LIVRE I, CHAPITRE LI
le droict de la mer et du bris 9, confiscation pour crime de leze majesté', puissance de changer la langue, tiltre de majesté'.
La grandeur et souveraineté est tant désirée de tous, c'est pource que tout le bien qui y est paroist au dehors, et tout son mal est au dedans : aussi que commander aux autres est chose tant belle et divine, tant grande et difficile. Pour ces mesmes raisons sont estimés et révérés pour plus qu'hommes. Cette créance est utile pour extorquer des peuples le respect et obéissance, nourrice de paix et de repos. Mais enfui ce sont hommes jettes et faicts au moule des autres, et assez souvent plus mal nés et mal partagés de nature que plusieurs du commun : il semble que leurs actions, pource qu'elles sont de grand poids et importance, soient aussi produictes par causes poisantes et importantes; mais il n'en est rien, c'est par mesmes ressorts que celles du commun. La mesme raison qui nous faict tanser*10 avec un voisin, dresse entre les princes une guerre ; celle qui faict fouetter un laquais, tombant en un roy, faict ruiner une province. Ils veulent aussi légèrement que nous, mais ils peuvent plus que nous, pareils appétits agitent une mou-
9 Le droit de bris est celui que s'arrogent encore les paysans de la Bretagne , de se partager les débris d'un navire naufragé sur leurs côtes. C'est un usage barbare qui remonte aux tems les plus reculés.
"*t,° Quereller.
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clie et un éléphant. Au reste, outre les passions, défauts et conditions naturelles qu'ils ont communes avec le moindre de ceux qui les adorent , ils ont encores des vices et des incommodite's que la grandeur et souveraineté' leur apporte, dont ils leur sont peculiers ".
Les mœurs ordinaires des grands sont orgueil indomptable :
.... Durus et veri insolens , Ad recta flecti regius non vult tumor I2.
Violence trop licentieuse :
Id esse regni maximum pignus putant ,
Si quicquid aliis non licet, solis licet. . . .
Quod non potest vult posse qui nimium potest l3.
Leur mot favorit est : quodlibet, licet li. Soupçon, ja-
11 Montaigne décrit aussi, avec son énergie ordinaire , L. I , c. 4-2, toutes les incommodités auxquelles les rois sont soumis plus que les autres hommes. .
12 « L'orgueil des rois repousse durement la vérité, et dédaigne de suivre même les conseils les plus salutaires ». Sen. Hippolytus. Act. I , se. il , v. i35.
,3 « Ils pensent que le plus grand avantage de la royauté , est qu'il leur soit permis ce qui n'est pas permis aux autres. . . — Celui qui peut trop, veut pouvoir ce qu'il ne peut pas ». Sen. Agamemnon , act. II, se. il, v. 271. — Idem, Hippolytus, Act. I , se. 11 , v. 214.
14 « Ce qui plaît est permis ». Spartian. Caracalla, vers la fin.