‹ De la sacro-coxalgieChapitre 6 sur 20 · ET PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ET PHYSIOLOGIQUES

Notre intention n’est pas de donner ici la description de l’articulation sacro-iliaque, que nous supposons connue, mais de discuter certains points relatifs au rang qu’elle doit occuper parmi les articulations et à la structure de certaines de ses parties constituantes.

Il s’en faut que les auteurs soient d’accord sur la classe à laquelle appartient l’articulation sacro-iliaque. Tandis que Boyer la range parmi les synarthroses, Blandin en fait une arthrodie serrée, et la considère, par conséquent, comme unediarthrose. Mais la plupart des anatomistes, notamment M. Cruveilhier, pensent qu’elle doit être placée parmi les amphiarthroses.

On comprend que ces différentes opinions aient été soutenues, suivant que l’on a envisagé l’articulation au point de vue de sa mobilité, de ses cartilages ou de ses moyens d’union.

Une étude attentive de ces différentes parties a permis à M. Sappey de reconnaître que l’articulation sacro-iliaque a, en réalité, la plupart des caractères des amphiarthroses, constituées, comme on sait, par un fibro-cartilage étendu d’une surface osseuse à l’autre.

Voici les détails que nous trouvons à ce sujet dans la

2e édition du Traité d'anatomie de M. Sappev, t. I, p. 548. Ils nous inspirent d’autant plus de confiance, qu’ayant pris connaissance d’un travail publié par Luschka, en 1854, dans les Archives de Virchow (1), nous avons reconnu que l’anatomiste allemand était, de son côté, arrivé aux mêmes résultats sur la structure des parties constituantes de l’articulation, qu’il considère comme une synchondrose.

Lorsqu’après avoir divisé les ligaments périphériques de l’articulation sacro-iliaque, on écarte l’un de l’autre le sacrum et l’os iliaque, on arrive assez facilement à les séparer et chacune des surfaces articulaires osseuses emporte avec elle une couche de cartilage. Mais la surface cartilagineuse n’a pas le même aspect sur le sacrum et sur l’os iliaque.

Sur la surface auriculaire du sacrum, le cartilage est plus épais que sur celle de l’os iliaque. Il a un millimètre ou un millimètre et demi d’épaisseur, d’après M. Sappey. Luschka, lui donne jusqu’à 3 millimètres. Sa surface n’est pas d’un blanc mat comme celle des cartilages diarthrodiaux ; elle est d’un gris blanchâtre ou rougeâtre et présente des prolongements villiformes très-irréguliers, inégaux et inégalement répartis. Ces prolongements flottent sous l’eau et n’ont qu’une faible consistance. Luschka les a trouvés formés de fibres de tissu conjonctif et de cellules cartilagineuses diversement ramifiées et anastomosées.

Sur l’os iliaque, le cartilage, plus mince, présente une surface plus irrégulière, granuleuse, et semble formé d'une multitude de petits globules demi-transparents. C’est un

(1) Die Kreu tzdarrn beinfuge des Menschen , in Virchow’s Archiv., VII, 2, 1854. Travail analysé dans le Schmidt’s Jahrb., t. LXXXVI, p. 300.

Nous devons la traduction des conclusions de ce mémoire à notre collègue M. Paul Berger, dont le concours nous a été précieux pour nos recherches e bibliographie allemande,

fibro-cartilage à faisceaux fibreux perpendiculaires à la surface, séparés par des cellules cartilagineuses, au-dessus desquelles ils se prolongent en forme de voûte (Sappey).

Le cartilage du sacrum est formé de deux couches, une couche de pur cartilage à cellules parallèles à la surface, et qui, d’après Luschka, est accolée à l’os. L’autre couche qui regarde l’articulation, est formée par des fibres conjonctives qui entourent des cellules cartilagineuses. La seule différence entre la description de M. Sappey et celle qu’a donnée Luschka, c’est que, pour l’anatomiste allemand, ces deux couches existent aussi bien sur la surface qui appartient à l’os iliaque, que sur celle du sacrum, tandis que M. Sappey ne les décrit que dans le cartilage de ce dernier os.

En réalité, il n’y a pour l’articulation sacro-iliaque qu’un même fibro-cartilage, pourvu à son centre d’une cavité analogue à celle des disques intervertébraux. Cette cavité s’étend presque jusqu’aux limites du fibro-cartilage ; c’est ce qui permet sa séparation en deux moitiés ; elle est d’ailleurs très-étroite, mais Luschka a constaté qu’elle existe à tous les âges et dans les deux sexes, et y a trouvé une petite quantité d’une synovie jaune pâle, filante.

La synoviale revêt la face interne des ligaments périphériques au niveau de l’interligne articulaire ; elle n’offre que très-peu d’étendue, par conséquent. •

Elle est riche en vaisseaux, tapissée par une couche de cellules épithéliales et formée par des fibres de tissu conjonctif et élastique (Luschka).

D’après les détails qui précèdent et qui n’ont pas un intérêt purement spéculatif, on voit que l’articulation sacroiliaque a une assez grande analogie avec les articulations des corps vertébraux, et que le flbro-cartilage qui unit le

sacrum à l os iliaque est l’analogue des disques intervertébraux.

Nous croyons donc que M. Sappey a raison de la ranger parmi lesamphiarthroses, et, au point de vue pathologique, il nous paraît y avoir une grande ressemblance entre les lésions de la sacro-coxalgie et celles du mal de Pott, ou de cette affection qui a été décrite par Ripoll sous le nom de polyarthrite vertébrale.

Quelle que soit, du reste, la véritable place que doive occuper l’articulation sacro-iliaque dans une classification rigoureuse, l’importance de son rôle physiologique ne peut échapper à personne. Ce n’est pas seulement une grande articulation, c’est une de celles qui fatiguent le plus dans la station, l’équitation, la marche, l’attitude assise et dans tous les exercices du corps. Il n’y a guère que la situation couchée dans laquelle elle se repose véritablement. Si, par sa situation, elle n’est pas très-exposée aux violences extérieures, par son rôle physiologique incessant, elle se trouve soumise à des causes fréquentes d’irritation.

Et, si les altérations qu’elle peut présenter n’attirent pas plus souvent l’attention, c’est sans doute, comme le fait remarquer Velpeau [Gaz. des hôp. 1862, p. 105) parce que, à l’inverse de ce qui se passe dans les articulations mobiles où la gêne des mouvements indique d’une façon nette le début de la maladie, d^is l’articulation sacro-iliaque qui est immobile, les désordres sont souvent considérables avant que le chirurgien soit averti.

Le sacrum, enfoncé comme un coin entre les os coxaux, transmet à ceux-ci le poids du rachis qu’il supporte, dans la station verticale. Mais ce poids subit sur la base de cet os une première décomposition : « une moitié de l’effort se propage vers l’articulation sacro-iliaque droite, et l'autre moitié vers l’articulation sacro-iliaque gauche. Chacune de celles-ci

peut être considérée, en vertu du parallélogramme des forces, comme se subdivisant encore. Une partie de la pression se dirige transversalement en dehors et se trouve absorbée par les ligaments qui lui résistent ; l’autre partie descend verticalement et se communique à F os iliaque qui la transmet au fémur. )> (Sappey. t. I, p. 595, 2e édit.)

Nous ne pouvons entrer ici dans les considérations physiologiques auxquelles donne lieu le mécanisme de la marche et de la station. Nous ferons seulement remarquer que, dans la situation assise, la base de sustentation est représentée par les tubérosités ischiatiques et que, dans cette position encore, l’articulation sacro-iliaque ne se repose pas.

Les mouvements de l’articulation sacro-iliaque sont à peu près nuis lorsque le bassin est intact. Mais, si l’on vient à interrompre la continuité de la ceinture pelvienne en enlevant la partie antérieure par deux traits de scie, on peut constater alors, en fixant le sacrum, que l’os iliaque exécute, si on cherche à l’éloigner et à le rapprocher, des mouvements alternatifs sur le sacrum; on peut même, ainsi que l’indique M. Sappey, produire de légers mouvements de glissement des deux os l’un sur l’autre.

Les modifications que subissent les cartilages de l’articulation sacro-iliaque, dans la grossesse et dans la vieillesse , ont attiré l’attention des anatomistes. Luschka a constaté que dans la grossesse , la synovie augmente de quantité, et que la couche externe du cartilage est plus molle et imbibée de liquide. Mais il n’a pas vu que la mobilité de l’articulation fût notablement accrue.

Dans la vieillesse , il a trouvé les cartilages plus ou moins détruits par altération graisseuse, l’os quelquefois mis à nu, et, par places, une ankylosé par fusion de l’articulation.

Il y a longtemps que le relâchement des symphyses du bassin à la fin de la grossesse, a été signalé par les observateurs. Cette question est longuement discutée dans le mémoire de Louis ( Mém . de F Acad, de chirurgie , de l’écartement des os bassin). Depuis Séverin Pineau, les accoucheurs ont été assez d’accord pour attribuer ce relâchement des articulations au gonflement des cartilages.

Thouret [Mém. de la Soc. royale de méd ., t. X) est arrivé à peu près aux mêmes conclusions. D’autres auteurs, il est vrai, Mauriceau,de la Motte, Levret et Baudelocque n’admettaient pas ce relâchement des articulations ou le regardaient comme très-rare.

Aujourd’hui ce relâchement n’est plus contesté par aucun observateur.

Lenoir, dans un mémoire lu à l’Académie de médecine en 1851, a étudié de nouveau les articulations du bassin chez la femme; il les considère comme des arthrodies et pense que le liquide synovial, en s’accumulant dans la cavité articulaire, produit l’écartement des os. C’est aller trop loin, selon nous, que d’admettre cette hydarthrose sacro-iliaque. La simple imbibition des cartilages par une quantité plus considérable de liquide, suffit pour expliquer le relâchement des symphyses qui survient dans la grossesse et persiste parfois après l’accouchement, au point de rendre la marche impossible.

Les recherches des accoucheurs modernes et les leçons cliniquesde Trousseau ont, dans ces dernières années, donné un nouvel intérêt à cette question et fait connaître un certain nombre de cas nouveaux.

L’étude du mode de développement du sacriim et de l’os iliaque est de nature à jeter un grand jour sur les phéno-

mènes pathologiques dont ces os sont le siège. Nous en dirons quelques mots.

Le sacrum se compose, à l’origine, d’un grand nombre de points d’ossification qui se réunissent d’abord pour former les cinq vertèbres sacrées. Ces vertèbres sacrées se soudent ensuite entre elles pour constituer un seul os. C’est de dixhuit à vingt, ans que s’achève la soudure des corps des vertèbres sacrées. A la même époque, un travail d’ossification s’accomplit du côté des masses latérales du sacrum. Un certain nombre de points d’ossification se réunissent pour former une épiphyse marginale supérieure très-large, qui recouvre la surface auriculaire du sacrum, et c’est de dixhuit à vingt ans que cette épiphyse se soude au corps de l’os (Sappey).

Un peu plus tôt, généralement de quinze à seize ans, s’accomplit, du côté de l’os iliaque, la soudure des points d’ossification dont la réunion constitue la crête iliaque. L’épine iliaque postérieure se développe ordinairement par un point particulier qui se soude à la même époque. L’ossification de la crête iliaque est quelquefois un peu plus tardive.

Ces phénomènes de nutrition si active s’accomplissent dans l’os iliaque, et surtout dans le sacrum, précisément à l’âge auquel, comme nous le verrons, les lésions de l’articulation sacro-iliaque s’observent le plus communément. Pour qui connaît les travaux modernes sur l’ostéite épiphysaire des membres et les conséquences quelle entraîne du côté des articulations, il est impossible de ne pas considérer ce fait comme très-important.

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