PRONOSTIC
La gravité du pronostic a été diversement appréciée par les observateurs. Chacun d’eux, n’ayant eu, généralement,
1 occasion d’observer qu’un petit nombre de cas, s’est trouvé porté à exagérer ou à atténuer la gravité du pronostic suivant les faits qui s’étaient présentés à lui.
Hahn pense que la sacro-coxalgie n’est susceptible de guérir que lorsqu’elle est encore à la première des quatre périodes qu’il a admises. A la deuxième période, la guérison ne peut se faire, d’après lui, que par ankylosé; enfin, lorsque la carie est survenue, la mort est, pour cet auteur, inévitable.
M. Hattute admet que le pronostic varie avec la période de la maladie et que, lorsqu’il y a suppuration de l’articulation et altération des os, le pronostic a la même gravité que dans les cas de carie vertébrale avec abcès par congestion. Il signale, en outre, l’influence de la constitution et des affections antérieures sur la marche et par suite sur le pronostic de la maladie.
Erichsen considère le pronostic comme toujours trèsdéfavorable. « Je ne saurais dire, ajoute-t-il, s’il est nécessairement fatal, mais je n’ai jamais vu un malade guérir après le complet développement de la maladie et après que la suppuration s’était déclarée. J’ai cependant vu un cas de guérison dans lequel, d’après les commémoratifs, l’épaississement au niveau des articulations sacro-iliaques et le déplacement permanent du côté du bassin, étaient autant de
raisons pour croire que cette maladie avait existé. Mais, dans ce cas, il n’y avait pas eu de formation d’abcès. »
Mais, ainsi que nous l’avons fait remarquer déjà, Erichsen n’a observé et décrit la maladie que dans sa forme la plus grave, c’est-à-dire chez des sujets scrofuleux ou profondément débilités.
Velpeau admet que la maladie prise au début et traitée a des chances de guérison, mais que lorsque les altérations osseuses sont survenues, celle-ci est presque impossible à obtenir. Il signale, en particulier, les dangers que courent les malades après l’ouverture des abcès.
M. Gosselin ayant observé la sacro-coxalgie dans une de ses formes les moins graves a pu dire que la maladie entraîne rarement la mort quand elle n’est pas consécutive à une infection purulente ou à une fièvre puerpérale. Toutefois, ditil, la guérison est rarement complète.
Il est bien évident que si l’on admet les formes rhumatismales etblennorrhagiques delà sacro-coxalgie, cette affection ne comporte pas toute la gravité de pronostic que lui ont assignée les premiers observateurs.
Mais la question de gravité ne peut se juger par des chiffres, dans l’état actuel de nos connaissances. En réunissant tous les faits publiés, on arriverait même, croyons-nous, à un résultat erroné. En effet, presque tous les faits dans lesquels l’autopsie a fait reconnaître les lésions de la sacrocoxalgie ont été publiés. Les formes plus bénignes de la maladie ont été, au contraire, souvent méconnues et, quand elles ont été diagnostiquées, on les a rarement publiées.
Nous dirons donc que le pronostic de la sacro-coxalgie est grave et même très-grave chez les scrofuleux et les tuberculeux ; qu’il est grave encore chez les femmes récemment accouchées; qu’enfm il est sérieux chez les individus d’une bonne constitution ou rhumatisants et chez ceux qui sont atteints de blennorrhagie. Une articulation aussi importa i:
que l’articulation sacro-iliaque ne saurait, à coup sûr, être affectée sans danger, et dans ces cas, en particulier, les récidives sont surtout à craindre.
En dehors de la question de constitution et de diathèse, il faut encore tenir compte de Y âge des sujets atteints de sacro-coxalgie. Chez les petites fdles, cette maladie, en raison des déformations du bassin qui suivent l’ ankylosé de l’articulation sacro-iliaque, aurait plus tard, au point de vue de l’accouchement, des conséquences dont la gravité ne peut échapper à personne. Mais nous avons vu que la sacrocoxalgie est une affection rare dans l’enfance.