‹ De la sacro-coxalgieChapitre 8 sur 20 · SIEGE · texte numérisé non relu

SIEGE

Le siège le plus fréquent de la sacro-coxalgie est difficile à déterminer. Grocq ( Traité des tumeurs blanches , p. 451), avance, que le plus souvent, elle affecte le côté droit, sans dire sur quels faits il s’appuie pour émettre cette assertion.

Les arthrites de cause puerpérale paraissent siéger plus souvent du côté gauche. C’est l'opinion de Joyeux (thèse

citée) qui pense que cette plus grande fréquence à gauche est due à ce que les positions occipito-iliaques gauches antérieures sont les plus ordinaires. Cette raison ne nous semble pas avoir une bien grande valeur et nous croyons, avec Boissarie, qu’il n’est pas facile d’expliquer la prédilection pour le côté gauche de toutes les inflammations et suppurations des organes pelviens chez la femme.

En dehors de l’état puerpéral, il est possible que l’articulation sacro-iliaque droite soit plus souvent affectée que la gauche. Mais, pour l’établir, il faudrait des observations précises et nombreuses qui nous font défaut, et les quelques observations que nous reproduisons nous porteraient à admettre l’opinion contraire.

La sacro-coxalgie double est certainement rare. Le seul exemple que nous connaissions est celui de la malade qui est actuellement dans le service de M. S. Duplay et dont nous donnons l’observation complète.

ÉTIOLOGIE.

D’après Velpeau, Pétiologie delà sacro-coxalgie n’offrirait rien de spécial, puisque, selon ses expressions ( Gazette des hôpitaux , 1862, p. 105), «elle se rencontre à tous les âges, « chez les jeunes gens et chez les vieillards, dans la prati- « que de la ville et dans celle de l’hôpital, chez le riche et a chez le pauvre. »

Il y a lieu, cependant, de chercher quelle est l’influence qu’exercent les causes générales ou locales sur le développent de cette affection.

Relativement à l'âge, Erichsen dit ne l’avoir jamais vue chez les jeunes enfants. M. Giraldès ne l’a pas observée non plus dans son service de l’hôpital des Enfants. A l'inverse de la coxalgie, la sacro-coxalgie serait donc à peu près inconnue dans les premières années de la vie.

Michaud de Saint-Méard (voir Gazette médicale , 1837), rapporte, il est vrai, que Dupuytren eut l'occasion de redresser le diagnostic de plusieurs médecins qui croyaient à l’existence d’une coxalgie chez un enfant atteint en réalité d’une sacro-coxalgie; — Simon Thomas, de Leyde, a décrit, d’autre part, les altérations de l’articulation sacroiliaque de deux bassins d’enfants de 10 et 12 ans.

Enfin, M. Marjolin aurait eu, dans dans le cours de Pannée dernière, un cas de cette affection dans son service; mais nous n’avons pu nous en procurer l’observation.

Nous pouvons, du moins, affirmer la grande rareté de la sacro-coxalgie dans l’enfance ; mais, si la sacro-coxalgie est rare dans l’enfance, elle est au contraire fréquente chez les jeunes sujets. Les malades d’Erichsen avaient, 14, 20, 27 et 28 ans; c’est dans la période de 20 à 35 ans que nous avons trouvé le plus grand nombre d’observations de sacro-coxalgie.

La malade qui fait l’objet de la clinique de M. Gosselin (i Gazette des hôpitaux, 1870 p. 297) avait, il est vrai, 48 ans, et Velpeau a cité le cas d’une vieille dame chez laquelle il eut à ouvrir un abcès provenant de l’articulation sacroiliaque ; mais, d’après les faits publiés, ces cas seraient exceptionnels.

Le sexe paraît exercer aussi son influence sur le développement de la sacro-coxalgie. En dehors de l’état puerpéral, les femmes semblent y être moins exposées que les hommes. Sur vingt-sept observations, nous trouvons seize hommes et onze femmes ; mais sur ces onze femmes, six seulement étaient atteintes d’affections de l’articulation sacro-iliaque en dehors de l’état puerpéral.

L’influence des professions est nulle ou à peu près. Hahn cependant a observé trois cas de sacro-coxalgie chez des tailleurs, et il suppose que l’attitude particulière à cette profession (jambes croisées et corps porté en avant) peut influer sur le développement de la maladie, mais il est difficile de conclure à un influence véritable d’un aussi petit nombre de faits.

Dans sa thèse, Hattu te insiste sur la fréquence de la sacrocoxalgie sur les jeunes soldats et en particulier chez les cavaliers et les artilleurs . Les secousses violentes éprouvées sur la selle et sur les caissons non suspendus paraissent, en

effet, avoir déterminé le développement de la maladie dans plusieurs des observations qu’il a citées.

L’influence des diathèses est admise par presque tous les auteurs qui ont, en première ligne, mentionné la scrofule.

Boyer pense que, si la scrofule n’est pas évidente dans ces cas chez les enfants, on la retrouve, au moins, chez les parents (t. IV, p. 39, 3e éd.). Erichsen considère la sacrocoxalgie comme d’origine scrofuleuse et ayant tous les caractères des tumeurs blanches; cette cause nous paraît, en effet, une de celles que l’on rencontre le plus souvent; quelquefois cependant, les malades ont tous les attributs d’une brillante santé, comme l’indique l’observation de la malade deM. Yerneuil (bulletins de la Société anatomique , 1865).

La diathèse rhumatismale a été considérée surtout par Larrey (Clinique, t. III, p. 330) comme une cause de sacrocoxalgie. M. Gosselin a reconnu l’influence de cette diathèse chez plusieurs de ses malades ; mais le plus souvent l’action du froid ou de l’humidité intervient comme cause occasionnelle. Une malade de M. Gosselin avait l'habitude d’aller laver son linge elle-même, et rapportait sa maladie à l’action de l’humidité à laquelle elle avait été souvent exposée.

Velpeau a signalé d’une manière plus précise l’effet fâcheux du froid humide sur l’articulation sacro-iliaque chez les personnes qui, à la campagne, s’étendent sur l’herbe pour se reposer (Gazette des hôpitaux , 1862, p. 105).

Dans ces dernières années, l’attention des observateurs a été attirée sur une autre cause, d’une nature toute spéciale, la blennorrhagie . L’influence de la blennorrhagie sur le développement de certains arthrites est généralement admise.

L’articulation sacro-iliaque ne paraît pas échapper à cette influence; mais, tandis que M. Alfred Fournier ( Dictionn . de médecine et de chirurgie pratiques, art. Blennorrhagie) a trouvé que le genou avait été atteint 83 fois, dans les observations qu’il a réunies, l’articulation sacro-iliaque ne l’avait été que 4 fois. Deux des faits appartiennent à Rollet ( Gazette médicale de Lyon, 1858), un autre à M. Alfred Fournier, et le dernier à M.Siredey, qui abien voulu nous communiquer les notes de son observation.

M. Gosselin n’a trouvé que cette cause à invoquer chez le jeune homme dontil a parlé dans sa clinique de 1868, et que nous avons pu voir nous-même, à cette époque, dans son service.

Jusqu’ici, rien ne nous autorise à admettre la syphilis comme cause de la sacro-coxalgie, bien que M. Richet ait montré que certaines tumeurs blanches peuvent se développer sous l’influence de cette diathèse, et que nous la retrouvions indiquée dans le travail de M. Hattute.

Une cause mieux démontrée est l’existence antérieure d’une fièvre éruptive, telle que la rougeole ou la scarlatine. Le malade de Stoll avait eu la rougeole peu de temps avant le début de son affection articulaire. La fièvre typhoïde pourrait sans doute, bien que nous n’en connaissions pas d’exemple, avoir la même influence déterminante. Les anciens auteurs ne manquent pas de ranger au nombre des causes de la sacro-coxalgie la disparition brusque d’un exanthème, et la suppression de la sueur des pieds (Hahn); nous n’avons aucune raison de les contredire à ce sujet.

Mais, de tous les états généraux, celui qui le plus souvent a donné lieu au développement de la sacro-coxalgie, c’est T état puerpéral. De la Malle [Académie de chirurgie, 1766) en Delens. 4

avait cité un exemple; Velpeau réunissait trois cas dans son mémoire des Archives (1824) qui paraissent, tout d’abord, se rapporter à notre sujet, mais ce ne sont là que des exemples de suppurations métastatiques de l’articulation sacro-iliaque, et nous ne pouvons en tenir compte qu’à titre de renseignement. Ces cas éliminés, il n’en est pas moins établi que la sacro-coxalgie se développe assez souvent chez les femmes à la suite d’un accouchement. Joyeux et Bach, de Strasbourg, cités par Boissarie, en ont rapporté des exemples, et l’observation de la malade de Joyeux est intéressante à plus d’un titre. Elle nous montre une femme qui, à la suite de son sixième accouchement, eut une sacro-coxalgie des plus graves, suivie de suppuration et de l’élimination de séquestres. M. Panas nous dit en avoir vu un cas dont la durée a été fort longue chez une dame de sa clientèle.

C’est à la suite d’un accouchement que la malade du service de M. S. Duplay, dont nous donnons l’observation, a été atteinte d’une sacro-coxalgie double et de plusieurs autres arthrites.

Cette influence fréquente de l’état puerpéral s’explique par les modifications survenues vers la fin de la grossesse dans les articulations du bassin, et par la tendance marquée aux suppurations après l’accouchement ; quelquefois enfin, au moment de l’expulsion du fœtus, il y a une action traumatique véritable, exercée sur l’articulation sacro-iliaque, à laquelle l’application du forceps n’a peut-être pas été étrangère (observ. de Joyeux).

En dehors de la puerpérîdité, les violences extérieures ont quelquefois agi comme causes déterminantes de la sacrocoxalgie. Sans parler de l’influence que peuvent avoir, chez les jeunes sujets, les marches fatigantes, les efforts prolongés, on a vu un violent effort suivi immédiatement de douleur du côté de l’articulation, et ultérieurement de tous

les signes d’une sacro-coxalgie. Boyer admet qu’un coup, une chute, un exercice longtemps continué peuvent agir, dans certains cas, mais il n’attribue, avec raison, qu’une importance secondaire à ces causes.

Les observations souvent citées de Thomassin {Journal cle médecine militaire , 1788), de Enaux, de Dijon, dans lesquelles, à la suite d’une chute d’un lieu élevé, on constata un déplacement du sacrum et qui furent suivies de guérison avec persistance de craquements, ne nous semblent pas des exemples irréfutables de sacro-coxalgie. Le fait de Philippe, de Chartres, doit également être rangé parmi les cas de luxation traumatique du bassin ayant donné lieu à une suppuration mortelle de l’articulation sacro-iliaque.

Ludwig, de Leipsick, cité par Louis, a publié un cas plus concluant de suppuration au niveau de l’articulation sacroiliaque, à la suite d’un effort en soulevant un fardeau.

Hahn admet aussi l’influence du traumatisme, et fait allusion au cas de Bassius qui rapporte qu’un jeune homme, faisant des armes, sentit tout à coup une douleur vive au niveau de l’articulation sacro-iliaque et eut consécutivement une rétraction du membre inférieur. Mais tous ces faits laissent place au doute.

L’observation rapportée dans la thèse de Giraud de Nolhac (1840, thèses de Paris) et recueillie dans le service de Velpeau, renferme des détails plus précis. Une blanchisseuse de 85 ans, en portant un paquet de linge dans un escalier, ressentit une douleur extrêmement vive au niveau de l’articulation sacro-iliaque, au moment où elle faisait un effort, et présenta ultérieurement les signes d’une sacro-coxalgie.

Nous donnons plus loin l’observation d’un malade du service de M. Lefort chez lequel tous les signes de la sacrocoxalgie se sont développés à la suite d’une chute.

Cependant le traumatisme n’intervient que d’une manière tout à fait exceptionnelle dans le développement de la sacro-

coxalgie. Erichsenn’a jamais constaté de violence ni de coup dans les cas qu’il a observés.

En terminant ce qui se rapporte à l’étiologie de la sacrocoxalgie, nous devons reconnaître que, dans un grand nombre des cas, il est impossible de trouver à la maladie une cause soit occasionnelle, soit déterminante.

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