LIVRE I, CHAPITRE XXXIX. a
sens. De dire qu'il faille faire tousjours au pis sans aucune reserve ni respect , c'est une très pernicieuse doctrine : et très bien dict le proverbe contraire , les plus courtes folies sont les meilleures. Mais aussi en certains cas , la voye médiocre est très dangereuse , comme à l'endroict d'un ennemi redoutable que l'on tient à la gorge , comme l'on tient le loup par les oreilles : il le faut ou gagner du tout par courtoisie, ou du tout l'estaindre *38 et s'en deffaire, comme ont tousjours pratiqué les Romains , et très prudemment , entre autres à l'endroit des Latins ou Italiens, à la remonstrance de Camillus , pacem in perpetuum parare vel serviendo vel ignoscendo1^ , car en tel cas faire à demy, c'est tout perdre, comme firent les Samnites, qui à faute de pratiquer ce conseil qui leur fut donné par un bon vieillard expérimenté, à l'endroict des Romains, qu'ils tenoyent enserrés, le payèrent bien cher; aut conciliandus aut tollendus hostis io : le premier de la courtoisie est plus noble, honorable et à choisir, et ne faut venir au second qu'à l'extrémité, et lorsque l'ennemi n'est capable du premier. Par tout ce dessus se monstre l'extrême foiblesse humaine au bien et au mal : il ne peust ny faire ny fuyr tout bien et tout
*38 L'exterminer.
39 « S'assurer une paix à perpétuité en se soumettant ou en pardonnant ». Zif, t**'./ p7//,/ji.
^° « 11 faut ou se concilier son ennemi , ou le détruire »,
mal : et ce bien ou mal qu'il faict ou fuict, ce n'est purement ny entièrement : et ainsi n'est en sa puissance d'estre en tout sens tout bon , ny du tout mescliant.
Remarquons encore plusieurs autres effects et tesmoignages de la foiblesse humaine. C'est foiblesse et*41 relatifve de n'oser ny pouvoir reprendre autruy, ny estre reprins ; volontiers qui est foible ou courageux en l'un , l'est aussi en l'autre. Or c'est une grande délicatesse se priver ou autruy d'un si grand fruict pour une si légère et superficielle piqueure, qui ne faict que toucher et phlsser l'oreille. A ce pareil est voysin cet autre de ne pouvoir refuser avec raison , ny aussi recevoir et souffrir doucement un refus.
Aux fausses accusations et mauvais soupçons qui courent et se font hors justice, il se trouve double* foiblesse ; l'une qui est aux interesse's , accusés et soupçonnés, c'est de se justifier et excuser trop facilement, soigneusement, et quasi ambitieusement.
Mendax infamia terret
Quem ? nisi mendosum . . . iz
C'est trahir son innocence, mettre sa conscience et son droict en compromis et en arbitrage , que de plaider
*4* C'est faiblesse, et faiblesse relative. ^ « Quel est celui qu'une fausse 'accusation effraie , si ce n'est le coupable » ? Hor.