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LIVRE I, CHAPITRE XXXV. 2o

qu'il chemine droictement et également avec les autres animaux, veu qu'il ne le faict pas avec l'homme son compagnon, ny avec Dieu, comme se monstrera*1? Elle*2est aussi fort difficile à faire, car comment peust l'homme cognoistre les bransles internes et secrets des animaux, ce qui se remue au dedans d'eux ? Or estudions à la faire sans passion.

Premièrement la police du monde n'est point si fort inégale , si difforme et desreiglée , et n'y a point si grande disproportion entre ses pièces , que celles qui s'approchent et se touchent, ne se ressemblent peu plus, peu moins. Ainsi y a-t-il un grand voisinage et cousinage entre l'homme et les autres animaux. Ils ont plusieurs choses pareilles et communes ; et ont aussi des différences, mais non pas si fort eslongne'es ni dispareille'es , qu'elles ne se tiennent : l'homme n'est du tout au dessus, ny du tout au dessoubs : tout ce qui est soubs le ciel, dict la sagesse de Dieu, court mesme fortune.

Parlons premièrement des choses qui leur sont ff%m>h$k, communes, et à peu près pareilles, qui sont engendrer, nourrir, agir, mouvoir, vivre, mourir. Idem interitus hominis et jumentorum : et aequo, utriusque conditio 3. Et ce sera contre ceux qui se plaignent, disans

*? Comme on le verra plus loin.

*a Cette comparaison de l'homme avec les animaux. 3 «La mort de l'homme et celle des bêtes de somme sont pareilles, et leur condition est égale ». Eccles. C. m.

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que l'homme est le seul animal disgracié de la nature , abandonné , nud sur la terre nue , sans couverts , sans armes, lié, garotté, sans instruction de ce qui luy est propre ; là où tous les autres sont revestus de coquilles, gousses, escosses , poils, laine, bourre, plumes , escailles ; armés de grosses dents , cornes , griffes pour assaillir et deffendre; instruicts à nager, courir, voler, chanter, chercher sa pasture; etlhomme ne sçait cheminer, parler, manger, ny rien que pleurer sans apprentissage et peine. Toutes ces plainctes, qui regardent la composition première et condition naturelle, sont injustes et fausses : nostre peau est aussi suffisamment pourveuë contre les injures du temps, que la leur, tesmoins plusieurs nations (comme a esté dict) qui n'ont encore sceu que c'est que vestemens : et nous tenons aussi descouvertes les parties qu'il nous plaist, voire les plus tendres et sensibles, îa face, la main, l'estomach, les dames mesmes délicates, la poictrine. Les liaisons et emmaillottemens ne sont point nécessaires , tesmoins les Lacedemoniens et maintenant les Suisses, Allemans, qui habitent les pays froids , les Basques et les Vagabonds qui se disent Egyptiens. Le pleurer est aussi commun aux bestes : la pluspart des animaux se plainct, gemist quelque temps après leur naissance. Quant aux armes , nous en avons de naturelles, et plus de mouvemens des membres, et en tirons plus de service naturellement et sans leçon. Si quelques bestes nous sur-

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