‹ De la sagesseChapitre 173 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLL

pénible estude , qui addit scientiam addit et laborem 2°. La disette et pouvrete' par grand soin, pénible veille, travail, sueur, in sudore vultus lui21. Dont pour l'esprit et pour le corps , le labeur et travail est propre à l'homme , comme à l'oyseau le voler.

Toutes ces misères susdictes sont corporelles ou bien mixtes , et communes à l'esprit et au corps ; et ne montent gueres plus baut que l'imagination et fantasie. Considérons les plus fines et spirituelles, qui sont bien plus misères, comme estant errone'es et malignes, plus actives et plus siennes, mais beaucoup moins senties et advouées, ce qui rend l'homme encores plus et doublement misérable, ne sentant que ses maux médiocres, et non les plus grands ; voyre *22 l'on ne les luy ose dire ny toucher, tant il est confie t et desploré en sa misère : si faut-il en passant et tou t doucement en dire quelque chose, au moins les guigner et monstrer au doigt de loing, affin de luy donner occasion d'y regarder et penser , puis que de soymesme il ne s'en advise pas. Premièrement pour le regard de l'entendement, est-ce pas une estrange et piteuse misère de l'humaine nature, qu'elle soit toute conficte en erreur et aveuglement ? La pluspart des opinions communes et vulgaires , voire les plus plau-

20 « Augmenter sa science, c'est augmenter son travail », Ecclesiaste. ch. u. v. 18 et 19.

21 « A la sueur de ton visage », *" Même.

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sibles et receuës avec révérence, sont fausses et erronées, et qui pis est la pluspart incommodes à la société humaine. Et encores que quelques sages, qui sont en fort petit nombre , sentent mieux que le commun, et jugent de ces opinions comme il faut, si est-ce que quelques fois ils s'y laissent emporter, sinon en toutes et tousjours, mais à quelques-unes et quelques fois : il faut estre bien ferme et constant pour ne se laisser emporter au courant, bien sain et préparé pour se garder net d'une contagion si universelle : les opinions generalles receuës avec applaudissement de tous et sans contradiction, sont comme un torrent qui emporte tout.

Proh superi ! quantum mortalia pectora CcCeae

Noctis habent !

O miseras hominum mentes et pectora caeca ! Qualibus in tenebris vitae , quantisque periclis Degitur hoc œvi quodcumque est ! 23

Or ce seroit chose bien longue de spécifier et nommer les foies opinions dont tout le monde est abbreuvé. Mais en voicy quelques-unes , qui seront traictées plus au long en leurs lieux.

i. Juger des advis et conseils par les evenemens

23 « O dieux ! dans quelle nuit obscure sont plongés les

cœurs des mortels ! O esprits misérables des hommes !

ô cœurs aveugles ! Dans quelles ténèbres vivons-nous , et à quels grands périls tout ce qui a vie n'est il pas exposé ? » Ovid. Metam. liv, vi , v. £72. — Lucret. liv. Il, v. i4-.

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