IRLANDE
QcoiQtE l’Irlande paroisse posséder une grande richesse minérale dans plusieurs de ses contrées, le manque de combustibles, de capitaux et d’industrie, s’est jusqu’à présent opposé aux progrès dont l’exploitation des mines y seroit susceptible. On y connoîl des couches de houille en beaucoup
(>) N. pag. 57. à5g8. ( Voyez ci-dewua le» autres parties de l’Ecosse, • qui sont dans le même cas.
Kilkenny.
d’endroits,' et cependant les raines de Kilkenny, et celles des environs de Newry, sont les seuls grands établissemens de ce genre que l’on trouve en Irlande. I^a ville de Dublin et toute la partie orientale de l’Irlande tirent la houille de chauffage du Cumberlaud et du pays de Galles (i). On extrait du minerai de cuivre dans le comté de Wicklow et dans quelques autres endroits, pour le compte d’une compagnie angloise. Le minerai de fer est plus généralement répandu ; mais il n’existe point de fonderie très-considérable.
L’Irlande avoit de grandes forges lorsqu’elle avoit encore des forêts. Aujourd’hui elle est réduite à tirer du dehors beaucoup de 1er en barres (a). Il existe cependant auprès de Newry, dans le comté de Down, une fonderie de fer et une forge d’instrumens aratoires (3). On assure que, dans le comté de Leilrirn, près du lac Lough Allen, il existe des conches de houille encore intactes, qui seroient capables, moyennant une bonne exploitation , de fournir ce combustible à toute l’Irlande :1e minerai de fer accompagne la houille en cet endroit, comme dans beaucoup d’autres ; on n'exploite ni l’un ni l’autre.
Les mines de cuivre du comté de Wicklow, nommées , l’une mine de Cronebawn , et l’autre mine de BaUymurtagh, sont ouvertes sur les deux rives du Avonmore. Le minerai qui en provient est expédié, par le port de Wicklow, aux usines du pays de Galles. On obtient de ces mines du cuivre de cémentation.
(i) N. pag. 653.
(a) Ibidem , 6o8.
(3) Ibidem, 64 > à 643.
Wicllow.
Cuivre,
**• Vers l’année 1795, on avoit découvert une mine d’or entre
Arklow et Aghrim, au pied de la montagne de Croghan. Le gouvernement en prit possession au nom du roi, et le parlement affecta une somme de mille livres-sterling à des recherches ultérieures, qui n’ont pas entretenu long-temps les espérances; cependant on y a trouvé des morceaux d’or d’un assez gros volume, et le poids d’un de ces morceaux s’est élevé jusqu’à vingt-deux onces (1).
On ne voit plus qu’une médiocre fouderie de fer à Baliynaclash, qui, avant la disette de combustible, possédoit les forges les plus considérables de l’Irlande.
La contrée de Queens-County présente quelques exploitations de houille, dans la partie qui se rapproche du comté de Kilkenny. Aux environs deMountrath, on trouve d’excellent minerai de fer, qui a donné lieu autrefois à l’établissement d’une fonderie aujourd’hui abandonnée.
Le principal produit du comté de Kilkenny est la houille qui porte son nom (Kilkenny-coal). Les mines sont situées aux environs de Castle-Comer. A celles de Doonane-coalpits , on fait usage de machines à vapeur de Watt et Boulton.
A deux milles de Enniseorthy,dans le comté de Wexford, on trouve une fonderie de fer nommée The Forge.
Presque toute la partie méridionale du comté de Kerry présente du minerai de fer (2).
Tippertrj. Dans le comté deTipperary, se trouvent les seules raines
de plomb tant soit peu considérables que possède l’Irlande. Elles sont situées près du village de Silvermines, qui leur doit
(i) N. pag. G62.
(a) Ibidem , pag. 680 à 685-
son nom, parce qu’autrefois on a essayé, mais sans profit, <l’y séparer l’argent du plomb par la coupellation.
Sur les petites (les qui avoisinent la Grande-Bretagne.
L’ile de Wight ne présente en minéraux exploitables que de la terre de pipe, du sable fin et de la pyrite de fer; on en exporte vers l’Angleterre pour les verreries , pour les fabriques de poterie et pour celles de vitriol ( i ).
On ne trouve dans le groupe d’ilots, connu sous le nom de The Scilljr Islands ( Sorlingues) presque rien qui annonce l’existence du minerai d’étain, et qui porte à croire, comme on l’a prétendu, que ces îles soient les Cassiterides, célèbres dans l’antiquité par leurs mines de ce métal.
L’ile de Man présente des indices de plomb, de cuivre et de fer dans les montagnes de Snafle, qui en constituent le centre.
On a découvert des indices de houille dans l’île de Arran et dans l’ile de Bute, qui sont voisines des îles Hébrides.
La petite ile Easdale ou Fysdale, située non loin de l'iie de Jura, est toute entière formée de schiste, qu’on y exploite depuis cent ans avec tant d’activité, qu’on en estime l’exportation annuelle à cinq millions de pièces d’ardoise à toiture. Aujourd’hui, la surface de l’ile est épuisée; mais on espère exploiter de même les Iles de Luing et de Seil, qui en sont voisines.
Dans l’iie de Mull , on trouve à Balphetrish le grès sonore micacé ( Minging-Stone ) qui est recherché par les minéralogistes; et aux environs de la montagne de Benenich, on voit
(i) N. pag. 690 i 728.
le basalte reposer sur une couche de houille ( apparemment sur le bois fossile comme au mont Meissner ].
Quelques-unes des îles Schetland, et particulièrement l’île d’Unst, présentent des indices de minerai de fer, et d’autres substances qui n’ont point encore été mises à profit.
Binai. Terminons ces recherches sur les mines et usines de la
Grande-Bretagne, par le rapprochement des faits qui oui donné lieu d'adopter les nombres que présente le tableau statistique. Ceux qui concernent le fer, le cuivre, l’élain etle plomb , se trouvent presque en toutes lettres dans les rensei» gnemens relatifs aux divers établis-emens , sauf quelques quantités qu’il a paru indispensable d’ajouter à certains num< bres, pour exprimer, par estimation, les produits des mines et usines décrites avec moins de détails dans les ouvrages que nous avons consultés. Cette estimation a eu lieu en raison du degré d’importance que l’on connoit à ces établissemens ; elle □’a point introduit de fortes quantités dans les résultats, et n’excède sûrement pas la vérité. Quant au produit des mines de houille, les détails réunis dans ces recherches, tant sur l'exploitation que sur le commerce et la consommation de celte substance, conduisent à un total de soixante-quinze millions de quintaux, sans compter ce qui ne nous est pas connu. Si l’on se rappelle qu’il existe dans la Grande-Bretagne plus de cent usines à fer, et que la plupart de ces établissemens, ainsi que les autres fonderies et les manufactures de lont genre, consomment de la houille ; que les Anglois l’emploient presque partout, avec le plus grand avantage, pour remplacer le bois qui leur manque; enGn que cette substance est devenue, pour ainsi dire, leur combustible national; on n’hésitera point, je pense, à croire que les quantités qui nous
sont connues par des nombres, expriment tont au plus la moitié du produit annuel des mines de houille de la Grande* Bretagne. Plusieurs personnes le portent même à deux cent millions de quintaux (i). D’un autre côté , nous verrons bientôt que les mines de la France fournissent annuellement cent millions de quintaux de houille, qui sont presque entièrement consommés sur son territoire. Comme l’Empire françois est plus de deux fois aussi étendu et aussi peuplé que la Grande- Bretagne, il faudroit qu’il obtint, chaque année, trois cent millions de quintaux de houille, pour que ce combustible y fût aussi généralement employé qu’en Angleterre. Certes, la France le pourroit facilement; nous le verrons plus tard, mais , jusqu’à présent , il est certain que l’emploi de la houille est très-borné dans l’empire, comparativement à celui qui a lieu dans la Grande-Bretagne. Or, en supposant que les peuples britanniques ne lissent usage de la houille, pour la consommation intérieure et l’exportation , que dans une proportion aussi foible que les François, on auroittout lieu de croire, d’après ce qui précède, que la Grande-Bretagne emploieroit cependant, chaque année, cinquante millions de quintaux de houille; et il est certain que l’on peut, sans exagération, regarder l’usage de la houille comme trois fois plus répandu dans la Grande- Bretagne qu’en France. Ainsi, le produit annuel de cent cinquante millions de quintaux ne paroit point excessif pour les tnines de la Grande-Bretagne. Quoi qu’il en soit , il ne seroit pas difficile de prouver, d’après les renseignemens comparés dont ces recherches présentent la réunion , que l’on s’est trompé sur
(.) Voyez les details que présentent, à cet égard, l’ouvrage déjà cité de M. William, et plusieurs autres.
la richesse minérale des peuples britanniques, lorsqu’on n’a évalué qu’à cinquante millions de francs le produit brut annuel de leurs mines. Mais cette assertion même, qui se trouve dans un ouvrage très-répandu (t), peut nous fournir une nouvelle preuve de la haute valeur que la Grande-Bretagne obtient de ses mines de honille. En effet, l’auteur n’estime le revenu brut des mines , c’est-à-dire la richesse minérale absolue de la Grande-Bretagne, que d’après les mines d’étaia et de houille , et il porte ce produit brut à une valeur annuelle de cinquante millions. Or, nous voyons, par nos recherches, que la valeur de l'étain n’excède pas dix millions; ainsi l’auteur évalue vraisemblablement à quarante millions le produit brut annuel des mines de houille. D’après le prix moyen que nous avons adopté , conformément à l’opinion du conseil des mines de France, pour estimer la valeur de la houille , quarante millions de francs indiqueroient quatre-vingt
(1) i.° Essai sur létal actuel de l administration des finances et de la richesse nationale de la Grande-Bretagne , par M. Genu , ouvrage publie' en 1800 , en trois langues différentes.
2.0 Tableaux comparatifs des dépenses et des contributions de la France et de T Angleterre, par M. Sabatier (Paris ifk>5). M. Sabatier reproche, en général, à M. Gentz, d 'avoir donné des ressources immenses à f Angleterre , et d’avoir rabaissé celles de la France, Cest M. Genu ( pag. 5a et 55 de l’édition Françoise ), qui a évalué cinquante millions de livres tournois le produit brut des mines de la Grande-Bretagne. M. Sabatier adopte ce même nombre dans son tableau des produits de toute nature présumés exister en Angleterre et en Franc efFojes la préface, pag. 5, le chapitre i5, pag. i5o, et le résumé qui termine l'ouvrage de M. Sabatier, dans lequel on trouve d’ailleurs le développement des vues les plus sages).
millions de quintaux de ce combustible; mais nous avons vu que la Grande-Bretagne eu fournit presque le double de cette quantité.
Il s’est déjà présenté une occasion de remarquer combien, certains genres d’industrie, qu’on peut regarder comme des branches accessoires de la richesse minérale, sont devenus important pour la Grande-Bretagne. Ajoutons quelques détails aux résultats énoncés ci-dessus ( pag. 27a) (1).
La fabrication des diverses poteries de terre u’esl nulle part T<r™etp«m« aussi étendue que dans le Slaffordshire; toute une contrée, qui comprend douze petites villes et villages de cette province, lui doit son état üorissaut, et même son nom (the Potteries).
La plus ancienne de ces colonies de potiers est celle de Burslem, où ce genre d’industrie fut introduit, en 1690, par deux Allemands ; mais , depuis 1763, les progrès que le célèbre Wedgwood a fait faire à un art qui rappellera toujours son nom, la nouvelle colonie qu’il a fondée à Etruria, et surtout la construction d’un grand canal ( Great-trunk-canal ) qui joint les rivières de Tient et de Mersey, tout a contribué à élever les établissemens du Staffordshire bien au-dessus de leur premier état de médiocrité; tout s’est réuni pour leur procurer la réputation dont ils jouissent. L’argile grossière qu’ils emploient est extraite du pays même , dans le voisinage des mines de houille. L’argile fine bleuâtre ( Blue-Clay ) leur est apportée de Pool, bourg de Dorsetshire; il y vient aussi des terres argileuses du Devonshire et de la Cornouaille ; les pierres siliceuses sont fournies par les provinces d’Essex et de Kent. On estime que l'importation des objets nécessaires aux
(1) K pag. 129, 229, 5a5, 357, 498 et 55i.
Aolrfi produit* minéraux.
fabriques de poteries s’élève annuellement, pour le Stafordsbire, à cinquante mille tonnes de substances minérales tirées des autres contrées de l’Angleterre. Il existe des fabriques du même genre, quoique moins considérables, dans les provinces de Lancaster, de York, deNorthumberland, dans le pays de Galles et en Ecosse.
Le comté de Sommerset , dans lequel sont situées les mines du Mendip-hills indiquées ci-dessus , livre au commerce, outre les produits dont il a déjà été question , une quautité considérable de couleurs minérales, et particulièrement de ce fer oxidé que l’on nomme Rouge d’Angleterre ; il s’y trouve aussi beaucoup de fabriques d’acides minéraux et de poteries de toute espèce. C’est aux environs de Bristol, que la première fabrique de laiton qu’ait possédée l’Angleterre, fut établie, en 1703, par des ouvriers hollandois. On compte auprès de cette ville quatorze verreries. Le commerce auglois ne peut néanmoins se passer de grandes vitres de Bohême, et il porte même dans les Indes orientales du verre commun d’Allemagne, qui est d’un prix beaucoup moindre que celui d’Angleterre.
La Grande-Bretagne présente deux grandes manufactures de glaces situées, l’une à Sainte-IIelens, dans le comté de Lancaster, et l’autre à Londres. Dans celle-ci, on fabrique des glaces souillées et des glaces coulées. A Sainte-IIelens, on n’emploie que le second de ces procédés, qui fournit, comme on sait, des pièces de beaucoup plus grandes dimensions.
11 existe, dans le même endroit, plusieurs fabriques de vitres et de bouteilles. I es verreries et les faïenceries ont aussi fait de grands progrès à Glaacow, depuis le milieu du siècle passé ,
qui est à peu près l’époque des premiers établissemens de ce genre qu’ait possédés l’Ecosse.
Ou trouve, tant à Edimbourg que dans les environs, des fabriques considérables de réactifs chimiques, et particulièrement de magnésie pure, dite magnésie angloise, de sulfate de soude, d’acide nitrique et d’acide sulfurique.
Il n’est point de notre sujet d’entrer ici dans le détail des diverses manufactures métallurgiques de l’Angleterre; nous nous contenterons de rappeler celles des environs de Birmingham, les fabriques d’aiguilles de Redditch dans le comté de Worcester, et surtout deux fabriques de pierres artificielles (Artificial-Stone ) qui sont en activité à Londres. De ces derniers établissemens, queM. Nemnich indique comme les seuls qui existent dans le monde, il sort une quantité considérable d’objets fabriqués au moyen d’une composition de terre cuite, qui est propre à remplacer avantageusement les pierres les plus grandes, les plus belles et les plus durables, tant pour l’ornement que pour la construction.
Si nous jetons un coup d’oeil sur les établissemens anglois de la Nouvelle-Galles méridionale, nous remarquerons qu’on annonce y avoir découvert du sel gemme, de la houille d’une excellente qualité, et dn minerai de fer; on ajoute que le haut prix de la main-d’œuvre n’a pas encore permis de tirer de ces découvertes tout le fruit qn’elles semblent promettre à à cette grande île, qui a été nommée par quelques auteurs la cinquième partie du monde , ou X Australie (1).
(i) A. L. n.° 43, pag. 79 (1807), Extrait du voyage autour du monde, par Turnbull.
Sources des rente igatuuni.
Or ei argent.