PORTUGAL
Les montagnes du Portugal sont riches en gîtes de minéraux exploitables; mais le manque de bois s’est opposé à ce qu’ils fussent mis à proüt (i).
Nous lisons dans un ouvrage estimé (2) , qu’en' Portugal on n’exploite aucune mine, à l’exception des mines de mercure situées près de Couna, et de celles de houille ou charbon de terre qui sont ouvertes près de Figuiero. « Il est rigoureu- » sentent défendu de fouiller la terre pour y découvrir des » métaux». Les renseignemens suivans, qui sont tous extraits du meme ouvrage, font voir que cette défense rigoureuse indique seulement qu’on ne peut exploiter les mines en Portugal san, la permission du gouvernement, ainsi que cela a lieu dans beaucoup d’autres états. Ailleurs, l’auteur indique une usine à fer ,*si tuée à quelque distance de Carricaes, à Cbapa-Cunba, dans la province de Tra-los-Monles, et il la cite comme la seule qui existe dans le royaume. On exploite le minerai qui alimente cette usine dans son voisinage, vers Felguiera et Torre de Moncorvo. Aux environs de Rlogadouro, on a découvert la plombagine (carbure de fer) à Ventozello , et le gouvernement a ordonudd’y f^redes recherches que deptus il a fait cesser. AutrefoisM^Hp encore l’auteur, on a
(1) Géographie de M. Gaspari, intitulée : Lehrbuch der Erdbescheibung, Zweiter Cursus (Weimar, 1801), pag. 545.
(3) Voyage en Portugal, fait depuis 1797 jusqu'en 1799, par MM. Lrnk et le comte de Hoffmansegg , traduit de l'allemand ( Paria, 1808 ), tom. 3, page 75.
Ibidem , loin. 5, pag. 27 et suiv., 1 55 et suiv.
Mine* do Portugal, a.* E™ Europe.
Mercure.
Fer.
Plomb.
exploité du minerai de plomb dans la même province, à quelque distance de Mogadouro, vers le Sabor. Un gile abondant de minerais de ce même métal est connu dans les environs de Longroiva, au bord de la rivière nommée Rio prisco. L’extraction de ces minerais, que les paysans vendoient aux Espagnols, a donné lieu, vers 1740, à un commerce assez considérable. L'autorité suspendit bientôt cette exploitation irrégulière. En 1 762 , un homme prétendit faire partie de la compagnie qui avoil été chargée par le roi d’exploiter celte mine, et s’occupa de relever rétablissement; mais, par sa mauvaise administration, il le lit tomber sous le séquestre où il est encore (1).
îiouiiie. Le Cabo de Buarcos, situé dans la province de Beira, tout
près et au nord de la rivière* nommée Mondego , est remarquable par une mine de charbon de terre (houille), poussée aujourd’hui à la profondeur de soix*nle-quinze brasses, dont soixante-cinq au-dessous du niveau de la mer. Les produits peu considérables de cette mine sont transportés par terre jusqu’à Figuiero, et de là, par mer, jusqu'à Lisbonne, mais uniquement pour le compte du gouvernement, indice* de mine- Le même ouvrage nous apprend que les habitans des bords du ruisseau nommé Liça, près Sarzedas,en tirent une petite • quantité d’or, et Tanl^r est porté à croire qu’en général il
existe beaucoup de gîtes déminerais dans les montaÇhes d’ardoise et de pierre sablonneuse ( vraisemblablement schiste et granwacke), qni constituent une partie de la province de Beira (2). On rencontre, sur les confins de celte province et
(1) Voyage en Portugal , etc., tom. 3, pag. 140 et 14*-
(2) Ibidem, tom. 5, pag. 149 et i5a.
de l’Esiramadure, des minerais de fer oxidé ronge que l’on pourroit mettre à profil. Les montagnes des environs dOporlo présentent partout des indices de minerais de cuivre et d’autres métaux. On prétend que, dans les montagnes granitiques des environs de Visen, au lieu dit Burraco de Stanno , il a existé des mines d’étain ,*dont l’auteur n’a trouvé aucune trace (i).
Je dois joindre à ces renseignemcns ceux que m’a communiqués en outre M. Monteiro , portugais, très-versé dans l’étude de la minéralogie.
Il existe en Portugal, dans la province d’Estramadnre , deux élablissemens très-anciens, relativement à l’exploitation et an travail ultérieur du fer. L’un est situé dans le district de Thomar, l’autre dans celui de Figuiero dos V inhos ; ils ëtoient déjà abandonnés depuis long-temps, lorsque le roi Jean IV les rétablit vers le milieu du dix-septième siècle. Ces usines à fer se sont maintenues jusqu’en 1759; elles fournissoient beaucoup de fer de très-bonne qualité, pour le compte et pour les besoins du gouvernement; mais elles furent abandonnées de nouveau jusqu’en 1803, époque à laquelle le Prince-Régent les releva par une ordonnance spéciale, et en coniia la direction à M. d’Andrada. On commença par remettre en activité les ateliers de Figuiero dos Vinhos. Cet établissement fournissoit déjà du fer en i8o5; nous ignorons son état actuel.
Vers la même époque, on avoit découvert âes couches de houille, qui paroissoit excellente, dans la province d! Entre- Douro et Minho , à V ialonga , au nord-nord-est d’Oporto.
(*) Voyage en Portugal, ctc.,iom. 1, p. 3 76 et 428; ettom.3, p.75.
DétiiU ultérieurs.
— sur les usine* à fer.
— «or le* muet dé houille.
On ignore si les travaux de recherche qui furent entrepris alors ont déjà donné lien à une exploitation suivie.
Quoi qu’il en soit, l’exploitation des mines se borne en Portugal à un très-petit nombre d'établissemens , dont les produits sont trop peu considérables, pour que le tableau de la richesse minéralê puisse en faire mention. C’est par le Brésil seul que ce royaume peut y figurer.
On lit, dans les Archives littéraires de T Europe, qu’il n’y a pas de mines au Brésil. L’auteur d’une savante Recherche sur tétai des Sciences et Arts en Portugal , ajoute, dans le même ouvrage : « La quantité prodigieuse d’or que le Brésil « a fournie a été toute recueillie par le lavage dans les lits « abandonnés des ruisseaux et des rivières. Les filons de ce u métal sont encore intacts; la reine de Portugal envoya, en u 1790, trois jeunes naturalistes se former dans les connois- « sances relatives aux mines, en Allemagne, dans le Nord, en
* Angleterre et en France # (1).
* D’après les détails que nous a laissés, à cet égard, feu M. de Seabra, célèbre chimiste portugais, qui éloit natif de la contrée qu’on nomme les mines ( Capitania de minas geraes) , contrée où s’exploite la majeure partie de l’or du Brésil , M. Monteiro, que j’ai déjà cité avec reconuoissance, est porté à croire qu’il existe au Brésil de grands travaux souterrains; Ses recherches sur ce point peuvent intéresser les ainis de l’art des mines. M. de Seabra, dans ses Elémens de Chimie , distingue, parmi les minerais du Brésil, les alluvions quartzeux ou sables aurifères ( Cascalho ) , les minerais argileux , ou peut-être les minerais renfermés dans une roche de Grau-
(t) A.L. n.° 3, pag. 388 ( Mémoire de M. Correa de Serra).*
w ake et de scliiste argileux ( Piçarra ou Morro ) , et les minerais en roche [Minas de Pedra) (i). Ailleurs, il fait mention d’une espèce de minerai appelée au Brésil Vieiro (minerai en veine), et il ajoute que les endroits où les veines se réunissent sont désignés par le nom de Paneüas de Vieiro (pot aux veines); enfin il indique des gîtes de minerai d’or (2) renfermés dans une matrice continue , tant en largeur qu’en longueur ( Golpiara ou lavra de Cascalho , exploitation de gravier). Quelques-unes de ces indications semblent se rapporter aux gîtes de rainerai que nous appelons filons et amas. D’un autre côté, l’opinion de M. Monteiro s’appuie sur les dispositions que présente l’édit rendu en i8o3 (le i3 mai) par le Prince-Régent, concernant la manière de distribuer les terrains au Brésil pour l’exploitation de l’or. Il y est dit : « Tous les gîtes de minerais d’alluvion ( Cascalhp ) « peuvent être distribués à des particuliers isolés. L’exploita- « tion des rivières profondes ( Mineraças ) ne pourra être « accordée qu’à des compagnies. Enfin, l’exploitation des divers ¥ minerais dits Morro ou Piçarra , et celle des veines ( Viei- « ros ) , des filons [Bêtas) ou des autres gîtes quelconques de « minerais d’or, soit qu’il s’agisse d’exploiter à ciel ouvert [a * tahlo aberto) , soit qu’on exploite par puits et galeries, « seront concédées de préférence à 'des compagnies ».
Il paroît donc qu’il existe au Brésil , au moins depuis l’année 1790 indiquée dans l’ouvrage de M. Correa de Serra, non-seulement des travaux de lavage, mais encore desmiues proprement dites , si l’on ne veut appeler ainsi que les travaux souterrains;
(1) Voyez Elcmentos de Chimica (Coïmbrc, 1788), page 263.
(2) Ibidem, pag. a3i et suit.
T»lcmr Je 1*or et Je 1 argent extrait* Je toute* les mine* du monde.
d'ailleurs, le nom de mines ne me semble point avoir été exclusivement réservé aux exploitations de ce genre, puisque nous disons aussi mine <T alluvion et mine exploitée à ciel ouvert; mais je crois volontiers, avec M. Correa de Serra, que, depuis le règne de Pierre second, époque de la découverte de l’or au Brésil, jusque vers le commencement du siècle présent, l’exploitation de l’or s’est bornée dans ce pays aux travaux de lavage que les Portugais appellent mines amsi bien que les grandes excavations. Jusqu’à présent, le Brésil n’a point offert de minerai d’argent. On peut admettre, comme terme moyen, que, depuis cinquante ans, les exploitations du Brésil ont fourni annuellement deux cent cinquante-six mille onces d’or (c’est-à dire, trente-deux mille marcs ) (1). De là le nombre énoncé au tableau.
Terminons nos recherches relativement aux quantités d’or et d’argent que l’on obtient annuellement des mines de l’Amérique, tant espagnole que portugaise, par la comparaison des résultats adoptés sur le tableau avec ceux qui se trouvent dans plusieurs ouvrages à l’égard des mines d’or et d’argent du monde entier. La Bibliothèque britannique présente une évaluation qui est extraite d’un journal intitulé : Saint-James Chronicle (a). Suivant ce journal, toutes les mines de l’Europe metteut annuellement en circulation deux cent quatrevingt-deux mille trois cents marcs d’argent, et sept mille huit cent quatre-vingt-neuf marcs d’or , production totale qui représente à peu près une valeur de vingt-deux millions
(i) M. Correa de Serra a bien voulu permettre que le résultat de ses recherches b cet e'gard me fut communiqué par M. de Humboldt
(a) B. tom. 7 des Mélanges littéraires, pag. 340 (Genève, 1798).
«le francs. D’après Campornanes et Ulloa , le journal cité évalue à cent soixante-huit millions de francs le produit annuel des mines d’or et d’argent de l’Amériqde. Total pour l’Europe et l’Amérique, cent quatre-vingt-dix millions de francs, tant en or qu’en argent. Suivant le même auteur, toutes les mines du monde, depuis qu’on a commencé à les exploiter, ont produit en or environ cinq cent seize millions do francs, «en argent huit milliards deux cent quatre-vingt-seize millions} total, huit milliards huit cent douze millions de francs.
Le célèbre ouvrage de Smith, en présentant les mêmes détails relativement aux mines d’or et d’argent des divers états de l’Europe, s’arrête à des résultats dévaluation qui sont un peu difierens (i). Suivant cet auteur, les mines de l’Europe mettent annuellement en circulation pour quatorze millions six cent soixante-dix-neuf mille six cents francs d’argent à 5a francs lejmarc, et pour six millions cent trentecinq mille quatre cent-quatre-vingts francs d’or à 780 francs le marc} total, près de vingt-un millions de francs. Il estime le produit annuel des mines de l’Amérique espagnole cent cinquante-neuf millions de francs, et celui des exploitations du Brésil cinquante millions} total, pour l’Amérique, deux cent neuf millions de francs. Son total pour l’Europe et l’Amérique est une émission annuelle de deux cent trente millions de francs, tant en or qu’en argent (2).
(1) Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations , par Smith , traduction de M. Germain Garnier , avec des notes, tom. 5, pag. 137, note i5.’
(2) 11 faut remarquer que le nombre énoncé' par Smith pour le
Si l’on compare les résultats de notre tableau avec ceux qui viennent d’étre rappelés, on trouvera que nous sommes fondés à évaluer le produit annuel, en or, des mines situées dans les états européens, à pen près six millions six cent quarante-six mille neuf cent vingt francs , et leur produit en argent quinze millions sept cent vingt-un mille cent huit francs; total , environ vingt-denx millions de francs. Le produit annnel des mines d’or de toute l’Amérique est, comme nous l’avons vu, cin* quante-sept millions huit cent trente-quatre mille francs; celui des mines d’argent de cette même partie du monde, cent quatre-vingt-un millions quarante-huit mille quatre cents francs; total, deux cent trente-huit millions huit cent quatre-vingtdeux mille quatre cents francs ; ainsi nous avons lieu de croire que le produit annuel des mines d'or et d’argent qui sont exploitées dans le monde entier, sans compter l’Afrique et les pays peu connus, s’élève, année commune, à «ne valeur totale d’environ deux cent soixante-deux millions , et avec l’Afrique, à près de deux cent soixante-sept millions de francs(i). comparaMon Rappelons-nous que la valeur totale des substances miné-
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Brésil indiqueroit, d’aprcs la valeur qu’il i)dopie pour le marc d’or, une production annuelle de plus de soixante mille marcs d’or, et nous avons vu que cette production ne s'élève, année commune, qu’à peu près à la moitié.
(i) M. Brongniart, dans an tableau dressé relativement à cct objet d'après les recherches de M. Coquebert de Montbret et les notes de M. de Humboldt, évalue cette production annuelle environ deux cent trente-neuf millions sans l'Afrique , et deux cent quarantetrois millions huit cent mille francs , en y comprenant l’or qui provient de ccttc partie du monde (voyc* Traité élémentaire de miné~ ralogie, par M. Brongniart, Paris, 1807, tom. a, page 55i).
raies dont le tableau fait mention s’élève à neuf cent soixantedeux millions; cette valeur, dans laquelle nous n’avons rien omis d’essentiel relativement aux mines d’or et d’argent, excèderoit certainement un milliard de francs, si nous avions des renseigneinens exacts sur toutes les exploitations de substances minérales réputées moins précieuses, et si nous avions admis flans nos recherches les matières doüt nous avons cru inutile de faire mention. On peut induire de ces considérations, que la valeur des produits annuels de toutes les mines d’or et d'argent du monde entier est tout au plus le quart de celle » que composent les autres matières premières extraites annuellement du sein de la terre, sans compter parmi celles-ci les pierres et les terres employées par les dilférens arts, et sans compter le sel que nous avons considéré séparément ( V oy. ci-dessus, p. a3^ , et ci-après , à l'article de char/ue état) ( i ).
(1) Quelques faits suffiront ici pour donner une idée de la valeur considérable des substances qui , sans être regardées comme des produits de mines, appartiennent au même règne, et font partie de la richesse minérale. Des carrière» de la Prusse, l’on extrait des matériaux bruts pour un million de francs par année : la carrière de Itudersdorf, située entre Berlin et Francfort sur l’Oder, peut être comparée aux plus belles exploitations de mines , tant pour la grandeur de ses travaux que pour l’abondance de ses produits et le bénéfice quelle procure au gouvernement. Les tourbières du même royaume mettent annuellement en circulation plus de cinq cent mille francs.
En France, la valeur des substances minérales non comprises dans notre tableau (telles que les demi-métaux et les marbres, l’argile, le sable, la chaux, en un mot, les terres et pierres) est estimée annuellement trente millions de francs. Plusieurs parties do la France trouvent une ressource précieuse dans leurs abondantes tourbières.
La Grande-Bretagne lire une valeur engoue, non-seulement des
carrières exploitées pour les matériaux de construction, mais plia encore de celles qui fournissent les terres aux manufactures ^le verrerie et de poterie. Seulement aux environs d’Aberdeen, en Ecosse, on extrait par année douze mille tonnes de granit, qui sont expédiées à Londres pour y servir de dalles et de paves, et dont la valeur est environ neuf mille livres sterlings. Le produit brut annuel des verreries d’Angleterre est évalué un^million cinq cent mille livres sterlings, et ces établissemcns occupent trente-six mille hommes, Les manufac- • turcs angloises de porcelaine et de diverses poteries fournissent annuellement pour deux millions de livres sterlings de marchandises , et ^mettent en activité quarante-cinq mille ouvriers (a.M.tom.a, pag. 1 13, extrait d’ouvrages anglois). Il y a en Ecosse et en Irlande un tel nombre d’hommes qui s’occupent de l’exploitation de la tourbe, mais sans s’y livrer exclusivement toute Tannée, qu’on ne les remplacerait pas avec dix mille ouvriers sans cesse appliqués à ce travail.
(a. M. tom. a, pag. ia4). Voyez ci-après, à l’article de la Grande- Bretagne, l’indication de l'ouvrage de M. ÎSemnich, qui présente des détails intéressai» et nouveaux k l’égard de l’industrie du règne minéral ( N. pag. 579 et autres ).