LIVRE I, CHAPITRE XL. a
Quod petiit, spernit ; repetit quod nuper omisit. ./Estuat, et vitae disconvenu ordine toto6.
L'homme est ranimai de tous le plus difficile à sonder et cognoistre, car c'est le plus double et contrefaict, le plus couvert et artificiel ; et y a chez luy tant de cabinets et d'arriere-boutiques, dont il sort tantost homme, tantost satyre ; tant de souspiraux, dont il souffle tantost le chaud, tantost le froid, et d'où il sort tant de fumëe. Tout son bransler et mouvoir n'est qu'un cours perpétuel d'erreurs : le matin naistre, le soir mourir; tantost aux ceps*7, tantost en liberté; tantost un Dieu, tantost une mouche. Il rit et pleure d'une mesme chose. Il est content et ma! content. Il veust et ne veust, et ne scait enfin ce qu'il veust. Tantost il est si comblé de joye et d'allégresse qu'il ne peust demeurer en sa peau, tantost tout luy desplait et ne se peust souffrir soy- mesme, modo amore nostrî, modo iaedio laboramus 8.
il paraît frugal et grave , tantôt prodigue et frivole : nous changeons à chaque instant de masque ». Sen. Epist. 120.
6 « Ce qu'il a demandé il le dédaigne , il recherche ce qu'il vient de rejeter. Il est dans une fluctuation continuelle , et n'est jamais d'accord avec lui - même dans tout le cours de sa vie ». Hor. Epist. 1,1. I, v. y8.
*7 Aux fers , en esclavage.
8 « Tantôt l'amour de nous-mêmes nous tourmente , tantôt nous ne pouvons nous supporter ». $en. Nat. Quœst. 1. iv,