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Constitution des réflexes statiques

lis ont dû prendre pour base les réflexes toniques, dont l'étude a été faite par Magnus et de Kleyn sur les animaux décérébrés. Voici ce que disait ce dernier dans son rapport à la VIII réunion neurologique (°) :

« En tenant ces animaux en l’air dans des positions différentes, le tonus des extenseurs des membres est différent selon la position de la tête.

(9) De Kzeyn A. Les moyens d'exploration clinique de l’appareil vestibulaire. VII Réunion internationale annuelle de la Société de Neurologie de Paris, 1%, 2 juin 1927.

« Ce tonus est maximum dans la position dorsale, le museau à + 45° au-dessus de l'horizontale, minimum dans la position ventrale, le museau à + 45° en dessous de l’horizontale (position habituelle des animaux). En examinant ces réflexes, il faut, pour éliminer les erreurs, fixer le cou, parce que chaque position du cou provoque également des réflexes toniques commandant le tonus des. extenseurs des membres (réflexes toniques du cou). Chaque mouvement du cou, chaque changement de la position de la tête par rapport au tronc change le tonus des membres. »

Ces mêmes réflexes de posture ont été étudiés par Minkowski dans son livre si intéressant, l'Etat actuel de l’étude des réflexes.

Voici d’ailleurs ce qu'il en dit :

« Si, après l'extraction, on modifie rapidement les positions du fœtus dans l’espace, en redressant par exemple, dans la position verticale le fœtus couché horizontalement, ou, au contraire, en couchant le fœtus redressé, on observe souvent (même en évitant, autant que faire se peut, tout choc, toute excitation externe, toute modification du rapport de la tête au tronc) des réactions caractéristiques qui rappellent beaucoup les réflexes labyrinthiques décrits récemment par Magnus et ses élèves ; en particulier, on voit certains mouvements bilatéraux et symétriques dans les membres inférieurs ou supérieurs et éventuellement aux quatre membres, qui naissent avec le mouvement qui les déclenche et cessent rapidement (même si ce dernier continue).

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« Après la naissance, certains réflexes, qui avaient déjà, pendant la vie intra-utérine, subi une sorte d’entraînement à la suite de sollicitations occasionnelles, entrent immédiatement en fonclion régulière.

« En ce qui concerne les réflexes profonds, il s’effectue aussi, avant et après la naissance, de rapides progrès. Dans le domaine des réflexes labyrinthiques, à côté des mouvements passagers que nous avons déjà décrits, apparaissent maintenant des réflexes toniques de posture, c'est-à-dire des réflexes tels qu'ils sont déclenchés au niveau des extrémités, des yeux ou de la tête par des modifications de la position de la tête dans l’espace, et durent aussi longtemps que la nouvelle position céphalique se maintient. Selon Magnus, soit tout de suite après la naissance, $oit dans les premiers jours qui suivent, on peut voir chez les animaux nouveau-nés (cobayes, lapins, chats et chiens) des réflexes labyrinthiques-loniques, d’une grande importance pour la position du corps, des réflexes toniques du cou sur les extrémités, plus tard des réflexes labyrinthiques de redressement (Labyrinthstellreflexe) sur la tête et le corps et, enfin, des réflexes toniques labyrinthiques et cervicaux au niveau des yeux.

« Chez le nourrisson humain, le développement s'effectue naturellement lentement, il est moins apparent mais essentiellement analogue. »

C'est sur ces bases sans doute que vont lentement s’édifier les réflexes statiques les plus complexes. Minkowski nous dit d’ailleurs :

« Pour les réflexes d’attitude (Haltungsreflexe) il

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s’agit tout d’abord d'éléments qui ne sont pas encore reliés en unités fonctionnelles telles qu’elles sont indispensables, par exemple, pour l’action de s'asseoir et de rester assis, l’action de se lever et de rester debout, de se tourner, etc. L'enfant nouveau-né n’est pas en état d'exécuter de pareils actes, il n’en sera capable que beaucoup plus tard. »

Pendant les tout premiers mois, le nourrisson se rend d’abord maître de sa tête qu'il apprend à diriger sans à-coup, puis à tenir droite sans soutien. Peu à peu, grâce à l’éducation des muscles du tronc, bébé se tient assis. Cette station assise, litigieuse au début, et impossible sans appui, ne tarde pas à devenir stable, ne précédant que de très peu les premiers essais de station debout. Il faut tout d’abord un soutien à l’enfant, mais ce dernier ne tarde pas à libérer une main puis les deux.

« Vous souvient-il de l’admirable statuette de l’équilibre de Max Blondat, si remarquée à la dernière exposition des Arts décoratifs, aux abords du pavillon du collectionneur ? Perché sur une grosse boule dominant la fontaine, un bébé tout jeune. Il est très jeune, ainsi que le trahissent la grosseur de sa tête; la longueur de son tronc, ses jambes potelées. Il a même l'aspect trop jeune pour être capable d’une telle prouesse, voire pour se tenir simplement debout. Il a peur. Il a froid. Avec ses genoux demi-fléchis, son tronc incliné en avant, ses bras figés, ses mains crispées, ne dirait-on pas un parkinsonien en minature ? C'est l’image fort exacte d’un jeune et maladroit

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. équilibriste qui, encore peu expert dans l’art de se tenir debout, reste prudemment en « statique renforcée » (12). »

Ce n'est qu'ensuite que viennent les premiers pas. « Voyez la jolie scène qu'évoque Ch.-L. Philippe. Au soleil, sur le pas de sa porte ,la mère épluche des légumes. Avidement, bébé la regarde. Attiré, spectacle attachant, par les épluchures en spirales qui, étincelantes, se balancent autour du couteau, bébé oublie toute prudence. Bras en balancier, jambes un peu écartées, le voici qui se lance dans l’air libre. Abandonnant tout soutien, il se met à marcher seul. »

Mais cette première marche implique un maximum d'effort, qui disparaît peu à peu par inhibition des

(10) J. Froment. L'homme debout. Régulation de la statique. Ses troubles.

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contrections superflues. « Au stade de marche avec statique renforcée va succéder la marche avec statique souple, mode de progression de l’enfant dépouponné.»

Enfin, en dernier lieu, se constituent les. réflexes statiques à minima, commandés sans doute par des centres spéciaux agissant sur un système musculaire spécialisé. Mais l'étendue de ces réflexes s'accroît continuellement ; aussi se trouve-t-on, chez l’homme en possession de tous ses moyens musculaires, en présence. d’une réflectivité statique fort enrichie et singulièrement touffue.

Cependant « il est à remarquer que les réflexes qui assuraient précédemment la statique laborieuse et vigilante du jeune enfant n'ont pas disparu. Tout se passe comme s'ils étaient habituellement inhibés. Ils reparaissent chez l’adulte en statique litigieuse. Celuici se fige alors comme se figeait l'enfant (#). »

Il faut pourtant noter que la nature, tout en assurant notre stabilité d’une façon parfaite, ne nous fige qu'incidemment. Ce n’est que lorsque notre équilibre est menacé qu'elle bloque nos mouvements, pour les libérer aussitôt dès que nous avons paré au danger.

Cette conception de la constitution des réflexes statiques semble bien cadrer avec ce que Pavlov nous a appris des réflexes conditionnels.

« Aussi importants que le sont pour les chiens de Pavlov les desiderata alimentaires, les desiderata statiques, non moins impérieux pour l'homme, sont sous

(11) J. Fromenr et PauriQue. Loco citato.

là dépendance d'un réglage aussi complexe et aussi minutieux. Faut-il s'étonner qu'il soit doté d'aussi subtiles avertisseurs (2) ? »

9. — Essai de localisation anatomie des centres de la réflectivité statique

« Etant le propre de l’homme, ou bien peu s’en faut, le problème de la station debout ne peut être du ressort de la vérification expérimentale. Il ne relève que de cet expérimentateur d'une virtuosité déroutante qui à nom maladie. On peut fort bien l’étudier en clinique. On ne peut l’étudier que là (#). » Cependant quelques hypothèses ont été émises sur la localisation des réflexes statiques.

Pour Ramsay-Hunt (”*) la part essentielle dans la direction et la régularisation du système statique doit être attribuée au cervelet. Il distingue deux systèmes statiques cérébelleux :

1. Système paléostatique, qui règle les fonctions posturales élémentaires et automatiques.

2. Système néostalique, qui règle les fonctions posturales plus complexes et plus élevées. Ce dernier

(12) J. Fromenr et P. DuBouroz. La rigidité parkinsonienne et le signe de Ja pancarte. Caractère conditionnel des réflexes statiques. Sociélé de neurologie de Paris, 6 décembre 1928, et Revue neurologique, 1928, t. IT, pp. 913-915.

(13) J. FRomenr et P. DuBouroz. Attitudes debout, tonus de postures et réflexes statiques. Journal de médecine de Lyon, 5 mai

(14) J. Ramsay-Hunr. Nouvelle contribution à la conception des systèmes statique et kinétique de la motilité. L'Encéphale, 1924, no Del

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réside au niveau des hémisphères cérébelleux et prend son origine dans les cellules du noyau dentelé; il est enfin soumis au contrôle cérébral par des fibres venant du cortex.

Cette hypothèse semble peu proæable. En effet, dans ce cas, le déséquilibre correspondrait à une lésion cérébelleuse ne pouvant que s’étendre; or les troubles de déséquilibre sont maxima d'emblée et l’on observe en général une amélioration progressive et assez rapide. De plus, la démarche d’un déséquilibré n’est pas du tout semblable à celle d’un cérébelleux.

Ce que fait surtout le cervelet, c’est d’équilibrer nos gestes, comme l'ont bien montré Flourens et A. Thomas : il commande à l'équilibre cinétique. Or, Babinski a montré un malade, déséquilibré cinétique, pouvant très bien se tenir debout. Le stabilisateur ne semble donc pas être le cervelet.

Pour Minkowski (5) la phase motrice qui correspond à la naissance et aux premiers mois de la vie « peut être considérée chez l’homme comme à prédominance tegmentale, mésencéphalique et cérébelleuse (surtout paléocérébelleuse), mais déjà le cerveau exerce une certaine influence sur les réflexes spinaux ». Un peu plus tard s’ajoute un facteur pallido-strié, mais surtout « l’influence de l’écorce cérébrale s’intensifie à partir d’une certaine époque (chez l’homme vers la fin de la première année) et dès lors va en s’augmentant jusqu'à devenir décisive ». Pour lui, c’est cette influence corticale qui donne aux réflexes d’attitude un caractère conditionnel.

(15) M. Mnkowsxr. L'état actuel de l'étude des réflexes.

Les recherches de Foix et Nicolesco sur la maladie de Parkinson incitent à rattacher la fonction statique au corps strié et à la voie extra-pyramidale. Mais Clovis Vincent (15) a montré récemment que le syndrome dit strié n'impliquait pas nécessairement une lésion de l'appareil strié, ni cette lésion ce syndrome.

Nous n'avons donc toujours à faire qu’à des hypothèses et le problème reste à l’étude. Il nous semble cependant, avec notre Maître le Professeur Froment, qu'il y a tout lieu d’admettre que la stabilisation à minima relève, en partie au moins, du système strié. Quant à la stabilisation renforcée « est-elle une modalité d'action différente du même système ou requiertelle l'intervention d’un système différent ? » Il est prématuré de le dire. |

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