LIVRE I, CHAPITRE XLIl. 3i
vice est propre aux dogmatistes et à ceux qui veulent gouverner et donner loy au inonde. Or pour venir à bout de cecy et captiver les créances à soy, ils usent de deux moyens. Par le premier ils introduisent des propositions générales et fondamentales , qu'ils appellent principes et presuppositions, desquelles ils enseignent n'estre permis de doubler ou disputer : sur lesquelles ils bas tissent après tout ce qui leur plaist, et meinent le monde à leur poste : qui est une piperie , par laquelle le monde se remplist d'erreurs et mensonges. Et de faict, si l'on vient à examiner ces principes , l'on y trouvera de la faulsete' et de la faiblesse autant ou plus qu'en tout ce qu'ils en veulent tirer et despendre : et se trouvera tousjours autant d'apparence aux propositions contraires.
Il y en a de nostre temps qui ont change' et renversé les principes et reigles des anciens en l'astrologie, en la médecine, en la géométrie, en la nature et mouvement des vents27. Toute proposition humaine a autant d'authorité que l'autre, si la raison n'en faict la différence. La vérité ne dépend point de l'authorité ou tesmoignage d'homme : il n'y a point de principes aux hommes si la Divinité ne les leur a re-
sécutions auxquelles il ne cessa d'être en bulte , dès qu'il eût publié son livre.
27 On Ht en marge de cette phrase, dans l'édition de i6o4, Copcrnicus , Paracelsus -, ce qui prouve que c'est de Copernic et de Paracelse que Charron veut parler ici.
3i6 DE LA SAGESSE,
velés : tout le reste n'est que songe et fumée. Or ces messieurs icy veulent que Ton croye et reçoive ce qu'ils disent, et que l'on s'en fie à eux, sans juger ou examiner ce qu'ils baillent, qui est une injustice tyrannique. Dieu seul, comme a esté dict 28, est à croire en tout ce qu'il dict, pource qu'il le dict : qui à semetipso loquitur ; mendaxest29. L'autre moyen est par supposition de quelque faict miraculeux , révélation et apparition nouvelle et céleste, qui a esté dextrement prattiqué par des législateurs, généraux d'armées, ou chefs de part *3°. La persuasion première , prinse du subject mesme, saisist les simples; mais elle est si tendre et si fresle , que le moindre heurt, mescompte , ou mesgarde, qui y surviendroit, escarbouilleroit *31 tout : car c'est grand merveille, comment de si vains commencemens et frivoles causes sont sorties les plus fameuses impressions. Or cette première impression franchie devient après à s'enfler et grossir merveilleusement, tellement qu'elle vient a s'estendre mesme aux habiles , par la multitude des croyans, des tesmoings, et des ans, à quoy l'on se laisse emporter, si l'on n'est bien fort préparé : car
28 Dans les dernières lignes de la précédente page , et au commencement de la page 3 12.
29 « Celui qui parle d'après lui-même, est menteur ». *3° Chefs de parti.
*31 Ecraserait tout en bouillie.