LIVRE I, CHAPITRE XXXV. 2i
mesme , le cheval accoustumé à la guerre dormant en sa lictiere trémousse et fremist, comme s'il estoit en la mesle'e, conçoit un son de tambour, de trompette, une arme'e : Je lévrier en songe halettant, allongeant l^it^ii%iii la queue, secouant les jarrets, conçoit un lièvre spirituel : les chiens de garde grondent en songeant, et puis jappent tout à faict, imaginant un estranger arriver. Pour conclurre ce premier poinct, il faut dire que les bestes ratiocinent, usent de discours et de jugement, mais plus foiblement et imparfaitement que l'homme. Elles sont inférieures en cela à l'homme , et non pas qu'elles n'y ayent du tout point de part. Elle* sont inférieures à l'homme, comme entre les hommes les uns sont inférieurs aux autres , et aussi entre les bestes s'y trouve telle différence : mais encore y a-t-il plus grande différence entre les hommes y car , comme se dira après , il y a plus grande distance d'homme à homme, que d'homme à beste l5.
Mais pour tout cela l'on ne peust pas inférer une equalitéou pariage*I7de la beste avec l'homme (combien que , comme Aristote dict , il y a des hommes si
modifie , d'après la capacité ( le degré d'intelligence ) de celui ^qui en a reçu l'impression ».
16 On peut objecter que les bêtes font toujours la même chose , et ne savent point varier leurs combinaisons , tandis que l'homme combine les mêmes objets de cent façons différentes.
**7 Parité.
ai6 DE LA SAGESSE,
foibles et hébétés , qu'ils ne différent de la beste que par la seule figure) , et que l'ame brutale soit immortelle comme l'humaine, ou l'humaine mortelle comme îl(#tû>n3 la brutale : ce sont des illusions malitieuses. Car, (/•/ïM'A^j outre qu'en cette faculté de raisonner l'homme a un très grand advantage par dessus elles , encores y a-t-il d'autres facultés plus hautes et toutes spirituelles , par lesquelles l'homme est dict l'image et ressemblance de Dieu, et est capable de l'immortalité, èsquelles la beste n'a point de part, et sont signifiées par l'intellect , qui est plus que la ratiocination simple. Nolhe jteri sicut eauus et mulus , auibus non est intellectus *lS. L'autre poinct à dire en cette matière est, que cette prééminence et advantage d'entendement et autres facultés spirituelles, que l'homme prétend, luy est bien cher vendu , et luy porte plus de mal que de bien , car c'est la source principale des maux qui le pressent , vices , passions , maladies , irrésolution , trouble , desespoir : de quoy sont quittes les bestes à faute de ce grand advantage, tesmoin le pourceau dePyrrho*'9, qui mangeoit paisiblement au navire durant la grande tempeste qui transissoit de peur toutes les personnes qui y estoient. Il semble que ces grandes parties de l'ame ont esté desniées aux bestes , à tout le moins
18 « Ne faites pas comme le cheval et le mulet, qui n'ont pas d'intelligence». Psal. xxxi,v. 9.
*'9 Du philosophe Pyrrhon.