QUATRIÈME PARTIE
Administration politique des- mines et usines.
Si l’exploitation des mines et usines offre de précieux avantages aux divers étals qui les possèdent, ces avantages ne peuvent être durables qu’autant que le développement et la conservation d’une branche d’industrie essentiellement différente de toutes les autres, sont assurées par une sage administration. Il ne sufliroit donc pas, ainsi que nous l’avons déjà remarqué (pag. ato etsuiv.) de connoitre la richesse minérale de chaque pays , pour apprécier exactement l’influence qu’elle peut y exercer sur la prospérité publique ; il faut encore examiner sur quels principes y repose l’administration des mines et usines.
Il n’est point d’objet sur lequel on rencontre communément plus d’opinions erronées que sur les mines. A cela rien d’étonnant, puisque plusieurs personnes, même très-habiles dans d’autres parties, ont été dans le cas d’opiner sur celleci, sans avoir jamais vu de travaux souterrains, ou tout au plus d’après quelques exemples particuliers , déduits de petites exploitations et de fouilles superficielles que la tendance naturelle à généraliser les idées l’ait trop souvent confondre avec
Danger fitutea •oalugies à cct égard.
les mines proprement dites. Si tout homme, d’une instruction médiocre, a quelques notions préliminaires concernant l’agrictilturé, la conservation des forêts, la construction des édifices publics ou particuliers, l’activité des manufactures et beaucoup d’autres objets qui intéressent généralement, c’est que tout homme a vu, dès son enfance, des champs, des forêts, des maisons et. des fabriques. Il n’en est pas de même des mines. On peut être fort instruit d’ailleurs, et n’étre jamais descendu dans de vastes travaux souterrains, même par curiosité; à plus forte raison est-il impossible que l’on acquière sans effort, et pour ainsi dire de soi-même, des idées exactes sur celte matière. De la difficulté de l'étudier, il est résulté souvent, dans les discussions relatives aux mines, ce qui arrive dans l’examen de toutes les questions dont l’objet n’est pas connu d’une manière précise; on s’est abandonné aux analogies, qui sont quelquefois trompeuses. C’est ainsi qu’on a confondu les mines, soit avec les trésors trouvés, parce qu'il est quelques mines qui ont occasioné des fortunes subites; soit avec les biens-fonds, parce que plusieurs mines, au moyen d’une bonne administration, ont offert, pendant quelque temps, des revenus annuels assez constans; soit avec les carrières, parce que les mines appartiennent au même règne, et emploient une partie des mêmes moyens; soit avec les manufactures, parce que les mines et usines sont aussi le théâtre d’une industrie active et variée. De là des erreurs si multipliées, et si funestes dans leurs conséquences, qu’anjourd’hui, avant d’indiquer ce que sont les mines, il est nécessaire d’expliquer ce qu’elles ne sont pas., pt<n je ccttr dû- Commençons par-là; nous examinerons ensuite comment la nature des choses doit faire considérer les mines; à qui
elles peuvent et doivent appartenir comme propriété; à qui peut et doit appartenir le droit de les exploiter; comment elles ont été considérées sous le point de vue d’économie politique par les difierens peuples, tant auciens que modernes; comment elles le sont aujourd’hui. Nous essaierons de tirer de cet examen quelques principes généraux d’administration.
Les mines ne sont point des trésors. Sans parler de leur manière d’èlre naturelle, qui est essentiellement variable, les dépenses et les connoissances qu’exige leur exploitation prouvent suffisamment la diflérence. Point d’apalogie admissible entre les mines et les biens ruraux , puisqu’elles appartiennent à un règne de la nature dans lequel les êtres sont dépourvus de la faculté de se reproduire et de se multiplier. Elles diffèrent aussi des carrières, puisque celles-ci, en général, par leur disposition naturelle près de la surface du sol , par l’abondance de leurs produits et par la facilité relative de leur exploitation, sont exposées à beaucoup moins de dépenses, de vicissitudes et de dangers. Enfin, on ne sauroit confondre sans erreur l’exploitation des mines et usines, qui est une branche d’industrie génératrice, avec l’industrie manufacturière qui façonne les matières premières existantes, mais qui n’a point pour objet immédiat de les faire exister. En effet, une manufacture est susceptible de s’établir et de se maintenir dans tous les lieux et dans tous les temps, qui la mettent à même de recevoir les matières premières qu’elle emploie, et de livrer avantageusement scs produits au commerce; ainsi, la ruine d’une manufacture, quoique ce soit un très-grand malheur, ne ravit point à l’état l’espérance de la voir renaître, soit au même endroit, soit ailleurs, soit à une autre époque, en un mot dans des circonstances plus