LIVRE I, CHAPITRE L. 37i
mais qui se retourne mettre sus), si est elle comme monstrueuse et honteuse en la nature humaine, et qui ne se trouve point aux bestes , lesquelles ne courent ny ne consentent à la captivité de leurs semblables, ny activement ny passivement. La loy de Moyse l'a permis comme d'autres choses , ad duritiem cordis eorum 2, mais non telle qu'ailleurs ; car ny si grande et absolue, ny perpétuelle, ains modérée et bornée court à sept ans au plus3 : la chrestienne l'a laissée, la trouvant universelle partout, comme aussi d'obéir aux princes et maistres idolastres, et telles autres choses, qui ne se pouvoient du premier coup et tout hautement esteindre ; mais facilement et tout doucement avec le temps les a abolis.
Il y en a de quatre sortes4; naturels, nés d'esclaves ; forcés et faicts par droict de guerre ; justes , dicts de peine, à cause de crime ou de debte, dont ils sont esclaves de leurs créanciers, au plus sept ans, selon la loy des Juifs, mais tousjours jusques au payement ailleurs; volontaires, qui sont de plusieurs sortes, comme ceux qui jouent à trois dés, ou vendent à prix d'argent leur liberté, comme jadis en Allemagne5? et encores maintenant en la chrestienté mesme , ou
2 « A cause de la dureté de leurs cœurs » . Exod. c. IH , v. 7 .
3 Voyez le Deutéronome , ch. xv, v. 12.
4 Cette division des esclaves est prise ou plutôt copiée de lîodin , de la Républ. L. I.
5 Tacit. de Morib. Germ. cap. 2^.
qui se donnent et vouent esclaves d'autruy à perpétuité', ainsi que practiquoient anciennement les Juifs6, qui leur perçoient l'oreille à la porte, en signe de perpétuelle servitude : et cette sorte de captivité volontaire est la plus estrange de toutes, et la plus contre nature.
C'est l'avarice qui est cause des esclaves forcés7, et la poltronnerie cause des volontaires : les seigneurs ont espéré plus de gain et de profict à garder qu'à tuer : et de faict la plus belle possession et le plus riche bien estoit anciennement des esclaves. Par là Crassus8 devint le plus riche des Romains , qui avoit , outre ceux qui le servoient, cinq cents esclaves qui rapportoient tous les jours gain et profict de leurs métiers et arts questuaires *9. Après en avoir tiré long service et profict , encores en faisoient-ils argent en les vendant10.
6 Deuteron. ch. XV, v. 17.
7 En effet , on ne laissait la vie aux prisonniers de guerre , que parce qu'on espérait tirer parti de leur esclavage, ou profiter de leur rançon. Tels étaient autrefois les principes sur cette matière; tels sont encore ceux des nations barbaresques.
8 Voyez Plutarque , Vie de Crassus.
*9 Lucratifs.
10 C'est ce que faisait Caton le Censeur, au rapport de Plutarque , Vie de Caton le Censeur. Mais Plutarque fait ensuite cette réflexion : « pour moi , je trouve que de se servir de ses esclaves comme de bêtes de somme , et après qu'on s'en est servi, de les chasser ou de les vendre dans leur