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Les oreillettes sont très rarement prises

Il nous faut maintenant reprendre avec certains détails l'étude de la rupture, de l'état du cœur luimême et des artères cardiaques.

Caractères de la rupture. — Envisagée au point de vue de son siège, la rupture atteint avec une fréquence très inégale les diverses cavités cardiaques. Dans l’immense majorité des cas, elle porte sur le ventricule gauche-, bien moins souvent sur le ventricule droit: très rarement sur l’oreillette droite ; à titre exceptionnel sur l’oreillette gauche. La rupture simultanée des deux ventricules est également une curiosité pathologique. Du reste, voici ce que donne notre statistique au sujet du siège comparé de la cardiorrhexie. Sur un total de 1 75 observations résumées plus loin, nous trouvons :

Ruptures du ventricule gauche . . . 159 cas.

Ruptures du ventricule droit .... 20 cas.

Ruptures de l’oreillette droite. ... 8 cas.

Ruptures de l’oreillette gauche. . . 2 cas.

Ruptures simultanées des deux ventricules 4 cas.

La rupture type est donc la rupture du ventricule gauche'. Elle se produit rarement à la base, com-

1. En dehors des observations rapportées dans notre tableau, nous connaissons encore une vingtaine de faits, au moins, authentiques quoique très incomplets. 11 nous a paru inutile de les mêler aux autres.

munémcnt au contraire dans les deux tiers inférieurs (la partie moyenne et le sommet étant d’ailleurs à peu près également prédisposés). La face antérieure est plus souvent atteinte que la postérieure. Enfin le voisinage de la cloison est un siège de prédilection noté par tous les auteurs.

11 est difficile d’établir une proportion semblable pour les ruptures des autres cavités du cœur, car, chose singulière, ces derniers cas, très intéressants par leur rareté, sont presque tous décrits avec une brièveté regrettable.

Généralement unique *, la rupture offre le plus souvent une longueur assez considérable (de 1 à 5 centimètres en moyenne). Sa largeur au contraire est toujours minime. On ne trouve en effet qu’exceptionnellement ces énormes fentes dont parlent Becker, Beer, Dubreuil, IIufelakd, etc.

Considérée en elle-même, la déchirure myocardique offre deux orifices et un trajet.

Les orifices conliennenthabitucllementdes caillots qui peuvent les masquer ou en diminuer apparemment l’étendue. Ceci s’applique souvent à l'orifice

1 . Toutes les ruptures des oreillettes que nous avons recueillies sont uniques.

Sur 159 ruptures du ventricule gauche, 19 seulement sont doubles ou multiples.

Sur 20 ruptures du ventricule droit, 5 sont doubles et une triple.

interne déjà petit par lui-même. L’orifice externe au contraire apparaît, en général, dès qu’on examine l’épicarde; ses bords sont tantôt nets, comme produits par un instrument tranchant, tantôt (et c’est la règle) contusiformes et pins ou moins déchiquetés. Selon sa grandeur, il revêt l’aspect d'une fissure, quelquefois parallèle aux fibres unitives, ou d’un trou, auquel cas il rappelle absolument par sa forme et sa périphérie ccchymotique les caractères d’une « plaie par arme à fen » (Elléaume).

Le trajet de la rupture, oblitéré le plus souvent par une coagulation sanguine, se montre direct, oblique ou sinueux suivant les circonstances. Dans certains cas, l’obliquité est telle qu’une déchirure dont l’orifice externe siège manifestement sur le ventricule droit aboutit intérieurement en plein ventricule gauche.

Quant aux caractères des parties voisines de la zone où s’est produite la perte de substance, ils sont très différemment décrits par les auteurs. En dehors de l’infiltration hémorrhagique, qui fait pour ainsi dire partie intégrante de la lésion, on a signalé une coloration brunâtre, jaunâtre, grisâtre, suivant les cas, avec ou sans ramollissement du myocarde. L’histologie nous montrera que ces variétés d’aspect n’ont aucune importance

RUPTURE I)U CŒUR

et répondent à une lésion fondamentale unique.

Il nous reste à dire un mot des ruptures incomplètes qui, soit isolées, soit combinées aux précédentes, apportent à l’étude de la cardiorrhexie un appoint considérable. Il s’agit le plus souvent de ruptures incomplètes externes qui se présentent de la façon suivante : tantôt une éraillure de l’épicarde entourée d’une zone ecchymotique ou bien siégeant au sommet d’une véritable bosse sanguine, développée dans le sein dupannicule adipeux superficiel du cœur; tantôt une perte de substance plus profonde qui ne diffère de la rupture complète que par l’absence d’orifice intra-cavitaire *.

La rupture incomplète interne est beaucoup plus rare et ne donne lieu à aucune considération digne d’intérêt.

État du cœur et des coronaires. — Le cœur qui se rompt est en général un cœur surchargé de graisse ; cependant il n’y a rien de fixe à cet égard. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur le tableau annexé à ce travail pour se convaincre que la cardiorhexie peut se produire sur les myocardes les plus amaigris.

Les artères cardiaques, au contraire, offrent des altérations de la plus grande importance, altéra-

\. Nos observations 2 et 11 appartiennent au groupe des ruptures incomplètes externes.

lions qui n’ont jamais fait défaut quand on les a recherchées*. Elles consistent, tantôt en une dégénérescence athéromateuse, ordinairement très prononcée; tantôt en calcifications circonférentielles rétrécissant quelquefois à un haut degré le calibre des vaisseaux; tantôt enfin, en une oblitération thrombosique.

Si, dans nombre de circonstances, ces modifications ont été soigneusement mentionnées par les auteurs, il ne manque malheureusement pas de faits où l’on ne trouve à cet égard aucun renseignement précis. Toutefois, dans ce dernier ordre de cas, il s'agissait presque toujours de gens âgés, à l’autopsie desquels existaient en abondance les stigmates de Fathéromasie ; chez quelques-uns d’entre eux, môme, les coronaires avaient parlé pendant la vie (cas de Harvey, Morgagni, Portal, pour ne citer que les anciens). De telle sorte qu’après avoir lu nombre d’observations, nous n'hésitons pas à admettre qu’en

1. Deux auteurs seulement, parmi ceux que nous avons parcourus, mentionnent formellement l’intégrité des coronaires. Ce sont Marquis (à propos d’une femme de 79 ans?) et Kuppel (dans sa troisième observation de notre tableau). Ce dernier cas ne peut guère être compté parmi les faits classiques, à cause de la présence d’une lésion certainement très rare et impossible à interpréter (foyer caséiforrne intrarnyocardiaque). Dans toutes les autres observations où l’état des artères cardiaques est nolé, celles-ci étaient malades, et souvent très malades.

matière de rupture du cœur, Yathérome coronaire est la règle et son absence l'exception.

Quoi qu’il en soit, toutes les fois que l'état des artères cardiaques a été décrit avec détails, on a remarqué que les lésions étaient bien plus prononcées dans celui des deux troncs qui se rendait (par lui-même ou par une de ses brandies) à la zone rupturée; c’est-à-dire qu’elles prédominaient le plus souvent dans l’artère cardiaque gauche et spécialement dans son rameau descendant qui occupe, comme on le sait, le sillon interventriculaire antérieur.

Avant de passer à l’élude histologique nous devons mentionner la présence, sur certains cœurs spontanément rompus, d'infarctus revêtant ou non l’apparence hémorrhagique et qui sont la signature

pathogénique de l’affection (voir à ce propos notre observation II).

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