‹ De la sagesseChapitre 148 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRÉ XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRÉ XXXVIII

guement et avec attention, comment il se comporteroit s'il estoit Roy , Pape, ou autre chose, qu'il sçait ne pouvoir jamais estre : et ainsi se paist de vent, et encore de moins, car de chose qui n'est et ne sera point : cettuy-cy songe fort comment il composera son corps , ses contenances , son maintien, ses paroles d'une façon affectée, et se plaist à le faire, comme de chose qui luy sied fort bien , et à quoy tous doivent prendre plaisir. Mais quelle vanité' et sotte inanité' en * nos désirs et souhaits, d'où naissent les créances et espérances encores plus vaines, et tout cecy n'advient pas seulement lorsque n'avons rien à faire, et que sommes engourdis d'oisiveté, mais souvent au milieu et plus fort des affaires : tant est naturelle et puissante la vanité, qu'elle nous desrobe et nous arrache des mains de la vérité , solidité et substance des choses , pour nous mettre au vent et au rien !

Encores une plus sotte vanité est ce soin pénible de ce qui se fera icy , après qu'en serons partis. Nous estendons nos désirs et affections au-delà de nous et de nostre estre ; voulons pourvoir à nous estre faict*5

copie fidèle, souvent jusqu'à conserver les fautes typographiques qui s'y trouvent , ont écrit c'est pour cest ; mais c'est évidemment une faute. L'édition de Dijon en a fait une autre en écrivant cet , puisque c'est rajeunir d'un siècle l'orthographe de Charron.

*° Nous voulons pourvoir aux choses qui doivent être faites , lorsque nous ne serons plus.

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des choses lors que ne serons plus. Nous desirons estre loués après nostre mort : quelle plus grande vanité ! Ce n'est pas ambition, comme l'on pourrait penser, qui est un désir d'honneur sensible et perceptible : si cette louange de nostre nom peust accommoder et servir en quelque chose à nos enfans, pareils et amis survivans, bien soit, il y a de l'utilité. .y.fiiw.vf' Mais désirer comme bien une chose qui ne nous touchera point, et dont n'en sentirons rien, c'est pure vanité, comme de ceux qui craignent que leurs femmes se marient après leur decez , désirent avec grande passion qu'elles demeurent vefves, et l'acheptent bien chèrement en leurs testamens, leur laissans une grande partie de leurs biens à cette condition. C'est vanité et quelques fois injustice. C'est bien au rebours de ces grands hommes du temps passé, qui mourans exhortaient leurs femmes à se remarier tost , et engendrer des enfans à la republique. D'autres ordonnent que pour l'amour d'eux, on porte telle et telle chose sur soy, ou que l'on fasse telle chose à leur corps mort : nous consentons peust-estre d'eschapper à la vie , mais non à la vanité.

Yoicy une autre vanité, nous ne vivons que par relation à autruy ; nous ne nous soucions pas tant quels nous soyons en nous, en effect et en vérité, comme quels nous soyons en la cognoissance publique. Tellement que nous nous defraudons *6 sou-

*6 Nous nous fraudons ? frustrons.

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