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rent de profession à profession. On comprend, en effet, que, suivant le danger que présente une industrie pour la vie ou la santé des travailleurs, selon que la nature de ses travaux est plus ou moins pénible ou répugnante, selon que l'opinion publique la tient en défaveur, il faille, pour y atlirer les bras, une rétribution plus considérable. Les causes contraires, les facilités, les agréments que peuvent procurer certaines professions, agiront en sens contraire et abaisseront le salaire'. De même pour les professions qui exigent une habileté particulière, le salaire s'élèvera à raison de ce que les aptitudes spéciales s'offriront en nombre moins considérable. Par toutes ces causes, l'offre du travail, dans les conditions particulières oi^i il s'exerce, se trouvera réduite et le salaire s'élèvera d'autant. 11 se formera entre toutes les professions comme une échelle des salaires, depuis celles qui, exigeant des aptitudes peu ordinaires et exposant à des chances fâcheuses, obtiennent la rétribution la plus forte, jusqu'à celles qui, ne réclamant que les facultés communes de l'homme et n'entraînant aucun désavantage particulier, n'obtiennent que la moindre rétribution.

Ce ne sera pas seulement entre les différentes pro-

* Toutefois il faut ici tenir compte d'une modificition que signale en ces termes M. Roscher {Principes d'Économie politique, § 170) :

« Le classement des diverses branches du travail, et de la rémunération qui doit leur appartenir, est fait par l'opinion publique, et celle-ci ne se modifie que fort lentement. Elle ayit sur le rapport entre l'offre et la demande comme ce rapport réagit sur elle; Téquilibre entre Tagrémenlquc procure le travail et le taux du salaire ne s'établit que pour les occupa-

fessions que s'établiront les différences de salaires ; elles se produiront encore entre les divers travailleurs d'une même profession. Ici c'est la considération du prix du travail qui déterminera la différence. En effet, ce sont les résultats du travail que l'on paye par le salaire ; si ces résultats ont une valeur exceptionnelle à cause de leur perfection, le salaire qui en sera le prix atteindra un taux exceptionnel. Ces différences seront plus particulièrement marquées dans les professions où le travail de l'ouvrier se rapproche davantage du travail de l'artiste. D'autres fois, ce ne sera pas la qualité des résultats, mais leur quantité qui déterminera une plus grande élévation des salaires. 11 est des ouvriers qui mettent au travail plus d'activité que d'autres, et qui, durant un temps déterminé, sans produire mieux, produiront plus. Il est certain que ceux-là aussi percevront un salaire qui sera plus considérable si l'on ne fait attention qu'au temps employé, mais qui ne dépassera pas la mesure commune si l'on a égard à la valeur des résultats obtenus. C'est sur ces faits que se fondent les avantages du travail à la tâche, c'est-à-dire du travail 011 l'on paye, non le temps employé, mais les résultats obtenus. Ce mode de rétribution du travail a souvent pour conséquence de faire hausser le salaire journalier en imprimant à l'ouvrier, par le stimulant de l'intérêt personnel, une plus grande activité.

tions placées au même niveau social ; il arrive souvent que les travaux les plus rebulanls et les plus pénibles deviennent le partage de ceux qui sont forcés d'accepter n'importe quel salaire et de s'en contenter. »

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Les salaires peuvent aussi se trouver abaissés, par des causes particulières, pour toute une classe de personnes. Il en est ainsi du salaire des femmes qui se trouve généralement fixé à un taux fort inférieur à celui des hommes. Cette dépréciation tient à la faiblesse naturelle delà constitution des femmes qui les rend inaples à un grand nombre de professions; en outre, l'opinion, les règles des convenances, qui sont aussi la plupart du temps des règles de décence et de morale, les éloignent de plus d'un genre d'industrie; beaucoup de femmes sont d'ailleurs, faute d'apprentissage régulier, dépourvues des aptitudes spéciales que l'éducation industrielle donne aux hommes. Ajoutez la concurrence que font aux ouvrières livrées à elles-mêmes les ouvrières qui trouvent, dans la famille ou dans des institutions charitables, un appui et certains moyens d'existence, et vous aurez la raison de cet abaissement si regrettable de la rétribution du travail des femmes.

Du reste, quelles que soient^ ces différences dans le salaire des divers métiers et des divers individus qui s'appliquent à un même métier, elles ne changent rien à l'action des causes générales qui déterminent le taux des salaires pour la société prise dans son ensemble. Par l'action de ces causes les salaires haussent ou baissent, sans que les différences qui s'établissent par les conditions particulières du travail, pour les métiersou pour les individus, s'en trouvent affectées. La baisse ou la hausse s'effectueront proportionnellement à la situalion de chacun. Dans le cas d'une dépréciation générale

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du travail, toutes les classes de travailleurs seront atteintes, mais toutes ne souffriront pas également. Pour les rangs les plus élevés du travail, où la rétribution de l'ouvrier est considérable, la réduction des salaires n'atteindra que le superflu; pour les rangs intermédiaires oii le salaire suffit à la vie, mais sans donner beaucoup plus que le nécessaire, la réduction dans les ressources fera passer l'ouvrier de l'état d'aisance à l'état de gêne; pour les derniers rangs, où le travail donnç à peine le strict nécessaire, toute diminution de salaire aura pour conséquence la misère. Les effets d'une baisse dans le taux des salaires seront donc très-différents au point de vue de la condition des travailleurs, suivant que le travail aura en lui-même plus ou moins de valeur; mais l'action de la loi régulatrice des salaires s'exercera uniformément dans tous les cas.

On a fréquemment débattu la question de savoir si les salaires se règlent sur le prix des subsistances nécessaires à la classe ouvrière? 11 n'y a d'autre loi du salaire que la loi d'offre et de demande, dont nous venons d'exposer les effets. Si, par suite du haut prix des choses nécessaires à la vie, l'offre du travail se trouve diminuée, les salaires s'élèveront de manière à se placer au niveau du prix des subsistances. A la longue, il en sera ainsi, la population se proportionnant d'ordinaire aux moyens de subsistance. Néanmoins il est impossible d'assigner à ce mouvement aucune marche régulière, ni aucune limite absolue à la dépréciation des salaires. Nul ne peut dire jusqu'où l'homme, par l'empire qu'il

exerce sur ses besoins, saura réduire ce qui constitue le nécessaire de la vio. L'Irlandais ne s'est-il point, pendant de longues années, restreint à une condition audessous de toutes les prévisions? A la longue pourtant il faudra bien que l'équilibre se rétablisse, mais souvent ce ne sera qu'après une dépréciation prolongée des salaires, accompagnée de cruelles privations et d'une affreuse mortalité. Quelquefois aussi l'équilibre se rétablira par l'émigration, comme il est arrivé depuis dix ans pour l'Irlande. On peut donc dire qu'à la longue le taux général et constant des salaires se déterminera d'après le prix des subsistances. Mais cette loi ne trouvera aucune application quand il s'agira des fluctuations passagères que peuvent subir les salaires. Ici ce sera fréquemment l'effet contraire qui se produira : les salaires diminueront en même temps que le prix des subsistances augmentera ; il arrivera même que les causes qui élèvent le prix des denrées alimentaires feront, par contre-coup, baisser le taux des salaires. Ainsi en est-il en cas de crise alimentaire. Aussi voit-on fréquemment, même pour les pays qui vivent dans un état de prospérité habituelle, les classes ouvrières passer en peu de temps de l'état d'aisance à l'état de gêne, et quelquefois à l'état de détresse; en sorte que ces fluctuations des salaires sont au nombre des causes les plus actives de la misère, dont nous aurons, dans le livre suivant, à étudier les effets.

On a cherché dans l'association des ouvriers entre eux et des ouvriers avec les maîtres un moyen d'élever

les salaires. Le but a été atteint pour certaines associations, il a été manqué pour le plus grand nombre. Il a été atteint toutes les fois que les associations se sont trouvées composées d'un nombre -d'ouvriers peu considérable, choisis parmi l'élite de la population ouvrière; parce que chez ces ouvriers il s'est trouvé assez de bon sens pour comprendre la nécessité d'une hiérarchie fortement organisée au sein de l'égalité qui dominait l'association. Quand les associations étaient formées entre les maîtres et les ouvriers, il a fallu beaucoup de tact et de bienveillance du côté des maîtres et beaucoup de sagesse du côté des ouvriers. Là oii les conditions essentielles de la production ont été respectées, l'intérêt propriétaire a stimulé le zèle des ouvriers et rendu leur travail plus productif; à tel point que, pour plusieurs de ces associations, après déduction faite des retenues qui ont pour but de rembourser les sommes avancées à l'association par l'État et de lui former un capital, les salaires se sont trouvés plus élevés encore que pour les autres industries. L'augmentation des salaires tient ici au développement exceptionnel de la puissance du travail, et nous avons vu, en traitant de l'association dans notre deuxième livre, que ce n'est que moyennant des conditions toutes particulières que l'association ouvrière peut donner au travail un surcroît de fécondité \

* Voir sur rinflucnce favorable que les associations ont exercée sur les salaires et sur les conditions de cette influence, particulièrement le livre de M. Lemercior, Études sur les Associations ouvrières. M. Audiganne conclut dans le même sens que M. Lemercier. Voir les Populations ou-

Une dernière remarque reste à faire : c'est que la coutume peut modifier le taux des salaires, et que souvent elle le fixe au-dessus de ce qu'il serait par l'action des causes générales ou particulières que nous venons d'exposer. Souvent la bienveillance des patrons, quelquefois même les idées reçues ou la vanité peuvent avoir cet effets

Dans les temps où la charité exerçait une influence souveraine sur les mœurs, les dispositions bienveillantes des riches envers les pauvres avaient souvent pour effet de maintenir les salaires à une certaine hauteur. La crainte de commettre, en réduisant à outrance le salaire de l'ouvrier, un de ces abus que la morale de l'Eglise catholique range parmi les péchés qui crient vengeance au ciel, faisait d'ordinaire pencher la balance en faveur de l'ouvrier, et prévenait, la plupart du temps, cette exploitation de l'ouvrier par l'égoïsme des maîtres, à la faveur de la libre concurrence, dont nous sommes souvent les témoins; surtout elle remédiait fréquemment, au moins dans une certaine mesure, aux dépréciations passagères des salaires, ordinairement si désastreuses pour la classe ouvrière\

vn'ères de la France, 5' région, iv, 5". Voir encore les Êluiles sur /M gleterre, de M. Léon Faucher, édit. de 1845, ir, i'itS, et les Ouvriers des deiixmo des, monog. IX, note A; les Ouvriers européens, monog. VI, note C.

* V. Mil), Principes dÉcon. polit.,\i\i'c II, chnj). xvi, § 7.— M. Rose! er, Principes d'Ëcon. polit., § 170. Voir aussi les rt marques de M. Lej»Iay dans les Ouvrions des deux inondes, tonie H, p. 48.

* Voir sur ce point les remarques Irès-justt.s de M. Mouuicr, de rAciion du cierge, tome 11, p. 25.

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