‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 31 sur 164 · LIVRE ITI, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE ITI, CHAPITRE XI

et faict oublier tous les precedens blenfaicts. Ceux qui se peuvent recognoistre et recevoir la pareille ; comme au contraire les autres engendrent hayne : car celuy qui se sent du tout obligé sans pouvoir payer, toutes les fois qu'il voit son bienfacteur , il pense voir le tesmoin de son impuissance ou ingratitude, et luy faict mal au cueur. Il y en a qui plus sont honnestes et gracieux , plus sont poysans au recevant, s'il est homme d'honneur, comme ceux qui lient la conscience, la volonté', car ils serrent bien plus et le font demeurer en cervelle , et en craincte de s'oublier et faillir. L'on est bien plus prisonnier soubs la parole, que soubs la clef. Il vaut mieux estre attaché par les liens civils et publics, que par la loy d'honnesteté et de conscience; plustost deux notaires qu'un. Je me fie en vous, en vostre foy et conscience : cettuy-cy faict plus d'honneur, mais estreinct, serre , sollicite et presse bien plus : en celuy-là l'on s'y porte plus laschement : car l'on se fie que la loy et les attaches externes reveilleront assez quand il faudra. Oii y a de la contraincte, la volonté se relasche :.où y a moins de contraincte , la volonté se resserre :

Quod me jus cogit vis à voluntate impetrem ^~.

^* M Ce que la loi exige , ma volonté n'y souscrit qu'avec peine. » — C'est un vers de Térence que Charron a un peu changé , pour l'adapter au sujet On lit dans les Adelphes, (act. III , scène v, ^. 4-5) :

Quod vos JUS cogit , id voluntate ut impetret.

Du bienfaict naist l'obligation, et d'elle aussi il en sort et est produict; ainsi est-il l'enfant et le père, l'effet et la cause, et y a double obligation active et passive. Les parens, les princes et supérieurs, par debvoir de leur charge, sont tenus de bien faire et proffiter à ceux qui leui* sont commis et recommandés par la nature , ou par la loy, et généralement tous ayant moyens envers tous nécessiteux et afflige's , par le commandement de nature. Voilà l'obligation première : puis des bienfaicts, soient-ils deubs et émanés de cette première obligation, ou bien libres et purs mérites, sort l'obligation seconde et acquise, par la:quelle les recevans sont tenus à la recognoissance et remerciement : tout cecy est signifié par Hésiode , qui a faict les grâces trois en nombre, et s' entretenant par les mains.

La première obligation s'acquitte par les bons offices d'un cbascun, qui est en quelque charge, lesquels seront tantost discourus en la seconde partie , qui est des debvoirs particuliers : mais elle s'affermit et se relasche , et amoindrit accidentallement , par lès conditions et le faict de ceux qui les reçoivent. Car leurs offenses, ingratitudes et indignités deschargent aucunement ceux qui sont obligés d'en avoir soin ; et semble que l'on en peut presque autant dire de leurs défauts naturels. L'on peust justement moins aymer son enfant, son cousin, son subject non seulement malicieux et indigne, mais encore laid, bossu, mal-

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