‹ De la sagesseChapitre 246 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE LIV. 33g · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LIV. 33g

d'effroy, sine reclore praecep s , paçidus , socors : nil ausura plebs principibus amotis 6.

Soustient et favorise les brouillons et reraueurs de mesnage , il estime modestie poltronnerie , prudence lourdise : au contraire, il donne à l'impétuosité bouillante le nom de valeur et de force : préfère ceux qui ont la teste chaude et les mains frétillantes, à ceux qui ont le sens rassis, qui poisent les affaires, les vanteurs et babillards aux simples et retenus.

Ne se soucie du public ny de l'honneste, mais seulement du particulier, et se picque sordidement pour le profit : privata cuique stîmulatio, vile decus publicum 1 .

Tousjours gronde et murmure contre Testât, tout bouffi de mesdisance et propos insolens contre ceux qui gouvernent et commandent. Les petits et pouvres n'ont autre plaisir que de mesdire des grands et des riches, non avec raison, mais par envie, ne sont jamais contens de leurs gouverneurs et de l'estat présent8.

6 « Lorsqu'il n'a personne qui le dirige, il reste irrésolu, timide , inactif : — Otez les chefs au peuple, il n'osera rien ». Tacit. Hist. , L. iv , chap. 37. — Annal. L. 1 , chap. 55.

7 « L'intérêt particulier est tout ce qui l'excite ; l'intérêt public est nul ». Tacit. Hist. L. 1 , in fine. — Dans le texte , le passage cité n'a pas tout-à-fait le sens que nous lui donnons ici , pour qu'il s'accorde avec la pensée de Charron.

8 lierum novarum cupidine , et odio prcesentiwn. Tacit. Hist. L. Il , chap. 8 , in fine,

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Mais il n'a que le bec, langues qui ne cessent, esprits qui ne bougent, monstre duquel toutes les parties ne sont que langues , qui de tout parle et rien ne sçait, qui tout regarde et rien ne voit, qui rit de tout et de tout pleure , prest à se mutiner et rebeller et non à combattre; son propre est d'essayer plustost à secouer le joug qu'à bien garder sa liberté' : procacia plebis ingénia , — impigrae linguae , ignavi animi 9.

Ne sçachant jamais tenir mesure ny garder une médiocrité bonneste ; ou très bassement et vilement il sert d'esclave, ou sans mesure est insolent et tyranniquement il domine ; il ne peust souffrir le mors doux et tempéré, ny jouir d'une liberté' reiglée, court tousjours aux extremite's, trop se fiant ou mesfiant, trop d'espoir ou de crainte. Ils vous feront peur si vous ne leur en faictes : quand ils sont effrayés , vous les baffouez et leur sautez à deux pieds sur le ventre ; audacieux et superbes si on ne leur monstre le baston, dont est le proverbe : oings-le il te poindra; poinds-le il t'oindra : nil in vulgo modicum ; terrere ni paveant ; ubi pertimuerint , impune contemni: — audaciâ turbidum , nisi vim meluat : — aut servit humiliter , aut superbe dominatur ; libertatem , auae média, nec spernere nec habere10.

9 « Le peuple est impétueux , insolent : — sa langue est agissante , mais il est sans vrai courage ». Tacit. Hlst. L. III , chap. 32. — Sallust. Oral. Mardi.

10 « Rien de modéré dans le peuple : s'il ne tremble pas ,

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