‹ De la sagesseChapitre 147 sur 280 · I. f^anité · texte numérisé non relu

I. f^anité

Sommaire. — Dans l'espèce humaine tout est vanité : peutêtre vaut-il mieux rire de ses défauts que de s'en affliger. — Combien il y a de vanité clans nos pensées , nos désirs , nos discours , nos actions. -*— Exemples et preuves de ces diverses vanités. Nos actions les plus ordinaires, de même que celles que nous croyons importantes, sont également vaines et frivoles.

Exemples : Démocrite et Heraclite. — Diogène et Timon.' Statilius. — Les guerres de Troie , de la Grèce , de Sylla et Marins, de César, de Pompée , d'Auguste et d'Antoine.

IjA vanité est la plus essentielle et propre qualité de l'humaine nature. II. n'y a point d'autre chose en l'homme, soit malice, malheur, inconstance, irrésolution (et de tout cela y en a tousjours à foison) tant comme de vile inanité, sottise et ridicule vanité. Dont rencontroit mieux Démocrite se riant et mocquant par desdain de l'humaine condition, qu'Heraclite qui pleuroit et s'en donnoit peine, par où il tesmoignoit d'en faire compte et estime : et Diogenes qui donnoit

* C'est le troisième chapitre de la première édition.

s3S DE LA SAGESSE,

du nais, que Tymon*1 le hayneux et fuyard des hommes. Pindare l'a exprimé plus au vif que tout autre, par les deux plus vaines choses du monde, Fappellant songe de l'ombre, crxtâç oveipoç àv0pw7roç 2. C est ce qui a pousse' les sages à un si grand mespris des hommes ; dont leur estant parlé de quelque grand dessein et belle entreprinse , la jugeant telle , souloient *3 dire , que le monde ne valoit pas que l'on se mist en peine pour luy, (ainsi respondit Statilius àBrutus, luy parlant, de la conspiration contre César); que le sage ne doit rien faire que pour soy ; que ce n'est raison que les sages et la sagesse se mettent en danger pour des sots.

Cette vanité se desmontre et tesmoigne en plusieurs manières ; premièrement en nos pensées et entretiens privés , qui sont bien souvent plus que vains , frivoles et ridicules : ausquels toutesfois nous consommons grand temps, et ne le sentons point. Nous y entrons, y séjournons et en sortons insensiblement, qui est bien double vanité, et grande inadvertance de soy. L'un se promenant en une salle , regarde à compasser ses pas d'une certaine façon sur les carreaux ou tables du plancher : Cest*4 autre discourt en son esprit lon-

*' Sous-entendu : mieux aussi que Timon le Misanthrope.

2 « L'homme est le songe de l'ombre ».

*3 Avaient coutume ; de solebant.

*4 La première édition , et celle de Bastien , qui en est la

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