‹ De la sagesseChapitre 129 sur 280 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Sommaire. — La comparaison de l'homme avec les autres animaux est utile et difficile. Ils ont plusieurs choses communes, la nudité , les pleurs, les défenses, le manger, le langage , l'intelligence mutuelle. — Des différences de l'homme avec les bêtes , et de ses avantages sur elles. — Des avantages des bêtes sur l'homme , généraux et particuliers.— Un des avantages contestables que l'homme prétend sur les bêtes , est d'abord le raisonnement. C'est une grande question , de savoir si les bêtes raisonnent. On oppose à cette faculté de l'homme , l'instinct naturel des auimaux ; de plus, que l'homme partage avec eux la faculté de spiritualiser les choses corporelles et absentes ; que la prééminence d'entendement lui cause plus de mal que de bien. — Un autre avantage que l'homme prétend sur les bêtes , est l'empire qu'il exerce sur elles , une pleine liberté , et la vertu , dont la plus propre et la plus convenable à sa nature est l'humanité. L'auteur conclud que c'est à tort que l'homme se glorifie tant de sa supériorité sur les bêtes , puisque c'est sou esprit même qui cause ses folies.

Exemples : Les Lacédénafoniens , les Suisses , les Allemands ,

* C'est le huitième de la première édition.

2oi DE LA SAGESSE,

les Basques , les Bohémiens. — Les éléphans , les chiens , les chevaux. — Marc- Antoine. — Caligula. — Démocrite , Anaxagore , Galien , Porphyre , Plutarque. — Le renard et le chien. — Les Thraces. — Le mulet de Thaïes. — Les bœufs des jardins royaux de Suze. — Les corbeaux de Barbarie , les rossignols , les pies , les perroquets , les merles , les chevaux. — Le porc de Pyrrhon. — Hircanus , chien de Lysimaque ; celui de Pyrrhus , celui d'Hésiode. — Le lion d'Androclès. — Les éléphans. — Un éléphant.

JMous avons considéré l'homme tout entier et simplement en soy ; maintenant considerons-le par comparaison avec les autres animaux, qui est un très beau moyen de le cognoistre. Cette comparaison est de grand'estendue , a force pièces, de grande science et importance , très utile , si elle est bien faicte : mais qui la fera ? l'homme ? il est partie et suspect, et de faict il n'y procède pas de bonne foy. Cela se monstre bien en ce qu'il ne tient point de mesure et de médiocrité'. Tantost il se met beaucoup an dessus de tout, et s'en dict maistre, desdaigne le reste : il leur taille les morceaux , et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon luy semble. Tantost comme par despit il se met beaucoup au dessoubs, il gronde, se plainct, injurie nature comme cruelle marastre, se faict le rebut et le plus misérable du monde. Or tous les deux sont également contre raison, vérité et modestie. Mais comment voulez-vous

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