‹ De la sagesseChapitre 162 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXXIX

ainsi, perspîcuiias argumeniatione chvatur /,i. Socrates en justice mesme ne le vousist *44 faire ny par soy ny par autruv , refusant d'employer le beau plaider du grand Lysii)s , et ayma mieux mourir. L'autre est au cas contraire, c'est quand l'accusé et prévenu*45 courageux ne se soucie de s'excuser ou justifier, parce qu'il mesprise l'accusation et l'accusant comme indigne de response et justification, et ne se veust faire ce tort d'entrer en telle lice; practiqué par les hommes généreux, par Scipion sur tous plusieurs fois d'une fermeté' merveilleuse : lors les autres s'en offensent , ou estimans cela trop grande confidence et orgueil, et se picquans de ce qu'il sent trop son innocence , et ne se desmet pas, ou bien imputans ce silence et mespris à faulte de cueur, deffiance de droict, impuissance de se justifier. O foible humanité ! que l'accusé ou soupçonné se deffende , ou ne se deffende , c'est foiblesse et lascheté. INous lui desirons du courage à ne s'excuser, et quand il l'a, nous sommes foibles à. nous en offencer.

Un autre argument de foiblesse est de s'assubjectir et acoquiner à une certaine façon de vivre particulière ; c'est mollesse poltronne, et délicatesse indigne d'un honneste homme, qui nous rend incommodes.

43 « L'argumentation affaiblît l'évidence ». Lît,.,JV*A?$~. , ÎITfA-

*44 Voulut.

*45 Et celui qui est prévenu, (en prévention d'un crime).

et désagréables en conversation, et tendres au mal, au cas qu'il faille changer de manière de faire. C'est aussi honte de n'oser ou laisser par impuissance à faire ce que l'on voyt faire à ses compagnons. Il faut que telles gens s'aillent cacher et vivre en leur foyer : la plus belle façon est d'estre soupple et ployable à tout, et à l'excez mesme si besoing est, pouvoir oser et sçavoir faire toutes choses, et ne faire que les bonnes. Il faict bon prendre des reigles , mais non s'y asservir.

Il semble appartenir à foiblesse , et estre une grande sottise populaire de courir après les exemples estrangers et schoîastiques , après les allégations , ne faire estât que des tesmoignages imprimés, ne croire les hommes, s'ils ne sont en livre, ny vérité si elle n'est vieille. Selon cela les sottises , si elles sont en moule *46, elles sont en crédit et en dignité. Or il s'y faict tous les jours devant nous des choses que si nous avions l'esprit et la suffisance de les bien recueillir, esplucher, juger vifvement, et trouver leur jour, nous en formerions des miracles et merveilleux exemples , qui ne cèdent en rien à ceux du temps passé, que nous admirons tant, et les admirons pource qu'ils sont vieux et sont escripts.

Encores un tesmoignage de foiblesse est que l'homme n'est capable que des choses médiocres , et ne peust

*^6 C'est-à-dire, moulées, imprimées.

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