‹ De la rupture du cœurChapitre 6 sur 34 · B). ÉTUDE MICROSCOPIQUE · texte numérisé non relu

B). ÉTUDE MICROSCOPIQUE

Un chercherait en vain dans les auteurs les éléments d’une description microscopique de la rupture. Parmi ceux qui se sont livrés à des recherches histologiques sérieuses, et le nombre en est fort

restreint, les uns se sont contentés de dissocier quelques parcelles de tissu prises au niveau de l'effraction myocardique, les autres ne se sont occupés que de l’état des parois cardiaques loin de la région malade. Aucun n’a indiqué explicitement les caractères d’une coupe passant exactement par la solution de continuité. C’était pourtant là le point essentiel à élucider.

Aussi nous contenterons-nous de présenter sous forme d’un simple tableau la liste des principales lésions dont il est fait mention dans les faits que nous avons pu rassembler. Nous discuterons plus tard la valeur et la signification de ces lésions à propos de l’bistoire pathogénique de la cardiorrhexie.

Liste des principales altérations mentionnées par les auteurs.

[ Dégénérescence graisseuse.

Lésions \ Atrophie granulo-pigmentaire ou pigmentaire, de la fibre. ) État hyalin.

f Lésion segmentaire de J. Renautet Landouzy*.

I Sclérose.

Lésions Adipose.

du stroma. ( x)iverses lésions vasculaires.

1. Cette lésion a été observée par M. Albert Robin, dans les trois cas qui ont servi de base à son premier mémoire sur la rupture du cœur.

Nous allons maintenant décrire tour à tour et à' après nos recherches :

1° V aspect clés coupes passant au niveau de la paroi cardiaque rupturée ;

2° L'apparence de diverses sections échelonnées au-dessus ou au-dessous de la perte de substance;

5° Enfin l'état du cœur lui-même envisagé en dehors des régions malades.

Une coupe pratiquée en pleine rupture offre d’abord à étudier la solution de continuité ellemême. Celle-ci, qui va de l’épicarde à l’endocarde', se montre, suivant les cas, directe et à bords réguliers, ou oblique et à bords sinueux. En tout cas, scs lèvres sont réunies par un caillot récent (cruorique) qui se prolonge plus ou moins entre les faisceaux musculaires voisins.

Le tissu cardiaque situé de chaque côté de la perte de substance présente des lésions extrêmement importantes, lésions identiques par leur aspect comme par leur cause à celles de tous les infarctus viscéraux. En voici les caractères* :

1. Dans le cas typique de rupture complète que nous envisageons en ce moment.

2. Ces caractères ont été déjà décrits dans leurs points essentiels par l’un de nous (M. Nicolle, Thèse de Paris, 1890).

Les faisceaux musculaires altérés « forment bloc » ce qui tient d’une part au tassement anormal des éléments qui les constituent, et d’autre part à la disparition du trait scalariforme d'Eberth. Les fibres, ainsi groupées, ont acquis une réfringence insolite. Le picrocarmin leur communique une couleur brun orangé ; l’éosine hématoxylique un ton rose jaunâtre, et la coloration est plus lente à se produire à leur niveau qu’au niveau des parties saines comprises dans la même préparation. Le noyau a disparu, mais le double cône pigmentaire qui en naissait persiste. Enfin la striation transversale s’est considérablement exagérée.

Entre les éléments myocardiques pas un seul noyau. Capillaires et stroma conjonctif se sont fondus en une masse homogène, réduite à son minimum d’étendue par le tassement anormal des fibres.

Au sein des fissures 1 et le long des gaines vasculaires se voient des leucocytes, tantôt rares, tantôt abondants et qui pénètrent par places dans l’intervalle des éléments myocardiques.

Tels sont les caractères de la zone nécrosée qui

1. Les fissures sont constituées par de grands espaces remplis d'un tissu conjonctif très raréfié, et séparant en certains points les faisceaux musculaires (Voir M. Nicolle, loc. cil.).

environne la rupture. Ces caractères se modifient légèrement au voisinage immédiat de celle-ci et à la périphérie de l’infarctus. Dans la première de ces deux régions, les libres apparaissent encore plus réfringentes avec une striation très diminuée, quelquefois disparue; dans la seconde, elles se montrent bien moins réfringentes et la striation a fait place à un semis de granulations irrégulièrement disséminées et très fines.

À la limite des parties mortifiées, les éléments altérés s’imbriquent si intimement avec les éléments normaux auxquels ils confinent qu’on ne peut établir de ligne de démarcation précisa qu’en se servant de grossissements assez forts. Ceux-ci permettent aussi de constater que les fibres saines situées près des faisceaux infarcis offrent toutes la modification dénommée par l’un de nous, état fendillé.

Pour terminer ce qui a trait à l'examen des coupes intéressant la paroi au point rupturé, il nous reste à mentionner l’état de l’épicarde, de l’endocarde, des artères et du myocarde respecté par la lésion nécrotique.

L ’épicarde est fréquemment le siège d’hémorrhagies continues avec le caillot qui remplit la perle de substance.

L 'endocarde, obscurci par une abondante infiltra-

tion leucocytique, donne également insertion à un coagulum prolongeant celui dont il vient d’ôtre question.

Parmi les artérioles, quelques-unes sont thrombosées: d’autres ne contiennent qu’un « caillot terminal »: le plus grand nombre se montrent malades ou normales selon les cas; leurs modifications sont donc absolument contingentes. 11 en est de même de celles du myocarde sur lesquelles nous reviendrons tout à l’heure.

Lorsqu’on étudie une série de sections pratiquées au-dessus ou au-dessous de la rupture, et s’éloignant progressivement de celle-ci, on y reconnaît deux points essentiels. D’une part, la solution de continuité se réduit de plus en plus dans sa longueur et sa largeur, c’est-à-dire qu’elle devient incomplète et fissuraire. Elle n’occupe bientôt plus qu’un espace restreint au sein de la paroi et contient seulement un très mince coagulum.

D’autre part, l’infarctus qui avoisine l’effraction offre des dimensions progressivement décroissantes tout en conservant les caractères que nous lui avons reconnus.

Il arrive ainsi un moment où toute trace de la perte de substance a disparu. A ce moment on remarque, dans le point correspondant à celui

qu’elle aurait occupé', la présence de quelques blocs nécrosés, isolés ou réunis. Ces blocs ne tardent pas à disparaître à leur tour.

De telle sorte qu’à une certaine distance de la rupture le myocarde a repris son aspect normal ou du moins celui qu’il présente dans le reste du cœur. Cet aspect est des plus variables. Rarement on se trouve en présence d’une sclérose de quelque importance (grande sclérose cardiaque). Le plus souvent il s’agit d’une adipose interstitielle liée à l’atrophie pigmentaire de la fibre, mais cette lésion n’est pas constante. La myocardite segmentaire de MM. Renàut et Lasndouzv est également fréquente mais peut faire complètement défaut. Elle ne représente d’ailleurs souvent qu’une altération ultime , contrairement à la sclérose et à l’adipose.

Dans certains cas de rupture* on remarque à la périphérie de l’infarctus des points où les fibres musculaires ont subi la dégénérescence graisseuse. Ces points sont toujours très peu étendus. Il s’y trouve constamment des leucocytes chargés de gout-

1. Point facile à déterminer à l’aide de coupes suffisamment rapprochées.

2. Obs. XI et un cas inédit d’anévrysme du cœur, terminé par rupture, que nous a confié M. le Dr Letulle.

teleltes graisseuses et converties en véritables corps granuleux.

Celte modification semble tenir à ce qu’il s’est écoulé un temps assez long entre la nécrose du myocarde et la production de la rupture1 2.

Terminons ce chapitre en mentionnant l’identité absolue des lésions dans les cas de rupture complète et incomplète!.

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