LIVRE I, CHAPITRE XL II. 3o
son en pourroit dire autant, et peust-estre plus justement et constamment. Car l'homme qui reçoit aussi souvent des incommodités de la haut, et n'a rien de tout cela en sa puissance, ny en son intelligence, et ne les peust deviner, est en perpétuelle transe, fiebvre et crainte que ces corps supérieurs ne branslent pas bien à propos et à poinct nommé pour luy, et qu'ils luy causent stérilité, maladies, et toutes choses contraires, tremble soubs le fais : où lesbestes reçoivent tout ce qui vient d'en haut, sans allarme ny appréhension de ce qui adviendra, et sans plainte de ce qui est advenu , comme faict incessamment l'homme : Non nos causa mundo sumus hyemem aestatemque referendi; suas isla leges habent , quibus dlvina exercentur : nimis nos suspicimus , si digninobis videmur, propter quos tanta nwveaniur; — non ianta caelo noblscum societas est, ut nostro fato sit Me quoque siderum fulgoriQ '. Pour le regard des choses basses, terrestres, sçavoir tous animaux, il les desdaigne et desestime comme
10 « Nous ne sommes pas la cause pour laquelle l'hiver et l'été se succèdent chaque année ; ces saisons obéissent à des lois dans lesquelles la puissance divine s'exerce et se manifeste ; nous avons une trop haute opinion de nous-mêmes , et de notre dignité , si nous croyons que c'est pour nous que de si grands mouvemens se font dans le monde ; — il n'y a pas en Ire les astres et nous une si grande union , pour que les astres n'y brillent que pour notre avantage ». Sen. de Ira, L. il, c. 27.. — Plin. Hist. Nat. L. 11, c. 8.
3o8 DE LA SAGESSE,
si du tout elles n'appartenoient au mesrae maistre ouvrier ; et n'estoient de mesme mère , et de mesme famille avec luy, comme si elles ne le touchoient etnV voient aucune part ou relation à luy. Et de là il vient à en abuser et exercer cruaulte', chose qui rejalist contre le maistre commun et universel qui les a faietes , qui en a soin, et a dressé des loix pour leur bien et conservation, les a advantagées en certaines choses, renvoyé l'homme souvent vers elles, comme à une escholle. Mais cecy est le subject du chapitre XXXV ci-dessus ' ' .
Or, tout cecy ne déroge aucunement à la doctrine commune, que le monde est faict pour l'homme, et l'homme pour Dieu ; car outre l'instruction que l'homme tire en gênerai de toute chose haute et basse pour cognoistre Dieu, soy, son devoir; encores en particulier de chacune , il en tire profit ou plaisir ou service. De ce qui est pardessus soy qu'il a moins en intelligence et nullement en sa puissance, ce ciel azuré, tant richement contrepointé d'estoilles, et ces flambeaux roulants sans cesse sur nos testes , il n'en a ce
11 Dans l'excellente édition de 1604, (celle que Charron lui-même avait préparée) , on lit : « cecy est le subject du chapitre suyvant ». Je ne sais pourquoi l'édition de i635 et celle de Dijon renvoyent, au contraire, à un chapitre précédent. Serait-ce parce que , dans le chapitre qu'elles citent , Charron parle , en effet , beaucoup plus que dans celui qui va suivre , de tous les avantages des bêtes ?