LIVRE I, CHAPITRE II. i
monde, etl'univers peust estre appelle le grand homme. Comme le nœud, le moyen , et lien des anges et des animaux, des choses célestes et terrestres , spirituelles et corporelles. Et en un mot la dernière main, l'accomplissement, le chef-d'œuvre, l'honneur et le miracle de nature. C'est pourquoy Dieu l'ayant fait avec délibération et apparat, et dixit faciamus homînem adimaginein et siinililudinem nostram^ , s'est reposé. Et ce repos encores a este' fait pour l'homme, Sabbathum propter hominem, non contra5. Et n'a depuis rien fait de nouveau , sinon se faire homme luy-mesme : et c'a esté encores pour l'amour de l'homme , propter nos homines , et propter nostram salutem 6. Dont se voit qu'en toutes choses Dieu a visé à l'homme, pour finalement en luy et par luy , brevi manu 7 , rapporter tout à soy, le commencement et la fin de tout.
Tout nud, affin qu'il fust plus beau , estant poli ; net, délicat, à cause de son humidité déliée, bien tempérée et assaisonnée 8.
Droit , tenant et touchant fort peu en terre, la teste
* Et il dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ». Johan.
5 « Le sabbat a été fait pour l'homme et non contre lui ». Mat. xn.
6 « A cause de nous et pour notre salut ». /*+*&i A- uttvo ^ « D'une main courte » (immédiatement).
8 Voyez la Variante de la page 29. On y trouvera , en grande partie,- ce paragraphe et le suivant; mais avec de nombreuses différences dans le style.
ï6 DE LA SAGESSE,
droicte en haut tendant au ciel, où il regarde, se voit et se cognoist comme en son miroir : tout à l'opposite de la plante qui a sa teste et racine dedans la terre , aussi est l'homme une plante divine, qui doit fleurir au ciel : La heste comme au milieu, est de travers, ayant ses deux extrémités vers les bords ou extrémités de l'horizon , plus ou moins. La cause de cette droicture, après la volonté de son maistre ouvrier, n'est proprement l'ame raisonnable, comme il se voit aux courbés , bossus , boiteux ; ny la ligne droicte de l'espine du dos , qui est aussi aux serpens; ny la chaleur naturelle ou vitale, qui est pareille ou plus grande en certaines bestes, combien que tout cela y peut par avanture servir de quelque chose : mais ceste droicture est deue et convient à l'homme , et comme homme qui est le saint et divin animal :
Sanctius his animal mentisque capacius altse y ;
et comme roy d'icy bas : aux petites et particulières royautés y a certaine marque de majesté, comme il se voit au daulphin couronné, au serpent basilizé, au îyon avec son collier, sa couleur de poil et ses yeux , en l'aigle, au roy des abeilles. Ainsi l'homme, roy uni versel d'icy bas , marche la teste droicte , comme un maistre en sa maison , régente tout et en vient a bout par amour ou par force, domptant ou apprivoisant.
9 « Animal plus saint que les autres , et plus capable d'une haute intelligence ». ih'u). Aïkm, , X, %,}(.