MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Résumant les symptômes décrits dans le paragraphe précédent, nous voyons que la sacro-coxalgie est caractérisée par une douleur plus ou moins vive à la région sacro-iliaque, par la claudication et quelquefois par des changements dans l’attitude du membre; enfin par des signes locaux, la tuméfaction de la région malade et les abcès dont nous avons précisé le siège.
Les symptômes généraux ne doivent pas être oubliés dans le tableau de la maladie. Nuis ou à peu près nuis au début, à moins qu’il n’existe quelque complication, ils n’apparaissent généralement qu’à une période avancée, alors que sont survenus du côté de l’articulation des désordres graves, et surtout lorsque les abcès se sont ouverts. On voit alors apparaître tous les signes de la fièvre hectique et de la septicémie que favorise le plus souvent l’état de la constitution du sujet, s’il s’agit d’un tuberculeux.
Il nous paraît difficile d’établir des périodes distinctes dans la marche de la maladie, en raison de la grande variabilité des phénomènes, suivant la variété de l’affection que l’on observe. La seule distinction véritablement importante consiste à séparer la période qui précède la suppuration de celle qui commence au moment où celle-ci apparaît*
Hahn avait admis quatre périodes distinctes : dans là première, il y avait douleur; dans la deuxième, claudication
et allongement du membre; la troisième était caractérisée par le déplacement de l’os iliaque entraînant soit le raccourcissement, soit l’allongement; la quatrième, enfin, correspondait à la suppuration et aux phénomènes d’hecticité. Cette division, fondée surtout sur les changements dans la longueur du membre, ne saurait être conservée puisque ceuxci sont exceptionnels et ne figurent pas, la plupart du temps, parmi les symptômes, dans les observations que nous rapportons.
Quant aux formes de la maladie, nous admettrons une forme subaiguë et une forme chronique. La forme subaiguë s’observe principalement dans les variétés rhumatismale et blennorrhagique de la maladie. La forme chronique répond surtout à la sacro-coxalgie scrofuleuse et puerpérale.
La marche variable de l’affection que nous décrivons est surtout en rapport avec la distinction de ces quatre variétés.
La durée de la sacro-coxalgie varie entre quelques semaines et une ou plusieurs années. Les sacro-coxalgies rhumatismale et blennorrhagique ont une durée généralement moins longue que la sacro-coxalgie scrofuleuse ou puerpérale, en raison de la terminaison différente de ces deux dernières.
Mais si le rhumatisme et la blennorrhagie, qui n’entraînent guère la suppuration, rendent compte de la moindre durée des premières variétés de la sacro-coxalgie, ils exposent les malades à des récidives assez fréquentes.
La terminaison de la sacro-coxalgie peut se faire: 1° par la guérison complète ; 2° par ankylosé sans suppuration ; 3° par suppuration ; 4° enfin par la mort.
Nous ne faisons pas figurer parmi les modes de terminaison de la sacro-coxalgie X arthrite sèche , uniquement parce que nous ne connaissons pas d’exemple dans lequel cette terminaison ait été démontrée. Mais il faut en reconnaître
la possibilité, et peut-être quelques-uns des faits publiés à la fin du siècle dernier se rapportent-ils à ce mode de terminaison.
Nous mentionnerons seulement pour mémoire la terminaison par luxation spontanée de l’ilion sur le sacrum. Même dans le cas d’une destruction des ligaments, le déplacement nous paraît devoir être toujours trop faible pour mériter le nom de luxation.
La guérison complète s’observe dans les variétés rhumatismale et blennorrhagique de la maladie, alors que les parties molles de l’articulation n’ont subi que des altérations légères qui n’empêchent pas le retour à l’état normal. La guérison complète, nous semble impossible sans ankylosé quand la suppuration s’est effectuée.
La terminaison par ankylosé sans suppuration est un mode de terminaison favorable et qui, si l’on en juge par le grand nombre de bassins sur lesquels on trouve une ankylosé de l’une ou des deux articulations sacro-iliaques, ne doit pas être très-rare dans la sacro-coxalgie. Dans les cas où l’ankylose se fait sans suppuration, il n’en résulte, s’il s’agit d’adultes, que peu d’inconvénients, l’articulation ne jouissant, même à l’état normal, que d’une mobilité fort obscure.
La suppuration est la terminaison habituelle des sacrocoxalgies scrofuleuse et puerpérale. Dans la première variété, elle s’accompagne généralement de désordres si étendus et de complications tellement graves que la guérison ne peut guère être espérée. Elle peut cependant encore se faire, dans ces cas, par ankylosé, et c’est la seule terminaison favorable. Le plus souvent la suppuration devient intarissable et le malade succombe à l’épuisement qu’elle entraîne.
La sacro-coxalgie puerpérale est suivie presque toujours, aussi, de suppuration et, si elle guérit, c’est encore par fusion des surfaces articulaires.
Lorsque la mort survient chez les sujets atteints de sacrocoxalgie, elle est due, le plus souvent, autant aux lésions concomitantes des viscères qu’à l’épuisement et au marasme qui résultent d’une suppuration prolongée.
Nous n’avons pas trouvé signalés dans les auteurs à' accidents graves autres que ceux qui résultent de la marche naturelle de la sacro-coxalgie et en particulier de la migration et de l’ouverture des abcès.
Parmi les complications, nous n’avons à noter que celles qui résultent du développement d’un érysipèle au pourtour d’une plaie fîstuleuse ou d’une infection purulente à la suite de l’ouverture d’un abcès. La péritonite signalée dans une des observations et qui aurait pu être considérée comme le résultat des lésions de la sacro-coxalgie se rattachait, ainsi que le montra l’autopsie, à une tuberculisation du péritoine.