‹ De la Rigidité de Déséquilibre Normale et PathologiqueChapitre 12 sur 33 · LD EE · texte numérisé non relu

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la statique est presque autant perturbée et nous observons ici une série de crans successifs.

Essayons maintenant de faire jouer à ce même bras libre son rôle d’équilibrateur. Faisons-le étendre latéralement : le sujet est encore en statique litigieuse, et nous avons un poignet légèrement empâté. Mais si nous le faisons étendre en avant, le sujet reconquiert aussitôt son équilibre: le poignet redevient libre. Le sujet peut d’ailleurs se maintenir assez longtemps dans cette position sans fatigue apparente.

L'occlusion des yeux dans ces deux premières épreuves ajoute peut-être un peu de rigidité, mais la différence n'est guère sensible, et chez certains sujets il n'y en a même aucune. |

Dans une troisième série d'épreuves nous avons fait plecer nos sujets debout, les pieds joints, puis nors leur avons demandé de se mettre alternativement sur là pointe des pieds et sur les talons. Yeux ouverts, cette manœuvre s'exécute sans aucune perturbation de l'équilibre. Yeux fermés il n'en est plus de même. Nous observons en effet la présence continuelle d’un frein mis sur le poignet, avec, au moment où le sujet se met sur les talons, renforcement en crans d'arrêt, témoignant d’une accentuation de la rigidité de déséquilibre ; plus l'épreuve dure, plus le phénomène s’accentue. Dans ce cas encore, le bras libre, étendu horizontalement en avant, stabilise la position et libère complètement le poignet. Le Professeur Froment était d’ailleurs arrivé à des conclusion identiques. « Le sujet normal ferme-t-il les yeux et, gardant toujours les pieds joints, passe-t-il sucessivement et lentement de

la station sur les talons à la station sur la pointe des pieds et vice versa, on voit, tout comme chez le tabétique dans l’épreuve de Romberg aggravée, apparaître une rigidité du poignet avec crans d’arrêt scandant les mouvements provoqués. Moins le sujet observé sera un virtuose de l'équilibre, plus l’épreuve sera concluante (1). »

D'autres attitudes comme celle du danseur de corde, un pied devant l’autre, talon contre pointe, yeux ouverts ou fermés, ne troublent en rien l'équilibre stalique. Il serait intéressant d'étudier ce même équilibre chez le danseur de corde en marche ; cela est malheureusement impossible. Mais nous pouvons obtenir une statique à peu près semblable en faisant marcher le sujet sur un rail de chemin de fer. Nous avons pu réaliser cette épreuve une fois. Au départ, l'équilibre cst ès compromis et nous avons un poignet bloqué qui ne tarde pas à s’assouplir pour ne plus conserver que quelques crans d'arrêt. Ceci étant bien entendu dans le cas où le bras non interrogé peut se balancer librement. Continuons cette marche en faisant maintenir l’autre bras fixe ; la progression est beaucoup plus difficile et le poignet conserve continuellement une rigidité marquée qui ne fait à aucun moment place à de légers crans comme auparavant.

Nous aurions voulu faire les mêmes recherches chez un patineur ; mais, n’en ayant pas eu l’occasion, nous allons rapporter ici la remarque faite par M. Froment

(10) J. Fromenr et A. Cnarx. La roue dentée appartient-elle en propre à la rigidité parkinsonienne, ou est-elle le fait de toute rigidité de déséquilibre ?

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sur ce sujet. « Plaçons sur un parquet, après l’avoir chaussé de patins à glace, un sujet normal, et demandons-lui de rester ainsi debout pendant une heure. Nous constatons, surtout à la fin de l'épreuve, et particulièrement lorsqu'il oscille, un état figé du poignet, toujours avec crans d'arrêt, lorsque l’avant-bras est en pronalion à angle droit sur le tronc. Le poignet s’assouplit là encore lorsque l’avant-bras est placé dans l'attitude du chien qui fait le beau (1). »

En position assise où n'arrive que difficilement à une attitude déséquilibrante. Pourtant, en faisant asseoir nos sujets sur un siège fortement décalé, nous sommes parvenu à faire apparaître chez eux une véritable rigidité de déséquilibre, très légère il est vrai, et ne se manifestant que par quelques petites secousses du poignet.

Toutes les, autres épreuves mises en œuvre pour rechercher la rigidité parkinsonienne ont été incapables de nous montrer une rigidité semblable chez le normal. Soit au départ brusque, soit en tournant, le sujet normal est toujours bien équilibré. L'épreuve de Romberg, simple ou aggravée, n’entraîne, non plus, aucune perturbation de la statique.

k. — Caractères de cette rigidité

Ces diverses recherches nous ont montré de façon très nette que la rigidité chez le normal croît en raison directe de la difficulté de l'épreuve à laquelle le sujet

(11) J. FRoMENT et Paurique. La rigidité parkinsonienne n'’estelle pas le témoin de l’involution des réflexes statiques ?

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doit se soumettre. Dans tous les cas elle atteint son maximum au moment où le corps commence à osciller.

Il y a donc des degrés dans cette rigidité. Quels sont-ils ? Dans la plupart des cas nous avons eu à faire à un coup de frein brusque, fugace, à un véritable cran d'arrêt, rappelant le phénomène de la roue dentée de Harold Moyer et C. Negro. Ce cran d'arrêt,

que nous voyons très bien inscrit sur le myogramme

de la résistance des antagonistes dans la position sur les talons, semble correspondre à la brusque rupture de l'équilibre général du corps ; il décèle un état qui ne se continuera pas. En effet, aussitôt après, le poignet est très souple, définitivement parfois, si un geste quelconque, ou l'intervention de quelque groupe musculaire a rétabli cet équilibre un instant perturbé ; ou bien passagèrement, l'instabilité augmentant ‘alors, un nouveau cran succède au premier.

« Ce phénomène de la roue dentée ne serait-il pas en quelque sorte comparable au suivant. Voici un homme qui cherchant à entrer par effraction pousse . vigoureusement une porte. La serrure a cédé, mais la porte résiste encore. Contre elle s’accote vigoureusement de l’autre côté le défenseur du lieu.

« L’agresseur qui, déployant toutes ses forces, refoule de son mieux la porte, sent une résistance variable devant lui. Tantôt les mouvements sont lents, comme si les gongs résistaient, tantôt la porte se déplace avec des saccades analogues à celles que provoquerait une crémaillère. Celles-ci correspondent au moment où la vigilance de l’antagoniste, lassé ou sur-

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pris, est plus ou moins en défaut. Dans un sursaut d'énergie redouble-t-il ses efforts, les à-coups disparaissent ou se raréfient. | .« Ce'n'’est là qu’une image. Et pourtant l’observateur en déplaçant la main ou Favant-bras du sujet, au moment où ils sont en quelque sorte réquisitionnés pour la statique, ne fait:1l pas figure de perturbateur ou d’agresseur (?) ? »

Dans d’autres cas nous avons l'impression d’un frein qui reste mis continuellement sur le poignet. Ceci correspond en général à un déséquilibre moins brusque, maïs beaucoup plus durable sans retour complet à la statique normale.

Enfin.on notera parfois, dans de bien rares circonstances, un véritable poignet figé lorsque la statique sera très litigieuse ; mais, ici encore, ce signe sera très fugace, car on peut dire qu'il n’est pas de déséquilibre durable chèz l'homme normal.

Si ce déséquilibre existe chez tous les sujets, il y a cependant une nuance sur laquelle nous croyons devoir attirer l'attention. Nous avons observé que le degré d'éloignement de la table dans le signe du comptoir n’est pas le même chez tous pour obtenir une rigidité de déséquilibre. Cette observation et d’autres, faites -dans les.différentes positions adoptées, nous.ont amené à constater qu'un homme sportif-est, dans toutes les épreuves, beaucoup ‘plus ‘stable ‘qu'un homme non sportif. C'est-à-dire que, chez lui, il faut un déséqui-

(12) J. Fromenr et A. Cnaix. Roue dentée et rigidité, suivant l’attitude du parkinsonien, varient dans le même sens ou en sens contraire. Revue neurologique, 1926, t. II, p. 442-445.

Re libre plus prononcé pour faire apparaître la rigidité. Dans la vie courante le sportif doit donc éprouver. moins de fatigue à se tenir debout et à faire les divers exercices de l'homme normal. Or il a acquis ce nouvel état par l'entraînement : il s’est éduqué én quelque sorte ; n’y aurait-il donc pas une éducation possible de l'équilibre, qui nous permettrait de rendre plus économique la consommation musculaire toujours si coûteuse.

6. — L'éducation de l'équilibre L’homine tient sa puissance et sa grandeur de son équilibre qu'il doit perfectionner sans cesse. Il en est aussi l’esclave, car, pour faire le moîndre petit travail avec ses mains, il doit commencer par assurer cet équilibre, pour faciliter ses mouvements. C'est ainsi

que nous sommes dans l'’impossiblité d'écrire en che-

min de fer, où nos bras ne sont plus libres, mais rendus rigides par une statique litigieuse.

Ce n'est que petit à petit que nous Sommes arrivés à nous maintenir debout, puis à marcher, par une série de contractions musculaires ne dépendant pas de la volonté, par des réflexes que nous avons acquis. Et chaque fois que nous voulons exécuter une nouvelle manœuvre, pratiquer un nouveau sport, il nous faut une formule nouvelle d'équilibre ; et même, pour le faire avec grâce, il nous faut arriver à le reproduire avec un équilibre à minima qui ne s’acquiert que par l'habitude.

Mais ces réflexes, toujours involontaires, ne peuvent-ils être changés ? et si le bras a une fonction équilibratrice primordiale, ne peut-on pas apprendre le mouvement le plus économique ? IT est très probable que cela est possible. Nous en voyons d'ailleurs une application chez les pédestrian anglais auxquels on fait aller l’amble ; en effet ils projettent en même temps la jambe et le bras du même côté pour arriver, semble-t-il, à une allure plus rapide.

Les habitudes que l’on a sont-elles toujours bonnes ? Ce n’est pas sûr. Il y à un style de la marche qui implique une absence de gestes faux. De plus, il faut tenir, et pour tenir, il faut être économe. Les coureurs professionnels n’ont-ils pas à leur disposition certains moyens qui les rendent presque inlassables ?

Voici un intéressant sujet que devraient étudier les sportifs. Ils arriveraient certainement à des formules nouvelles, qui permettraient peut-être de réduire les dépenses, en augmentant notablement la valeur et la grâce des athlètes.

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