V. Présomption
Sommaire. — La présomption est un vice naturel à l'homme. — L'homme montre sa présomption : i°. en se faisant des idées fausses et peu convenables de la divinité ; 2°. en croyant que tout ce qui existe lui est subordonné , est fait pour son usage. De là sa cruauté pour les bêtes ; 3°. dans sa facilité à croire , et, en d'autres occasions, dans son refus obstiné de croire ; dans sa manie d'affirmer ou
* C'est le septième chapitre de la première édition. Montaigne a fait aussi un chapitre sur la Présomption , où Charron a puisé plusieurs de ses idées. Voy. les Essais , L. II , ch. XVII.
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condamner , dans sa prétention à faire admettre , par le> autres , ses opinions. Tels sont les dogmatistes , etc. Exemples : César. — Auguste. — Les Thraces. — Xercès. — Copernic. — Paracelse.
V OICY le dernier et le plus vilain traict de sa peincture; c'est l'autre partie de la prescription que donne Pline; c'est la peste de l'homme, et la mère nourrice des plus fausses opinions et publiques et particulières, vice toutesfois naturel et originel de l'homme. Or cette présomption se doibt considérer en tout sens, haut, bas, et à costé, dedans et dehors, pour le regard de Dieu ; choses haultes et célestes, basses, des bestes , de l'homme son compagnon , de soymesme ; et tout revient à deux choses, s'estimer trop, et n'estimer pas assez autruy : qui in se conjidehant et aspernabaiitur alios ! . Parlons un peu de chascun.
Premièrement pour le regard de Dieu (et c'est chose horrible), toute superstition et faute en religion, ou faux service de Dieu, vient de n'estimer pas assez Dieu , ne sentir et n'avoir pas les opinions , conceptions, créances de la Divinité assez hautes , assez pures. Je n'entends par cet assez, à proportion de la grandeur de Dieu, qui ne reçoit point de pro-
1 « Qui étaient pleins de confiance en eux-mêmes , et qui méprisaient les autres ». Luc. Eyang. c. XV III, v. g.