LIVRE I, CHAPITRE XIV. io
sec, d'où vient que les advancés en aage prévalent en entendement par dessus les jeunes, d'autant que le cerveau s'essuye et s'assèche tousjours plus; aussi les melancholiques secs, les affligés, indigens, et qui sont à jeun (car la tristesse et le jeusne dessèche), sont prudens et ingénieux , splendor siccus, animus sapîentissîmus... J^exatio dat intellectum 2; et les bestes du tempérament plus sec, comme fourmis, abeilles, elephans , sont prudentes et ingénieuses ; comme les humides, tesmoin le pourceau, sont stupides, sans esprit; et les méridionaux, secs et mode'rés en chaleur interne du cerveau, à cause du violent chaud externe.
Le tempérament de la mémoire est humide, d'où vient que les enfans l'ont meilleure que les vieillards, et le matin après l'humidité acquise par le dormir de la nuict, plus propre à la mémoire, laquelle est aussi plus vigoureuse aux Septentrionaux: j'entends ici une humidité non aqueuse, coulante en laquelle ne se puisse tenir aucune impression , mais aërée , gluante , grasse et huileuse, qui facilement reçoit et retient fort, comme se voyt aux peinctures faictes en huile : le tempérament de l'imagination est chaud, d'où vient que les frénétiques , maniacles et malades de maladies
2 « Tempérament sec , esprit très-sage... Les abstinences et austérités donnent de l'intelligence?» . — Je traduis ici plutôt d'après ce qui précède , que d'après le sens littéral des paroles.
ardentes, sont excellens en ce qui est de l'imagination, poésie, divination, et qu'elle est forte en la jeunesse et adolescence (les poètes et prophètes ont fleuri en cet aage), et aux lieux metoyens*3, entre Septentrion et Midy.
De la diversité des temperamens , il advient qu'on peust estre médiocre en toutes les trois facultés, mais non pas excellent, et que qui est excellent, en l'une des trois, est foible es autres. Que les temperamens de la mémoire et l'entendement soient fort differens et contraires, cela est clair, comme le sec et l'humide, de l'imagination : qu'il soit contraire aux autres, il ne le semble pas tant, car la chaleur n'est pas incompatible avec le sec et l'humide, et toutesfois l'expérience monstre que les excellens en l'imagination sont malades en l'entendement et mémoire, et tenus pour fous et furieux : mais cela vient que la chaleur grande qui sert l'imagination , consomme et l'humidité qui sert à la mémoire, et la subtilité des esprits et figures , qui doit estre en la sécheresse qui sert à l'entendement , et ainsi est contraire et destruit les deux autres.
De tout cecy il est évident qu'il n'y a que trois principaux temperamens, qui servent et fassent agir l'ame raisonnable, et distinguent les esprits; sçavoir le chaud, le sec et l'humide. Le froid ne vaut à rien, n'est point actif, et ne sert qu'à empescher tous les
*3 Mitoyens.