‹ De la Richesse dans les Sociétés ChrétiennesChapitre 6 sur 74 · PROFIT DE L ENTREPRENEUR · texte numérisé non relu

PROFIT DE L ENTREPRENEUR

Le profil de rentreprcncur se compose d'élcmenls divers; il peut s'y rencontrer un salaire^ un produit net et une prime d'assiiraure pour les risques de l'entreprise. Si l'entrepreneur emploie ses propres capitaux, il en comptera l'intérêt dans son profit; mais, dans la réalité, l'intérêt demeurera un revenu distinct; il est déterminé, môme quand il est perçu par l'enlrepreneur en qualité de capitaliste, par une loi différenle de celle qui détermine les salaires. Le revenu propre de l'entrepreneur est essentiellement un salaire, seulement il se perçoit dans des conditions particulières qui lui donnent un caractère distinct, sans toutefois en changer la nature. C'est l'entrepreneur lui-même qui se paye la rétribution de son travail, laquelle consiste dans l'excédant du prix de ses produits sur les frais de toute espèce qu'il a faits pour les créer.

La rétribution de l'entrepreneur est donc toujours éventuelle, jamais positive et absolument certaine comme celle de l'ouvrier, qui travaille moyennant un salaire convenu. Dans certaines entreprises, assurées du marché par la nature de leurs produits et préservées des effets d'une concurrence ruineuse par les conditions dans lesquelles elles s'exercent, les risques seront peu de chose, et le profit ne recevra point d'accroissement de ce chef. Au contraire dans les industries soumises à des chances périlleuses, le profit de l'entrepreneur atteindra un tauxtrès-élevé. Pour beaucoup d'industries, dans l'état présent de la société, les chances de ruine sont graves et multipliées, et c'est ce qui explique les grandes fortunes que, de temps en temps, on voit se former dans l'industrie.

Le profit de l'entrepreneur peut se trouver modifié par les diverses circonstances qui modifient les salaires, à raison des avantages ou des désavantages que présentent les diverses professions. Si l'entrepreneur possède des qualités exceptionnelles, une habileté spéciale, une moralité qui lui attire la confiance de tous, ces avantages personnels seront pour lui la source de bénéfices parliculiers, qui élèveront son profit au-dessus du niveau des profits perçus d'ordinaire dans les mêmes industries.

A part ces causes particulières qui agissent sur le taux des profits dans les différentes entreprises, il s'établira ici, comme pour les salaires et par des raisons analogues, un certain taux, qui sera le taux habituel II. 5

et général du revenu de l'entrepreneur, dans une société

donnée à un moment déterminé.

Le profit pourra comprendre aussi un produit net, si l'entrepreneur se trouve, par la force des choses ou par le privilège de la loi, délenteur exclusif de quelque procédé, ou de quelque avantage industriel, qui lui permette de produire à moindres frais des choses qu'il vendra au même prix que celles qui coûtent davantage à produire. Souvent ce produit net restera distinct du profit, parce que l'entrepreneur ne fera qu'exploiter un procédé qui lui sera étranger, et dont l'auteur lui concédera l'usage, moyennant une rétribution qui représentera le produit net dont ce procédé sera la source.

Fréquemment il arrivera que l'entrepreneur sera en même temps propriétaire, capitaliste et ouvrier. Telle est, par exemple, la condition du petit cultivateur, qui laboure son champ et l'exploite avec son propre capital. En pareil cas, comme nous l'avons dit dans le premier chapitre de ce livre, bien qu'aucun de ces divers revenus n'apparaisse sous une forme distincte, d'ordinaire, pourtant, le revenu de l'entrepreneur, dans son ensemble, représentera la somme à laquelle ces revenus se seraient élevés, si tous les éléments de la production étaient restés dans des mains différentes. Mais il arrivera fréquemment que le désir légitime d'indépendance des petits entrepreneurs, les avantages qu'une exploitation à eux propre procure à leurs familles, les détermineront à se contenter de bénéfices

moins considérables; car souvent, avec des revenus moindres, ces petits entrepreneurs auront plus de bienêtre réel et une situation à tous égards meilleure, que celle des travailleurs qui ne jouissent pas de la même indépendance.

Page 1