NOTI<:S
compte sérieux <lc son temi)s; pour se rendre d'une ville à une autre il a un nombre d • jours fixé; s'il est contraint de le dépassai-, il doit en iniornier le commis de la ville la plus voisine, en indiquant où il s'est arrêté et quel motif le retient. (Jutre ces devoirs qui concernent la vie extérieure, le compagnon est tenu d'observer les statuts de la société, de lui garder un seci et inviolable sur certains points, de lui consacrer une part déterminée de son temps, de secourir Iraternellement ses compagnons en toutes circonstances, et de soutenir partout l'honneur de la corporation. »
L'obligation du secret et l'obligation de soutenir partout l'honneur de la corporation sont les côtés périlleux du compagnonnage. Le secret peut prêter à des machinations politiques de la nature la plus répréhensible. Sous prétexte de soutenir l'hoiineurde la corporation, les compagnons engagent contre les ouvriers des autres corporations des rixes parfois sanglantes qui déshonorent le compagnonnage. Ces côtés défectueux de ces associations, d'ailleurs si utiles, tiennent aux conditions dans lesquelles elles se sont primitivement développées. Formées sans existence légale, en dehors et audessous de la corporation, elles ont toujours conservé le mjsîère dont leur origine a été couverte, aussi bien que les rivalités sauvages d'un l(emps oij les mœurs étaient plus fortes mais aussi plus rudes. l^a réorganisation de ces associations sous l'influence de l'Église catholique, qui a toujours énorgiqucment combattu en elles ces graves abus, les amènerait à respecter toujours l'ordre et à répudier tout mystère, conditions sans lesipielles, au temps présent, elles ne pourront jamais se faire accepter pas plus par l'opinion que [lar les tX)uvoirs publics.
Comme les anciennes corporations, les associations du compaj^nonnage mêlent les fêtes aux devoirs, la lèle pationale, l'enterrement du com|iagnon, la conduite des coni[ agnons qui quittent une ville du devoir, sont les principaux motil's des réunions solennelles des membres de l'association. La célébration de la fête de Saint-Joseph olfre dos particularités qui méritent d'être notées, parce qu'elles révèlent chez les compagnons certaines tendances morales et religieuses, certaines habitudes de dignité et de déférence envers des [»rotecteurs appartenant à des classes plus élevées, dont on pourrait tirer très-grand parti pour une réorganisation du compagnonnage.
« Le 19 mars, jour de saint Joseph, les charpentiers compagnons ilu devoir se réunissent entre dix et onze heures chez la mère. Chacun doit être en costume de cérémonie ; on n'admet ni blouse, ni casquette; mais le compagnon qui n'a pas le costume convenable est dispensé de ce devoir. A onze heures on se rend en corps à l'église Saint-Laurent pour assister à la messe de midi; la mère en grande toilette est conduite en tête par un ancien qui lui donne le bras. Le chef-cV œuvre est porté en grande pompe dans le cortège ; c'est un modèle d'une pièce de charpente où sont réunies et surmontées les plus grandes difficultés de la coupe du bois. Comme toutes les œuvres de cette espèce, elle a été exécutée par les plus savants compagnons pour monlrer le niveau d'habileté auquel s'est élevée la corporation. Le cortège est formé des compagnons couverts de leurs insignes et marchant sur deux files parallèles. La musique d'un régiment les précède durant tout le trajet ; elle entre à l'église et joue pendant la messe,
« A l'éghse la mère prend place dans le chœur ; on dépose le chef-d'œuvre en face du maître-autel, et le curé dit lui-nicnie la messe solennelle, qui est suivie d'un sermon oii l'on introduit l'éloge de la corporation des charpentiers. Au sortir de l'égUse on porte hî pain bénit chez le maire, les adjoints, le commissaire de police, le curé de la paroisse, quelques fournisseurs, et enfin deux riches marchands de bois qui exercent au profit de la société un patronage officieux fort utile auprès des autorités et des personnages influents. Ces deux marchands de bois sont traités dans un repas spécial, un jour ou deux après celui qui réunit les compagnons à la fête patronale. »
Après cette cérémonie les compagnons se réunissent dans un banquet auquel préside la mère entourée des anciens de la corporation. A la fin du repas, la mère rend compte, dans un discours préparé, de l'état de la société pendant l'année qui finit. Enfin ajoutons, comme trait de mœurs modernes faisant contraste avec les usages anti(|ues que nous venons de rapporter, que la journée finit })ar un bal au jardin d'Hiver.
Comme les anciennes corporations, le compagnonnage a ses insignes dont les compagnons se montrent très-jaloux, jaloux parfois jusqu'à l'excès, et qui contribuent à mainlenir parmi eux l'esprit i:. 38
de corps et une certaine dignité extérieure qui n'est pas indifîércnleà la dignité morale de la vie.
« Les insignes portés par les charpentiers compagnons du devoir varient selon les diverses solennités. A la fête on les revêt tous; ils consistent en une longue canne de jonc avec bout ferré et pomme' en bois d'ébène, portant les lettres de la société, V. G. T. U ; deux boucles d'oreilles portant suspendues, d'un côté une petite besaiguë, do l'autre une petite équerre croisée avec un compas; enfin, des rubans ou couleurs que les charpentiers portent enroulés au haut de la forme du chapeau. Les rubans portent imprimés en or les quatre lettres de la société, le nom du compagnon avec les figures symboliques du compas et de la besaiguë, et ordinairement quelques dessins relatifs à la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces rubans ne se vendent qu'à Saint-Maximin, près de la Sainte-Beaume (Var). Un vieux compagnon (actuellement un charpentier) est étabU là pour les fournir aux membres des diverses sociétés de compagnonnage,, mais à eux seuls. La Sainte-Beaume (ou sainte grotte), que les traditions désignent comme la retraite où vint mourir sainte Marie- Madeleine, est le lieu sacré de tous les compagnonnages. Deux cents compagnons visitent habituellement chaque année la grotte et l'ermitage voisin. Ils apportent leurs rubans pour les faire toucher à la statue de sainte Madeleine, et, moyennant Olr. 15, le gardien appose sur leurs livrets et sur les gravures qu'ils achètent le cachet qui témoigne de leur passage au lieu consacré. »