LIVRE I, CHAPITRE XLI
de bien par occasion et par accident. Voilà pburquoy ils le sont inégalement, diversement, non perpétuellement , constamment , uniformément.
5. Aymer moins celuy que nous avons offensé, à cause que nous l'avons offensé : chose estrange \ ce n'est pas tousjours de crainte qu'il en veuille prendre sa revanche ; carpeust-estre l'offensé ne nous en veust pas moins de bien, mais c'est de ce que sa présence nous accuse, et nous ramentoit *34 nostre faute et indiscrétion. Que si l'offensant n'ayme pas moins, c'est preuve qu'il ne l'a pas voulu offenser; car ordinairement qui a eu la volonté d'offenser, ayme moins après l'offensé : chi offende , mai non perdona™ .
6. Autant en peust-on dire de celuy à qui nous sommes fort obligés, sa présence nous est en charge, nous ramentoit nostre obligation , nous reproche nostre ingratitude ou impuissance , l'on voudroit qu'il ne fust point affm d'estre deschargé : meschant naturel. Quidam aub plus debent , m agis oderunt : levé aes alienum debitorem facit , grave inimicum 36.
7. Prendre plaisir au mal, à la peine, et au danger d'autruy, desplaisir en son bien, advancement,
*3^ Nous rappelle.
35 « Celui qui offense ne pardonne jamais ».
36 « Il y en a qui haïssent en proportion de ce qu'ils doivent. La dette est-elle légère , elle les éloigne de leur créancier. Est-elle considérable? ils deviennent ses ennemis ».
prospérité (j'entends que soit sans aucune cause ou esmotion certaine et particulière de hayne, c'est autre chose , provenant du vice singulier de la personne) ; je parle icy de la condition commune et naturelle, par laquelle, sans aucune particulière malice, les moins mauvais prennent plaisir à voir des gens courir fortune sur mer, se faschent d'estre precede's de leurs compagnons, que la fortune dise mieux à autruy qu'à eux ; rient quand quelque petit mal arrive à un autre : cela tesmoigne une semence malicieuse en nous.
Enfin, pour monstrer combien grande est nostre misère, je diray que le monde est remply de trois sortes de gens qui y tiennent grande place en nombre et réputation ; les superstitieux, les formalistes*37, les pedans , qui bien que soyent en divers subjects, ressorts et théâtres (les trois principaux, religion, vie ou conversation, et doctrine) si sont-ils battus à mesme coin, esprits foibles, mal nais, ou très-mal instruicts, gens très-dangereux en jugement, touche's de maladie presque incurable. C'est peine perdue de parler à ces gens-là pour les faire radviser; car ils s'estiment les meilleurs et plus sages du monde : l'opiniastreté est là en son siège. Qui est une lois féru *38
"*°7 Ceux qui s'attachent aux formes et aux dehors , qui n'omettent rien des formalités , comme l'auteur l'explique lui-même plus bas.
*38 Vonxféri, frappé; c'est un vieux participe à& férir, frapper. C'est ainsi que le peuple de Paris dit bouillu pour bouilli,