LIVRE I, CHAPITRE VIII
Aristote , il en sera davantage traitté en son lieu , au discours de l'ame intellective.
Il reste encores le dernier point de l'ame , sa séparation d'avec son corps , laquelle est de diverses sortes et genres : Tune et l'ordinaire est naturelle par mort , cette-cy est différente entre les animaux et l'homme : car par la mort des animaux l'ame meurt et est anéantie selon la règle , qui porte que par la corruption du subiect la forme se perd et périt , la matière demeure. Par celle de l'homme, l'ame est bien separe'e du corps, mais elle ne se perd, ains demeure, d'autant qu'elle est immortelle.
L'immortalité de l'ame est la chose la plus universellement , religieusement (c'est le principal fondement de toute religion) et plausiblement retenue par tout le monde : j'entends d'une externe et publique profession ; car d'une sérieuse , interne et vraye non pas tant , tesmoin tant d'Epicuriens , libertins , et moqueurs ; toutesfois les Saduceens, les plus gros milours*10 des Juifs n'en faisoient point la H't*»' petite bouche à la nier : la plus utilement creue , aucunement assez prouvée par plusieurs raisons naturelles et humaines, mais proprement et mieux establie par le ressort de la religion , que par tout autre moyen ". Il semble bien y avoir une inclination et.
*10 Les plus gros milords , c'est-à-dire, docteurs.
" Ce passage est un de ceux que Charron avait cru de-
disposition de nature à la croire, car l'homme désire naturellement allonger et perpétuer son estre ; d'où vient aussi ce grand et furieux soin et amour de nostre postérité et succession : puis deux choses servent à la faire valoir et rendre plausible ; l'une est l'espérance de gloire et réputation , et le désir de l'immortalité' du nom , qui tout vain qu'il est , a un merveilleux crédit au monde : l'autre est l'impression que les vices qui se dérobent de la veue et cognoissance de l'humaine justice, demeurent tousjours en butte à la divine , qui les chastiera , voyre après la mort : ainsi outre que l'homme est tout porte' et dispose' par nature à la désirer , et par ainsi la croire , la justice de Dieu la conclud.
De là nous apprendrons y avoir trois différences et degrés d'ames , ordre requis à la perfection de l'univers. Deux extrêmes : l'un de celles qui estans du tout matérielles, plongées, enfondrées et inséparables de la matière ; et ainsi avec elle corruptibles : ce .^■fc-tv » sont les brutales*12 : l'autre au contraire de celles qui n'ont aucun commerce avec la matière et le corps , comme les démons immortels : et au milieu est l'humaine qui comme moyenne n'est du tout attachée à
voir adoucir. Il s'expliquait avec bien plus de hardiesse dans la ire. édition , comme on pourra le voir à la fin de la longue variante citée en note , dans ce chapitre. *12 Les âmes des bêtes.