus étroits, à ce qu'il y a de plus délicat et de plus profond dans les dispositions personnelles des membres de la société, en même temps