‹ De la sagesseChapitre 234 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRÉ LI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRÉ LI

lousie : suâpte naturâ, potentiae anxii15 : voire jusques à leurs enfans; suspect us semper hmsusauc dominantibus auisguis proximus destinatur.... adeb ut displîceant etiam civilia jîliorum ingénia1* : d'où vient qu'ils sont souvent en allarme et en crainte ; ingénia regum prona ad formidinem11.

Les advantages des roys et princes souverains par dessus le peuple, qui semblent si grands et esclatans, sont en vérité bien légers et quasi imaginaires; mais ils sont bien payés par des grands , vrays et solides desadvantages et incommodités. Le nom et tiltre de souverain, la monstre et le dehors est beau, plaisant et ambitieux; mais la charge et le dedans est dur, difficile et bien espineux. Il y a de l'honneur, mais peu ou point de repos et de joye : c'est une publique et honorable servitude, une noble misère, une riche captivité, aureae et fulgidae eompedes, clara miseria l8. Tesmoin ce qu'en ont dict et faict Auguste, Marc

,5 « Par leur nature , ils sont soupçonneux et jaloux de leur puissance ». Tacit. Annal. L. IV, c. 12.

•6 « Tout proche parent d'un souverain, et qui est destiné à lui succéder, lui est par là même suspect et odieux... — Et c'est pour cela que les enfans d'un caractère agréable au peuple, sont ceux qui leur déplaisent le plus ». Tacit. HisL L. I, c. 21. — Annal. L. il, c. 82.

x7 « Les esprits des rois sont très-portés à la crainte », Tacit. Histor. L. iv, c. 83.

'8 « Chaînes dorées et brillantes , illustre misère »„

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Aurele, Pertinax, Diocletian, et la fin qu'ont faict presque tous les douze premiers Césars , et tant d'autres après eux. Mais pource que peu croient cecy , et se laissent décevoir à la belle mine, je veux plus particulièrement cotter les incommodités et misères qui accompagnent les souverains '9.

Premièrement la difficulté grande de bien jouer leur roolle, et s'acquitter de leur cbarge, car que doibt-ce estre que de reigler tant de gens, puis qu'à reigler soy-mesme il y a tant de difficultés ? Il est bien plus aisé et plus plaisant de suyvre que de guider, n'avoir à tenir qu'une voye toute tracée que la tracer, à obéir qu'à commander , et respondre de soy seul que des autres encores :

Ut satiùs multô jam sit parère quietum , Quàm regere imperio res velle 20 . . . .

Joinct qu'il semble requis que celuy qui commande soit meilleur que ceux à qui il commande , ce disoit un grand commandeur, Cyrus21. Cette difficulté se monstre parla rareté, tant peu sont tels qu'ils doib-

*9 II y a, dans les Mémoires de Philippe de Commines, L. vi, c. i3, un beau passage sur la misère des rois, et qui ajouterait une grande force à ce qu'en dit ici Charron , comme à ce qu'en a dit Montaigne, loc. cit.

20 « De manière qu'il vaut bien mieux obéir tranquillement que de vouloir gouverner». Lucret. L. v, v. 1 126.

21 Dans Xénophon , Pœdagog. xix. Charron cite une seconde fois ce mot de Cyrus , dans le Chapitre 111 du Liv. II.

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