LIVRE III, CHAPITRE XX. i
tari. Malus miles est (jui imperatorem gemens se(juitur ^. Et sans contester, trouver bon ce qu'il veut. C'est grandeur de courage de se donner à luy : magnus animus qui se Deo tradidit \ C'est lascheté et désertion que gronder et disputer : pusillus et degener gui ohlucîaiur, de ordine mundi maie existimat , et emendare mavult Deum cjuam se ^.
Contre les maux prive's qui nous viennent du faict d'autruy, et nous pénètrent plus, il faut premièrement bien les distinguer, affin de ne se mescompter. Il ya desplaisir, il y a offense. Nous recepvons souvent desplaisir d'autruy, qui toulesfois ne nous a point offensés de faict ni de volonté , comme quand il nous a demandé ou refusé quelque chose avec raison, mais qui estoit lors mal à propos pour nous. De telles choses c'est trop grande simplesse de s'en tascher, puisque ne sont offenses. Or les offenses sont de deux sortes ; les unes traversent nos affaires contre équité ; c'est nous faire tort : les autres s'adressent à la personne qui est par elle mesprisée et traictée autrement
^ « Le mieux est de souffrir ce qu'on ne peut empêcher , de se soumettre à Dieu, de qui seul tout provient, et de suivre, sans murmurer, sa bannière. C'est un mauvais soldat que celui qui suit son chef en gémissant ». ■ — Senec. Epist. cvil.
7 Senec. Epist. cvil in fine. La traduction précède.
^ « Résister, en cas pareil, c'est faiblesse et lâcheté ; c'est présumer mal de l'ordre établi dans l'univers ; c'est vouloir corriger Dieu plutôt que soi-même 53 . — Senec. ibid.
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qu'il n'appartient, soit de faict ou de parole ; celles-icy sont plus aigres et plus difficiles à supporter que toute autre sorte d'affliction.
Le premier et gênerai advis contre toutes ces sortes de maux , est d'estre ferme et résolu à ne se laisser aller à l'opinion commune, mais considérer sans passion ce que portent et poisent les choses, selon vérité et raison. Le monde se laisse persuader et mener par impression. Combien y en a t-il qui font moins de cas de recepvoir une grande playe qu'un petit soufflet ^, plus de cas d'une parole que de la mort ! Bref, tout se mesure par opinion, et l'opinion offense plus que le mal ; et nostre impatience nous faict plus de mal que ceux desquels nous nous plaignons.
Les autres plus particuliers advis et remèdes se tirent premièrement de nous-mesmes (et c'est oii il faut premièrement jetter ses yeux et sa pensée); ces offenses prétendues naissent peut-estre de nos deffauts , faultes et foiblesses. Ce n'est peut-estre qu'une gausserie fondée sur quelque deffaut qui est en nostre personne, que quelqu'un veut contrefaire par moc-
9 C'est la réflexion de Sénèque : <c Tel esclave, dit-il , aimera mieux être fouetté que souffleté » : Sic iriQenies servum qui flagellis quàm colaphis cœdi malit. Senec. de Constantiâ sapient. cap. IV. -— Tout ce que Charron dit dans ce paragraphe , et même dans les suivans , est imité de ce philosophe , et surtout du traité de Constantiâ sapientis.