ÉTATS DANOIS
Le Danemarck, proprement dit, ne fournit, en fait de substances minérales, que des pierres et des terres, parmi lesquelles on peut citer l’argile qui alimente de nombreuses fabriques de poterie dans le Jutland, et les pierres à chaux que l’on met à profit dans la même contrée; le combustible nécessaire à ces établissemens et au chauffage en général, est extrait des abondantes tourbières qui réparent le manque de bois en Danemarck. L’ile de Bornholm livre au commerce des pierres à bâtir et du marbre; elle fournit de la terre à porcelaine pour la manufacture de Copenhague ; on connoît dans cette ile des couches de houille assez étendues, mais dont l’exploitation est encore peu considérable.
C’est dans la Norvège qu’est déposée la richesse minérale des états danois. Elle est fort diminuée depuis quelques années, à cause du délaissement qui a menacé les mines d’argent de Rongsberg. Le célèbre Bergmann, dans sa Géographie physique, indiquoit ces mines, il y a quarante ans, comme les plus riches que l’on connût en Europe ( i ). « On y a trouvé , » dit-il, en 1666, une masse d’argent natif pesant cinq ceut » soixante marcs; le plus grand produit annuel de l’exploita- » tion s’est élevé à trente-huit mille quatre-vingt-seize mârcs » d’argent (en 1768) , et le total de ce qu’a donné la mine de >t Rongsberg, depuis l’année 1728 jusques et compris 1768, » passe un million cent cinquante mille marcs ». Il n’est pas indifférent de remarquer ici que l’on se tromperoit, si l’on regardoit l’exploitation de Rongsberg comme une seule mine
(1) J. d. m. n." 16, pag. a5.
Danemarck.
Norwcge.
Mine* d'argent.
d’argent; c’est un ensemble de mines divisé en quatre arrondissetnens, d’une manière analogue à ce que nous avons exposé relativement au Hartz. Chacun de ces arrondisseuicn* renferme à peu près quinze exploitations ou mines distinctes. Leur produit total, énoncé ci-dessus par la traduction de la Géographie de Bergmann , est sans doute considérable ; mais il n’est point supérieur à celui que l’on obtient en Europe de certains autres ensembles de mines, ainsi que nous le verrons, par exemple, en considéraut les mines de Freyberg.
Depuis l’année t6z3, jusques et compris 179a, le produit des mines de Kongsberg a été, en argent, de vingt-cinq millions cent trente mille cinq cent soixante-treize rthir.; et eu cuivre, une valeur de cent trente-six mille sept cent soixantedouze rthir. , non compris le cuivre qui a été envoyé au mounoyage. Ce produit total équivaut à peu près à cent un millions de francs; on taille, au marc d’argent fin, onze et neuf seizièmes de ces reichslhaler ou rixdall ( rthir.).
Les amis de l’art des mines n’apprirent point sans regret, il y a cinq ans , qu’une telle exploitation , qui ne date que de l’année i6a5, ëtoit déjà presque abandonnée; plus d’un voyageur éclairé pensoit que l’on y avoit renoncé trop facilement, et rapportoit, à l’appui de cette opinion, que, depuis qu’on avait interrompu les travaux souterrains , le triage seul des anciens déblais, eptassés auprès des mines, sulfisoit encore pour entretenir un certain nombre d’ouvriers, et les récompenser de ce travail. On savoit cependant que, pour soutenir la mine de Kongsberg, dont il paroit que l’exploitation a été forcée dans le cours du siècle dernier, le gouvernement danois avoit affecté à ce seul objet, depuis 1769, une somme de trois cent mille francs, année commune (soixante-dix-huit à
quatre-vingt mille rthlr. par au). Aujourd'hui, malgré la suspension des travaux, lê gouvernement semble n'avoir pas encore perdu l’espérance de relever celte importante exploitation, qui occupoit plus de deux mille cinq cents ouvriers. On lit dans une gazelle allemande que, par un décret royal ( en date du 1 o juillet i8o5 ) , les mines d’argent de Kongsberg, qui éloieut en décadence, viennent d’étre concédées à de nouveaux entrepreneurs ( i ) . Quoi qu’il en soit , le produit de cette exploitation ne peut point figurer actuellement sur notre tableau statistique. L’état actuel de l’art des mines et usines permet d’espérer un avenir plus heureux pour une mine célèbre, dont les travaux n’excèdent pas communément la profondeur de cent cinquante toises , d'après les relations les plus récentes (a). On y a commencé, en 178a, le percement d’une nouvelle galerie d’écoulement qui n’étoit point terminée en 1803. D’après le projet, elle devoit parcourir les montagnes à une profondeur avantageuse pour l'épuisement des eaux, avoir une longueur de quatre mille six cents toises de France, et coûter environ un million cinq cent mille francs;
La mine d’or d’Edswold, dans le district de Rommerige, et les mines de plomb et argent du comté de Jarlsberg ne sont que très-foiblement exploitées.
Les mines de cuivre de la Norwége sont situées , pour la plupart, dans la division septentrionale. Les plus considérables sont celles des environs de Rceraas, dont la découverte
(1) e. M. tom. 1, pag. 270 (extrait de la gazette de Hambourg, Hamburger neue Zeitung, i8o5).
(a) Tableau des états danois, par M Catleau (Paris, 1802,1. 2, pag. 223 et suiv.).
Or.
Ctti tt#;
date de i644- Depuis l’année 1646 jusqu’en 1791, elles ont fourni deux cent trente-sept mille huit cent soixante-trois skeppond ( ou sept cent treize mille cinq cent quatre-vingt-neuf quintaux) de cuivre. En 1767, leur produit a été de trois mille trois cent quatre-vingt-dix-sept skepp. (ou dix mille cent quatre-vingt-onze quint.* ) de ce métal; en 1791 , deux'mille cent soixante-huit skepp. (ou six mille cinq cent quatre quint.*); en 1 792 , deux mille trois cent treize skepp. ( ou six mille neuf cent trente-neuf quint.*); eu i8o5, deux mille six cent vingt skeppond (ou sept mille huit cent soixante quintaux). Les autres mines de cuivre sont à quinze ou vingt lieues de Drontheim, à Quikne, à Lœkken, à Selboe, et dans le bailliage de Christian à Frederisgave ou Foledal. Le produit total de ces petites exploitations n’est annuellement qu’environ le quart du produit de Rteraa (1).
C’est dans la division méridionale que sont exploitées les mines de fer, parmi lesquelles on distingue celles d’Arendal et de Kragerae. L’usine de Laurwig, située près de la ville de ce nom, fournit annuellement dix-huit à vingt mille quintaux de fer en barres, et six mille quintaux de fonte moulée. L’établissement du même genre, qui se trouve près de Moss, répand, par année, dans le commerce, environ dix mille quintaux de fer en barres et de fonte moulée. Il en sort à peu près la même quantité, tous les ans, de chacune des usines qui sont désignées par les noms de Baerum, Bolvig, Ulfoss, Eidfoss, Egeland, Naes, Dikkemarken, Fo stirn et Oudalen. EnGn les usines de Hassel, de Froeland, de Lessoe, de Mostmarken, fournissent de trois à cinq mille quintaux de fer an-
(1) Ibid. pag. 229, et notes manuscrites de M. Hausmann.
nuellement. L’auteur du tableau des états danois , auquel nous devons une grande partie de ces détails, estime que le produit total de toutes les usines à 1er de la Norvège s’élève annuellement à quarante ou cinquante mille skeppond (ou cent vingt à cent cinquante mille quintaux ) de marchandise. M.
Hausmann qui a observé, il y a peu d’années, les miues et usines de la Norwëge, avec une attention particulière, et eu homme du métier, pense que, dans toutes les usines à fer de ce pays, on obtient annuellement cinquante à soixante mille skeppond de fonte brute , dite gueuse (ou cent cinquante à cent quatre-vingt mille quintaux), et qu’il en résulte trente à quarante mille skepp. (ou quatre-vingt-dix à cent vingt mille quint.') tant de fonte moulée que de fer en barres, en comprenant dans cette évaluation la tôle, les clous, et quelques autres produits d’industrie manufacturière qui se fabriquent dans la plupart des établissemens de ce genre. La Norwége exporte annuellement pour plus d’un million cinq cent mille francs de fer (1).
Les mines de cobalt qu’on exploite à Modum ou Fossum, couu. sont étendues, mais peu profondes. Elles ont fourni , en 1791, deux mille deux cent quatre-vingt-un quintaux; et en 179a, deux mille huit cent dix-sept quintaux de minerai; nous verrons plus tard quelle quantité de smalt il en peut résulter ( voy. Royaume de Saxe). Il existe à Englidal une exploitation #•
de plombagine. On n’a pas encore réussi à trouver de la houille en Norwége.
(1) Statistische Ucbersichts - tabcllen , ou Statistique, par M.
Bœtticher (Kœnisberg et Leipzig, 1789, a.* tableau). Voyez aussi X Aperçu historique et statistique de la puissance danoise, inséré dans l’almanach de Gotha, année 1804, pag. a.
Soufre.
L’Islande présente des exploitations de soufre , principalement à Krisewig et à Husavig. De ces deux mines, la première est abandonnée depuis long-temps; la seconde n’a fourni en vingt ans, de 1^65 à 1786, qu’environ cinq cent quintaux de soufre. Ses travaux sont suspendus. Les mines ai„, d’alun qu’on exploite dans la montagne d’Egeberg, près Chris-
tiania, fournissent non-seulement à la consommation des états danois, mais encore à une exportation qui s’élève à peu près au tiers de leur produit total énoncé sur le tableau. La Nor- Or,;*,,,. wége possède des carrières de granit, de marbre, de pierres à meules, de pierres à aiguiser, d’argile et d’ardoise; plusieurs de ces objets y donnent lieu à une exploitation assez considérable. Ce pays exporte du granit vers la Hollande; il fournit de marbre et d’autres substances minérales une grande partie des états danois; il livre au commerce extérieur une partie des divers produits de ses verreries.
MONARCHIE AUTRICHIENNE (en 1808).
Use statistique générale des états de la maison d’Aulriclie, Comp.r«i»on d« qui a été publiée à Vienne au commencement de ce siècle , porte à quarante-sept millions de florins ( environ cent millions de francs) la valeur annuelle des produits du règne minéral dan, la monarchie autrichienne ( 1 ). Celte évaluation comprend sans doute d’antres matières premières que celles qui sont mises annuellement en circulation par l’exploitation des mines et usines proprement dites; elle comprend des mines qui n’appartiennent plus à la monarchie autrichienne, et peut-être aussi une partie de l’industrie manufacturière ; elle ne peut donc être conforme à celle que présente notre tableau statistique , dans lequel il n’est point question de ces objets.
On ne s’accorde point sur la quan tité d'argent que fournissent annuellement les mines de la Hongrie. L’aperçu que donnent à cet égard la Bibliothèque britannique et les recherches de Smith, d’après un même journal anglois, indique quatre-vingtdouze mille marcs (2). Le même nombre, à peu près, se trouve dans plusieurs ouvrages plus récens; mais la statistique de M. Hœck, après avoir indiqué quatre-vingt-douze mille deux
(t) Skizze einer statistischen Schilderung des OEstreichschen Staates, Esquisse d’une statistique de la monarchie autrichienne, par M. de Liechtenstern (Vienne, 1800).
(a) Voyez et comparez, i.° Recherches sur la richesse des nations, par M. Smith, traduction de M. Garnier, tom. 5, pag. i3y, note j5- 2“ B. Mélanges littéraires ( 1798), tom. 7, pag. 240.