LIVRE I, CHAPITRE LIV. 4oi
Très ingrat envers ses bienfacteurs. La recompense de tous ceux qui ont bien mérité du public , a tousjours este' un bannissement, une calomnie, une conspiration, la mort. Les histoires sont célèbres de Moyse et tous les prophètes, de Socrates, Aristides, Phocion, Lycurgus, Demostliene, Themistocles : et la vérité a dict qu'il n'en eschappoit pas un de ceux qui procuroient le bien et le salut du peuple TI : et au contraire il chérit ceux qui l'oppriment, il craint tout , admire tout.
Bref, le vulgaire est une beste sauvage; tout ce qu'il pense n'est que vanité , tout ce qu'il dit est fauls et erroné; ce qu'il reprouve est bon, ce qu'il approuve est mauvais12, ce qu'il loue est infâme, ce qu'il faict et entreprend n'est que folie. Non iam bene cum rébus humanis geritur ut meliora pluribus placeant : argumentum pessimi turba est13. La tourbe populaire est
îl veut effrayer ; s'il a peur , il souffre même le mépris. — Turbulent avec audace , s'il n'est retenu par la force. — Ou il sert avec bassesse, ou il domine avec orgueil; il ne sait ni jouir d'une liberté sage, ni se consoler de l'avoir perdue ». Tacit. Annal. L. I, chap. 29. — Ibid , L. VI, c. il. — Tit, Liv. L. xxiv , c. 20.
11 Matth. chap. v, vers 11 et 12.
12 Voy. Cicer. Tuscul. L. il, injine.
,3 « Dans ce monde tout n'est pas réglé de manière à ce que le mieux emporte toujours la majorité des suffrages : l'indice qu'une chose ne vaut rien , c'est qu'elle a été agréée de la multitude ». Senec. de f^iia Beata, cap. 2,fere initio. 1. 26
4o2 DE LA SAGESSE,
mère d'ignorance, injustice, inconstance, idolâtre de vanité' , à laquelle vouloir plaire ce n'est jamais faict : c'est son mot : vox populi vox DeiJi, mais il faut dire, vox popuh vox stultorum15. Or, le commencement de sagesse est se garder net , et ne se laisser emporter aux opinions populaires16. Cecy est pour le second livre17, que nous approchons.
l!* « La voix du peuple est la voix de Dieu ».
13 « La voix du peuple est la voix des fous». — C'est àpeu-près dans le même sens que Plutarque a dit : « Plaire à une populace est ordinairement déplaire aux sages ». Plut. Comment il faut nourrir les enfans.
,6 Un symbole de Pythagore portait : ne marchez point par le chemin public; per viam publicam ne vadas , c'est-à-dire, suivant M. Dacier , qu'il ne faut pas suivre les opinions du peuple, mais les sentimens des sages. Ce symbole, ajoute-t-il, s'accorde avec le précepte de l'Evangile , d'éviter la voie spacieuse et large. — Voy. le Symbole vu, de Pythag. Traduct. de Dacier.
'7 Voy. L. il , chapitre i.
Qualriesme distinction et différence des hommes, tirée de leurs diverses professions et conditions de vie.
PREFACE
Voie Y une autre différence des hommes tire'e de la diversité de leurs professions, conditions et genres