LIVRE I, CHAPITRE XLII. 3og
bien que par contemplation, il monte et est porté en admiration , crainte , honneur , révérence de leur auteur et maistre souverain de tout, et en ce sens a esté bien dit par Anaxagoras I2, que l'homme esloit créé pour contempler le ciel et le soleil, et par les autres philosophes appelans l'homme oùpavo™o7n>vl3; des choses basses il en tire secours, service, commodité. Mais se persuader qu'en faisant toutes ces choses , l'on n'aye pensé qu'à l'homme, et qu'il soit la fin et le but de tous ces corps lumineux et incorruptibles, c'est une trop folle et hardie présomption.
Finalement, mais principalement cette présomption doibt estre considérée en l'homme mesme, c'est-àdire pour le regard de soy et de l'homme son compagnon, au dedans, au progrez de son jugement et de ses opinions ; et au dehors en communication et conversation avec autruy. Sur quoy nous considérons trois choses, comme trois chefs qui s' entresuivent, où l'humanité monstre bien en sa sotte foiblesse sa folle présomption. La première au croire ou mescroire (icy n'est question de religion , ni de la foy et créance divine , et se faut souvenir de l'advertissement mis en la préface), où sont à noter deux vices contraires, qui sont ordinaires en la condition humaine. L'un et plus commun est une légèreté, qui cito crédit, levis
12 V. Diogène-Laerce , Vie d' 'Anaxagoras , L. II , n. 10, ,3 « Contemplateur du ciel ».
3io DE LA SAGESSE,
est corde1^, et trop grande facilité à croire et recevoir tout ce que l'on propose avec quelque apparence ou authorité. Cecy appartient à la niaise simplicité, mollesse, et foiblesse du petit peuple, des esprits efféminés , malades, superstitieux , estonnés *l5, indiscrètement zélés , qui comme la cire reçoivent facilement toute impression , se laissent prendre et mener par les oreilles. C'est plustost erreur et foiblesse, que malice, et loge volontiers aux âmes débonnaires: credulitas error est inagis quam culpa, et quidem in optimi cujusque mentem facile irrepit16. Suyvant cecy nous voyons presque tout le monde mené e t emporté aux opinions et aux créances , non par chois et jugement, voire souvent avant l'aage et discrétion, mais par là coustume du pays, ou instruction reçeuë en jeunesse, ou par rencontre, comme par une tempeste ; et la se trouve tellement collé , hypotecqué et asservy, qu'il ne s'en peust plus desprendre, f^eluti tempestate dclati ad quamcunque disciplinam, tamquam ad saxum adhaerescunt1 ' '. Le monde est
•4 « Qui croit trop \îte , a l'esprit bien léger ». Ecclésiast. — Il y a une pensée semblable dans Pétrone : nunquain rectb faciet, qui citb crédit. Petron. Satyr. pag. 164.. edit. G ail. Lat. 17 13. tom. I.
*l5 Qui s'étonnent de tout.
16 « La crédulité est plutôt une erreur qu'une faute , et elle se glisse facilement dans l'esprit même des meilleurs hommes». Cicéron. Epist ad/amil. L. X. ep. XXIII.
«7 « Emportés comme par la tempête vers chaque doctrine