RUSSIE
Les mines et usines de l’Empire russe ont été décrites dans le plus grand détail par M. Hermann , directeur d’une partie de ces établissemeus. La comparaison des renseignemens que présente son ouvrage avec ceux dont nous sommes redevables à d’autres auteurs, non moins dignes de foi, nous donne entièrement lieu de regarder comme des termes moyens de production annuelle les nombres qu’énonce le tableau à l’article de la Russie (1).
C’est principalement des mines d’argent exploitées dans les monts Allai que provient l’or obtenu dans cet empire. La quantité d’argent qu’on obtient de ces miues forme environ les deux tiers du produit en argent de toutes les exploitations russes : la métallurgie en extrait l’or dans la proportion de
(i) i." Description des monts Oural, par M. Hermann, intitulée, Versuch einer mineralogischen Beschreibung, etc. (Berlin etStettin, » 789)1 tom. a.
3“ L’ouvrage du même auteur, intitulé : Beytraege zur Ph/sik, etc. (Danuick, 1791 ), tom. 1 , pag. 2 58 et suivantes.
3.” Les n.° 79 et 86 des Annales de l’Université de Gottinguc, Goettingische Anzc.igen ( i8o3 ).
4.0 Le Tableau de la Russie moderne (Paris, 1807), tom. 3, pag. 307. Ce dernier ouvrage indique (tom. 1, pag. aai) des résultats plus considérables , à quelques égards , que ceux qu’il présente (tom. 3 ) j mais ils paroissent moins exacts, parce qu’ils ne s’accordent ni avec ceux de M. Hermann, ni avec ceux de M. Storcb, statisticien connu par son exactitude.
deux à trois marcs pour cent; l’argent obtenu des mines de plomb de la Daouric, outre qn’il est en quantité moitié moindre, contient moitié moins d’or dans un marc.
On assure que les mines et usines de la Russie emploient n««! >« d'çtffim quatre-vingt-dix mille ouvriers, et en outre trois cent mille *mp' J ’ serfs ou paysans soumis aux corvées ; si l’on compare le nombre d’hommes qui est nécessaire à cet empire pour obtenir un des cinquante-quatre millions de francs qui représentent sa richesse minérale, avec le nombre beaucoup moindre qui est employé dans plusieurs autres états pour arriver au même but, on sera convaincu, je pense, que les mines de l'empire russe ne seroient pas susceptibles d’étre exploitées au sein de l’Europe, où ces travaux ne veulent que des hommes libres et intelligens, à moins qu’elles ne donnassent des produits plus considérables. On verra en même temps que, si elles étoient situées au sein de l’Europe, elles pourroient être beaucoup plus productives. C’est en grande partie faute de communications, et à cause des énormes distances à parcourir, qu’un si grand nombre d’hommes est nécessaire en Russie pour l’exploitation des mines et usines proprement dites. Les mêmes raisons privent cet empire de l’immense avantage qu’il in*. Je { Lmb, pourroit tirer de ses mines de plomb, si elles étoient situées favorablement au commerce. Comme le plomb n’a aucune valeur dans la Daourie, on abandonne, tous les ans, sur les mines, plusieurs millions de pouds de ce métal (i). M. Patrin, qui a observé ces contrées, rapporte que, depuis près d’une
(i) Le Poud est un poids de 33 livres et demie de France ( Vorle Tabl. de la Russie moderne, tom. 1 , pag. aifi, elle* TabL statisU (le M. Boetticher ).
Cwrre.
Fer.
Commerce de* protluiU minéraux.
centaine d’année* qu’on exploite les mines de la Daonrie, il s’est formé, près des fonderies, des monceaux de litharge (plomb oxidé) presque aussi élevés que lesmaisons du pays ( t).
Les mines de cuivre et de fer sont, sans contredit , les plus importantes pour la Russie. Le produit annuel des mines de cuivre de la Sibérie a été indiqué diversement par plusieurs auteurs , apparemment parce qu’il a varié à différentes époques. Le tableau de la Russie moderne et d’autres renseignemens nous autorisent à regarder comme un terme moyen le nombre que notre tableau présente à cet égard.
C’est vers 1628 que les mines de fer ont été ouvertes en Sibérie, dans les environs de Tourinsky. On lit dans l'ébauche d’une histoire de la Sibérie, que, pour animer l’exploitation , on établit alors dans cet endroit une colonie qui devint bientôt considérable. Une foire célèbre fut instituée à peu près dans le même temps ( i633) à la colonie d’Irbitz, sur les rives de l’Irbitt. Le travail des mines, ajoute l’auteur de celte intéressante recherche, fut suivi, en Sibérie, de résultats plus heureux que plusieurs autres entreprises suggérées par l’esprit de commerce; les mines d’autres métaux, qui furent découvertes dans le cours du siècle dernier, ajoutèrent chaque jour à l’importance de la Sibérie (2).
Malgré la richesse des mines de la Russie, les obstacles qui s’opposent au commerce intérieur de cet empire le mettent dans la nécessité d’importer une grande quantité de produits manufacturés, qui proviennent des mines étran-
(1) Histoire naturelle des minéraux, par M. Pairin (tom. 4 r pag. 2a5, Paris, 1801).
(2) A. L. n.° 9 (septembre, 1804), pag. 357 el 344-
gères, tandis qu’il exporte une partie de ses produits bruts. Un Mémoire inséré dans les Annales des arts et manufactures, rapporte, à cet égard, des faits dignes d’attention (1). La Russie achète annuellement de l’étranger : i.” Du cuivre fabriqué et du vert-de-gris ( acétite de cuivre ) pour une somme de vingt mille
roubles, ou à peu près 8o,ooo francs.
a.° Du plomb en saumons , pour 384, 000
et du plomb à tirer (dragée), pour . . 24,000
S.” Des faux duTyrol et de l’Autriche, pour
plus de ..... 5oo,o 00
4° Du zinc et de la calamine, pour 80,000
du soufre, pour 80,000
de l'alun, pour plus de a4o,ooo
Total, plus de . .. 1,408,000.
Nous avons vu que la Russie possède en abondance les mines métalliques : elle n’est pas moins riche en gîtes d’autres minéraux. Le soufre se trouve natif dans plusieurs parties de cet empire; par exemple, sur le Thereck, vers les bains chauds à Sernajagora sur l’Orgnu , et à Sernajagora sur le Wolga (a). Les mines de ce dernier endroit ont fourni jadis beaucoup de soufre; mais aujourd’hui elles sont négligées. Le $uccin,ou ambre jaune, se trouve sur le bord de la mer glaciale et sur les embouchures de l’Obi. L’alun abonde dans les moûts Altaï, à Kosalslt en Kaluga sur le Jenisey, et à Saratow. Une mine de cette substance, située sur les bords
(1) a d. a. n.° aa (an 10), pag. aa et suiv.
(a) Sernajagora signilic, dans la langue russe, montagne de soufre , ou soufrière (observation communiquée par M. Patrin ).
Sotfre.
fittCcin.
Alun.
du Griasnoer, est en activité depuis vingt -cinq ans. On An? oie 'exploite les minerais arsenicaux (pour la préparation des
couleurs) dans le district de Nertschinsk, à Jultak, et à Tchalbutschinsky. Il paroit enfin que, si les circonstances politiques et commerciales permettoieut un jour à la Russie de mettre complètement à profit les ressources minérales que la nature a déposées dans son vaste territoire, c’est-à-dire si elle se trou voit, à cet égard, dans la même situation que plusieurs états situés au centre de l’Europe, il s’opéreroit une révolution dans le commerce de plusieurs espèces de produits minéraux. Quel que soit, au reste, le sort des mines de la Russie, dans la postérité la plus reculée, nul mineur ne sauroit fixer son attention sur le capital souterrain que possède aujourd’hui cet empire, sans se rappeler qu’il y a moins d’un siècle, c’étoit en grande partie un champ frais , suivant le terme de l’art , et sans rendre hommage aux savans naturalistes, dont les recherches ont si efficacement contribué à procurer ce nouveau moyen de puissance au génie de Catherine (î).
(1) Voyez, U cet égard, entr’autres ouvrages, ceux qui ont pour titre:
i.° Voyages entrepris dans les gouvernemens méridionaux de F empire de Russie, en 1793 et 1794, par M. le professeur Pallas, traduits de l'allemand par M. le docteur de Laboulayc , et par M. Tonnelier, conservateur du cabinet de Minéralogie à l’école des Mines de France (Paris, i8o5). Cet ouvrage fait le complément du premier voyage de M. Pallas.
3.0 Mineralogische Nachrichten , etc. , ou Description des monts Altaï, par M- Renovanu(Revel, 1788 ).