‹ De la sagesseChapitre 176 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLI. ag · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLI. ag

tarque28; les autres encores plus sottement à l'ambition. C'est une grande maladie de jugement, qui vient ou de malice et corruption de volonté' et de mœurs, ou d'envie contre ceux qui valent mieux qu'eux , ou de ce vice de ramener sa créance à sa portée , et mesurer autruy à son pied , ou bien plustost que tout cela, à foiblesse pour n'avoir pas la veuë assez forte et asseurée à concevoir la splendeur de la vertu en sa pureté' nayfve. Il y en a qui font les ingénieux et subtils à despraver ainsi et obscurcir la gloire des belles actions; en quoy ils monstrent beaucoup plus de mauvais naturel, que de suffisance; c'est chose aysée, mais fort vilaine.

i4- Descrier et chastier tant rigoureusement et honteusement certains vices , comme crimes extrêmement vilains et puans , qui ne sont toutesfois que médiocres, et ont leur racine et leur excuse en la nature ; et d'autres vrayement extrêmes et contre nature , comme le meurtre pourpense' *29, la trahison et perfidie , la cruauté' , ne les avoir à si grande honte , ny les chastier avec tant de haro *ao.

i5. Voicy encores après tout un vray tesmoignage de la misère spirituelle, mais qui est fin et subtil; c'est que l'esprit humain en son bon sens, paisible,

28 Voyez Plutarque : de la Malignité d'Hérodote.

*29 Prémédité.

*3° Tant de clameurs.

2gi DE LA SAGESSE,

rassis ,' et sain estât, n'est capable que de choses communes, ordinaires, naturelles, médiocres. Pour estre capable des divines, surnaturelles, comme de la divination, prophétie, révélation, invention, et, comme Ton dict, entrer au cabinet des dieux, faut qu'il soit malade, disloqué, desplacé de son assiette naturelle, et comme corrompu, correptus 3l, ou par extravagance, exstaze, enthousiasme, ou par assopissement : d'autant que, comme l'on sçait, les deux voyes naturelles d'y parvenir sont la fureur et le sommeil. Et ainsi l'esprit n'est jamais si sage que quand il est fol, iry plus veillant que quand il dort : jamais ne rencontre mieux que quand il va de costé et de travers ; ne va , ne vole et ne voit si haut que quand il est abbattu et au plus bas. Et ainsi faut qu'il soit misérable, comme perdu et hors de soy, pour estre heureux. Cecy ne tousche aucunement la disposition divine ; car Dieu peust bien à qui et quand il luy plaist se révéler, et que l'homme demeure en sens rassis, comme l'escriture raconte de Moyse et autres.

16. Finalement, y pourroit-il avoir plus grande faute en jugement que n'estimer poinct le jugement,

3' Il paraîtrait d'abord qu'on devrait lire ici corruptus ; mais les meilleures éditions portent correptus , mot qui , en effet , est expliqué par ce qui suit. — Au reste , cette pensée est prise presque textuellement du Timée de Platon. V ". Plat pag. 725 de l'édif. de ses ceiryres. Basic, i54-6„

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