HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIE
L’histoire de la sacro-coxalgie est de date moderne. Cette affection n’avait pas attiré l’attention des observateurs avant la fin du siècle dernier, ou du moins, elle n’avait pas été décrite à part.
Tout ce qu’on trouve dans les anciens auteurs, relativement à la pathologie de l’articulation sacro-iliaque se rapporte au relâchement des symphyses chez les femmes enceintes ou aux lésions consécutives à l’accouchement. C’est ainsi que, dès l’époque d’Hippocrate, l’écartement des os du bassin, au moment du premier accouchement, était signalé et considéré même comme un fait habituel.
A une époque plus rapprochée de nous, Ambroise Paré avait nié, il est vrai, cet écartement des symphyses, mais il reconnut plus tard son erreur et dut se rendre à l’évidence, comme le rapporte Louis dans son mémoire. Presque tous les accoucheurs, depuis cette époque, se sont occupés de cette question, et, de nos jours, elle a donné lieu, de leur part, à quelques travaux importants.
Mais l’étude de la sacro-coxalgie, c’est-à-dire de la tumeur blanche de l’articulation sacro-iliaque, ne date en réalité que de Boyer.
Louis, dans son travail ( Mém . de l’ Acad, de chir., éd. Didot, tome X) sur Y écartement des os du bassin , a réuni la plupart des faits de relâchement des symphyses, et y a joint quelques observations de lésions de l’articulation sacro-iliaque, telles
que celles de Philippe, de Chartres, dans lesquelles le traumatisme était intervenu comme cause déterminante. Ce n’était pas là, encore, il faut le dire, des faits de sacro-coxalgie, bien que quelques-uns aient été parfois cités comme tels.
Nous ne pouvons, non plus, attribuer à la longue observation de L’Héritier, publiée dans le journal de Fourcroy, t. IV, p. 236, l’importance qu’on lui a donnée depuis, et nous ne pouvons guère y voir autre chose qu’un exemple de coxalgie terminée par ankylosé et suivie, peut-être, d’une mobilité anormale de l’articulation sacro-iliaque du côté correspondant.
Nous n’avons rien trouvé, dans les œuvres de Desault, qui se rapporte à la sacro-coxalgie, bien que ce chirurgien soit cité habituellement comme ayant, un des premiers, signalé la maladie.
11 faut arriver au grand ouvrage de Boyer pour trouver une description véritable de cette affection. On a généralement méconnu les droits de Boyer à la priorité sur cette question, sans doute parce qu’il n’a pas décrit à part cette lésion dont il avait cependant reconnu la nature, et dont il donne un tableau symptomatologique exact. En effet, le chapitre dans lequel il en parle, a pour titre : De T écartement des os du bassin ( Traité des malad. chirurcj . t, IV, 3e éd. 1821.); mais, après avoir décrit le relâchement des symphyses chez les femmes enceintes. Boyer donne la description des affections chroniques de l’articulation sacro-iliaque, avant de passer à celle des luxations traumatiques du sacrum sur l’os des îles qui termine le chapitre.
Le paragraphe consacré à l’affection qui nous occupe est donc, en quelque sorte, comme perdu entre deux autres dont l’intérêt ne saurait être contesté ; et c’est pour cela, sans doute, qu’il passa presque inaperçu. Mais Boyer dit expressément que l’affection qu’il décrit lui paraît d 'origine scrofu leuse et qu’elle offre une analogie frappante avec celle qu’il
décrira plus tard sous le nom de luxation symptomatique du fémur. Les noms de coxalgie et de sacro-coxalgie n’avaient pas encore cours dans la science, mais on voit que Boyer avait parfaitement saisi la ressemblance de ces deux maladies.
Quelques années plus tard, en 1824, Velpeau publiait dans les Archives de médecine, un mémoire dans lequel il attirait l’attention sur les suppurations de l’articulation sacro-iliaque qu’il avait observées chez des femmes, à la suite de l’accouchement, et dont il faisait le point de départ des autres suppurations constatées à l’autopsie.
On a eu le tort de ranger, plus tard, ces faits au nombre de ceux qui appartiennent à l’histoire de la sacro-coxalgie ; ce ne sont, en réalité, que des suppurations métastatiques de l’articulation chez des femmes mortes de fièvre puerpérale. Mais, plus tard, Velpeau, dans ses cliniques, décrivit la véritable sacro-coxalgie, et c’est à un de ses internes que nous devons une des bonnes monographies de cette affection.
La Clinique chirurgicale de Larrey (t. III, 1829), renferme un chapitre sur la sacro- coxalgie. C’est la première fois que nous trouvons cette expression dans un ouvrage français. L’affection y est décrite brièvement et rapprochée des tumeurs blanches des autres articulations.
L’article publié en 1833, par M. Laugier, dans le Dictionnaire en 30 volumes (t. V, Bassin ), et dans lequel l’affection est décrite sous le nom de tumeur blanche de /’ articulation, est un de ceux qui ont le plus contribué à faire connaître la sacro-coxalgie, et à partir de cette époque l’existence de cette maladie devint un fait notoire.
Hahn, la même année, publiait en Allemagne (Ueber die Sacro-coxalgie, — AlUjemeine medicmische central- Z eituruj. 1833), la première monographie importante sur ce sujet.
Elle fut analysée l’année suivante (avril 1834), dans les Archives de médecine , par le Dr Ghambeyron. C’est un travail évidemment très-complet, et que nous regrettons de n’avoir pu nous procurer. Mais l’analyse qui en a été donnée, est suffisamment étendue et a été utilisée depuis par tous ceux qui ont écrit sur ce sujet.
A partir de cette époque, la sacro-coxalgie a été l’objet d’un certain nombre de recherches, mais, à part quelques exceptions, elle n’a pas été complètement étudiée et ce n’est que dans ces dernières années qu’on a songé à compléter par des observations précises ce qu’avaient dit les premiers observateurs.
Parmi les thèses de la Faculté de Paris, nous citerons celle de Frère (1838) qui reproduit ce qu’avait dit Hahn ; -celle de Giraud de Nolhac (1840) dans laquelle on trouve deux observations nouvelles; celle de Delineau (1842) ; enfin la thèse beaucoup plus importante de Hattute (1852) inspirée par les leçons de M. H. Larrey.
La collection des thèses de Strasbourg contient la thèse de Bach, citée par Boissarie, mais que nous n’avons pu trouver, et celle de Joyeux (1842) dans laquelle est rapportée une observation intéressante de sacro-coxalgie consécutive à l’accouchement.
Parmi les thèses de la même époque, celles qui traitent de la coxalgie parlent incidemment de la sacro-coxalgie, à propos du diagnostic. Nous citerons entre autres la thèse d’agrégation de M. Maisonneuve (1844). Mais l’ouvrage de Bonnet ( Maladies des articulations) ne renferme rien sur la sacro-coxalgie, et il est regrettable que les travaux si remarquables de ce chirurgien fassent complètement défaut sur cette question.
L’ouvrage de M. Nélaton (1847) présenta un bon résumé de l’histoire de la sacro-coxalgie, jusque-là très-négligée dans les traités classiques.
Ces dix dernières années nous ont fourni, en France surtout, des documents plus nombreux.
La thèse de Boissarie (1862) renferme des observations intéressantes et présente une étude méthodique de la sacrocoxalgie. Une leçon de Velpeau, publiée la même année dans la Gazette des hôpitaux (1862, p. 105), avait déjà éveillé de nouveau l’attention sur ce sujet.
Depuis lors, les leçons cliniques de M. Gosselin à l’hôpital de la Charité, celles de M. Broca, à la Pitié, ont beaucoup contribué à éclairer le diagnostic de cette affection dont la fréquence est plus grande qu’on ne le suppose habituellement. Deux leçons de M. Gosselin ont été publiées ( Gazette des hôpitaux, 1868, p. 574 et 1870, p. 297). Une autre, inédite, nous a été communiquée par M. H. Bergeron.
En même temps M. S. Duplay donnait dans le tome III, de son Traité de pathologie, p. 98, une étude complète de la sacro-coxalgie, qui peut servir de modèle dans la description de cette mçiladie.
A l’étranger, les publications récentes sur la sacro-coxalgie ont été remarquablement peu nombreuses dans ces dernières années.
L’Angleterre, toutefois, nous a fourni une excellente leçon d’Erichsen [The Lancet, 1859, I, p. 25) qui est un des documents les plus précieux que nous ayons rencontrés.
L e Système de chirurgie de Holmes (2*édition, t. IV, p.88, 1870), renferme également un article sur l’inflammation aiguë et chronique de l’articulation sacro-iliaque, dû à A. Johnstone.
En Allemagne, nous n’avons pu trouver aucune publication récente relative à notre sujet. Le grand traité de Pitha et de Billroth ne contient que dix lignes sur la tumeur blanche sacro-iliaque. Mais l’ouvrage de Gurlt, sur les affections articulaires (1853) est, au contraire, riche en faits de ce genre.
C’est avec ces documents que nous avons dû décrire la sacro-coxalgie; ’ si quelques-uns ont une valeur incontestable,beaucoup ne renferment rien de nouveau sur la question. Nous avions pensé que nos recherches bibliographiques nous feraient découvrir, au moins, un certain nombre d’observations isolées dans les journaux de médecine. Mais nous en avons à peine rencontré quelques-unes. Les bulletins de la Société anatomique et de la Société de chirurgie nous ont toutefois fourni quelques faits intéressants, que nous avons utilisés. Enfin, plusieurs observations inédites nous ont été communiquées. Recueillies dans les divers services des hôpitaux, sur des malades qui y sont actuellement en traitement, elles attestent au moins que la sacro-coxalgie n’est pas une affection absolument rare, et que, si la littérature médicale est si pauvre en faits de ce genre, c’est probablement parce qu’on n’a pas, en général, songé à les recueillir et à les publier.
Nous donnons à la fin de notre travail les indications bibliographiques nécessaires pour retrouver les ouvrages que nous aurons cités.