COTON. LAINE. LIN. SOIE
Au-dessous de 9 ans » » ♦ » 2f80
De 9 à 13 ans . 4,75 12,5:; 4,05 22,60
De 13 à 18 ans 37,52 39.59 44,00 54,19
Au-dessus de 18 ans 07,73 48,06 51.95 40,41
Voir Progress ofthe nation, p. 235.
DANS LES SOCIKÏÉS CHnÉTIENNES. 22i
troupeaux chez nous. Personne ne les connaît, personne ne leur témoigne le moindre intérêt. Enfermés dans des chambres étroites où l'air est empesté par l'huile des lampes et des machines, on les applique à un travail qui dure toute la journée, et qui se prolonge quelquefois même bien avant dans la nuit. Ces circonstances, le défaut de propreté et le changement fréquent de la température, auquel ils sont exposés en sortant et en rentrant, deviennent la cause d'une foule de maladies, et surtout de la fièvre nerveuse, si commune dans les ateliers. Lorsqu'ils sortent de l'apprentissage, ces enfants sont, dans la règle, des êtres faibles et incapables d'aucun travail fatigant ou soutenu ; les filles ne savent ni coudre ni tricoter, et elles sont dépourvues de toutes les qualités qui font les bonnes mères de famille. »
« Les résultats de ce système, dit M. Ducpétiaux, qui rapporte ce passage du docteur Aikin, paraissent avoir été effroyables; mais ils sont en partie oubliés aujourd'hui. Un seul fait fera comprendre l'immoralité des transactions qui eurent lieu à cette occasion. Dans une convention faite entre une paroisse de Londres et un manufacturier du.Lancashire, une clause stipulait que ce dernier prendrait un idiot par chaque nombre de vingt enfants bien portants. Le travail forcé, la punition corporelle qu'il nécessitait, l'encombrement et la saleté des lieux où les apprentis étaient réunis, furent portés à un tel point, que la nature sembla vouloir venger elle-même ces outrages, et il se développa dans les
ti22 l)K LA IIICHESSE
comtés industriels des fièvres pestilentielles qui déterminèrent une mortalité effrayante'. »
Quand la vapeur fut introduite dans les ateliers, le mal se généralisa et s'aggrava. Voici quel élait le travail exigé des enfants dans la plupart des manufactures, à l'époque où sir Robert Peel fit passer le bill de douie heures. « La durée du travail était tous les jours, excepté le samedi, de treize à seize heures, y compris une heure au moins accordée pour dîner. Un grand nombre de ceux qui étaient soumis à ce travail étaien des enfants de neuf, huit, sept et six ans; et avant l'enquête il y en avait au-dessous de six ans et même audessous de l'âge de cinq ans. Ces enfants reslaient à l'ouvrage aussi longtemps que la machine élait en mouvement, et pendant tout ce temps ils ne pouvaient ni s'asseoir, ni quitter la manufacture. C'est en vain que, le soir, ils se plaignaient de fatigue et de douleurs dans les membres; leurs surveillants, et même leurs parents, ne leur répondaient le plus souvent que par des coups, comme si les coups avaient pu suppléer au défaut de forces. Leurs jambes s'affaissaient; mais le génie du lucre est inventif : on les mit dans des bottes de fer-blanc pour les soutenir-. »
L'intervention de l'autorilé réprima ce qu'il y avait de plus odieux dans cet abus; toutefois le mal resta tel, que les commissaires de l'enquête de 1832, après avoir
' De la Condition physique cl morale des jeunes ouvriers, tome 1, p. .*» ( t suiv.
'- Ibid.
constaté certaines exagérations dans les plaintes qu'il avait soulevées, concluaient en ces termes : « Les effets du travail prolongé des enfants sont, dans un grand nombre de cas : 1"* l'affaiblissement de la constitution; 2° des maladies souvent incurables; SM'impossibilité, tantôt partielle et tantôt complète, de profiter des ressources offertes à l'éducation. »
Nous avons dit, en caractérisant la misère en Angleterre, au chapitre deuxième de ce livre, ce qu'étaient l'ignorance et la corruption précoce de l'enfance dans les localités industrielles. Le tableau que nous en avons fait montre assez quelles sont dans ce pays les conséquences morales de l'emploi des enfants dans les manufactures.
En France, le mal a moins d'étendue et moins d'intensité. Toutefois, les hommes les plus compétents, M. Villermé particulièrement, qui a étudié l'état de l'industrie avant la loi de 1841 sur le travail des enfants, nous le signale comme une des plaies les plus dangereuses de l'ordre social'. Le plus récent des écrivains qui ont étudié hes causes de la misère en France, M. Modeste, nous en fait la plus sombre peinture. « Sans doute, dit-il, nous n'avons rien de pareil à ce qu'on a appelé le marché aux enfants, à Londres, rien de pareil à la déplorable histoire des mines anglaises. Mais, malgré tout, l'état des choses est certainement bien grave. C'est dans l'industrie qu'on a vu, l'hiver,
* Outre les faits nombreux, rapportés dans les divers endroits du livre de M. Villermé, voir paFticulièrement le chap. iv du II* volume.
de pauvres petites filles de sept ans, arrachées brusquement au sommeil, portées à la manufacture, pleurantes et g relouantes sur les épaules de leurs mères. C'est dans l'industrie qu'on a trouvé, pour les décrire avec une émotion profonde, ces ateliers où s'éteignait lenlement, au sein des privations et du travail, une population déjeunes filles rachitiques et contrefaites. C'est l'industrie qui a provoqué la loi, à demi exécutée, du 22 mars 1841, sur le travail des enfants dans les manufactures. Les enfants de Lille, que le défaut de vêlements empêchait d'aller à l'école, appartenaient à une population industrielle, et la manufacture, au refus de l'école, les recevait malgré leurs haillons.
(c Après cela, quelle situation morale que celle de ces enfants des classes malheureuses ! Malgré des progrès marqués et croissants, répétons-le pour l'honneur de ceux qui les ont semés ou les étendent, l'éducation est pour eux, nous l'avons vu, restreinte, clair-semée, incertaine; ici encore, c'est le régime industriel qui accuse et qui supporte la plus forte part du mal. Dans toute localité, plus d'industrie, c'est moins d'enfants aux écoles Dans ce monde de maux dont nous parcourons les replis, tout se lie, tout est inexorable et fatal. Une fois projetée la misère sur l'étendue de ces popul.itions condamnées, de ce jour et toujours, comme sous une ombre malsaine, sortent du sol, se perpétuent, se propagent d'une façon inévitable, et nous verrons s'il faut dire invincible, ces plantes empoisonnées qui s'appellent ignorance, abaissement intel-
lectuel, abus du travail, etiolement continu, mortalité excessive et rapide. Tout cela est fatal ; fatale aussi est celte immoralité des enfants au sein des manufactures; fatale encore cette criminalité de l'enfance qui, dans ces derniers temps surtout, s'est accusée par des chiffres accrus à.un si haut point, et est devenuel'une des préoccupations les plus graves et les mieux justifiées des publicistes et de la magist^ature^ »
Toutes ces misères ont leur origine dans les conditions présentes de l'industrie manufacturière ; c'est la division du travail et l'emploi des moteurs mécaniques qui rendent possible et avantageux, matériellement parlant, l'emploi des femmes et des enfants dans les grands ateliers. Mais rien au monde ne peut changer ces conditions nouvelles du travail qui, en elles-mêmes, sont une conquête de l'homme sur la nature. Les découvertes du génie industriel sont l'occasion plutôt que la cause du mal ; la véritable cause est, faut-il le dire encore, dans les vices des chefs de l'industrie et de leurs ouvriers. Nous avons vu comment les premiers, quand la loi laisse libre carrière à leur cupidité, abusent sans honte et sans remords des forces de l'enfance. Les ouvriers ne sont pas moins coupables ; ceux qui les ont étudiés de près, dans les détails de leur \ie, affirment que très-souvent, c'est le désir de grossir, par le salaire des enfants, des ressources destinées à alimenter leurs prodigalités et quelquefois leurs débauches, i[u\
* Du Paupérisme en France, p. 136 et suiv.