LIVRE m, CHAPITRE XXVIII
Mais pource que cette craincte ne vient pas toujours de la disposition de nature, mais souvent de la trop délicate n ourriture (car pour n'avoir esté de jeunesse nourry à la peine et au travail, nous appréhendons des choses souvent sans raison), « il faut de longue main nous acçousturaer à ce qui nous peut plus espouvanter, nous représenter les dangers les plus effroyables où nous pouvons tomijer, et de gayeté de cueur tenter quelques fois les hazards, pour y essayer nostre courage, devancer ses mauvaises adventures, et saisir les armes de la fortune. 11 nous est bien plus ayse' de luy résister, quand nous l'assaillons, que quand nous nous deffendons d'elle. Nous avons lors loysir de nous armer, nous prenons nos advantages , nous pourvoyons à la retraite : ou quand elle nous assaut, elle nous surprend et nous choisit comme elle veut. Il faut donc qu'en l'assaillant nous apprenions à nous deffendre, que souvent nous nous donnions de faulses allarmes , nous nous proposions les dangers qu'ont passé les grands personnages ; que nous nous souvenions comme les uns ont esvité les plus grands, pour ne s'en estre point estonnés , les autres se sont perdus es moindres, pour ne s'y estre pas bien re-
entre des guillemets a été pris dans Duvair, de la Constance et Consol. p. gSy.
* Duvair , Philosophie morale des sLdiques,/^. 8gG.