‹ De la sagesseChapitre 74 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XV. n · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV. n

L'action et l'office , ou exercice de cette force et puissance, qui est d'assembler, conjoindre, séparer, diviser les choses receues, et y en adjouster encores d'autres, c'est discours, ratiocination , lôyiapoç 2 &â- »ot« cjuasi Stà voSm .

La facilité subtile, et alegre promptitude à faire toutes ces choses, et pénétrer avant en icelles, s'appelle esprit, ingenium, dont les ingénieux, aigus, subtils, pointus, c'est tout un.

La répétition, et cette action de ruminer, recuire4, repasser par l'estamine de la raison, et encores plus elabourer, pour en faire une resolution plus solide , c'est le jugement.

L'effect en fin de l'entendement, c'est la cognoissance, intelligence, resolution.

L'action qui suit cette cognoissance et resolution qui est à s'estendre , pousser et avancer à la chose cognue, c'est volonté, intellectus extensus et promotus5 .

Parquoy toutes ces choses, entendement, imagination, raison, discours, esprit, jugement, intelligence , volonté , sont une mesme en essence , mais

2 Aôyicpoç et <5tâvota, signifient raisonnement, ou, comme dit l'auteur , ratiocination.

3 Quasi Sta voùv, c'est-à-dire, comme si le mot Siv-vota. venait de la préposition &a, par, et voû; , esprit; et il en vient en effet.

4 Du latin recoquere , cuire une seconde fois.

3 « L'intellect qui s'étend au dehors, et se meut en avant ».

n8 DE LA SAGESSE,

toutes diverses en force , vertu et action , tesmoin qu'un est excellent en l'une d'icelles , et foible en l'autre : souvent qui excelle en esprit et subtilité', est moindre en jugement et solidité.

Je n'empesche pas que l'on ne chante les louanges et grandeurs de l'esprit humain, de sa capacité, vivacité , vitesse : je consens que l'on l'appelle image de /.K*«.4f/. Dieu vive, un degoust*6 de l'immortelle substance, une fluxion de la divinité , un esclair céleste auquel Dieu a donné la raison comme un timon animé pour le mouvoir avec reigle et mesure , et que ce soit un instrument d'une complette harmonie; que par luy y a parentage entre Dieu et l'homme ; et que pour le luy ramentevoir il luy a tourné les racines vers le ciel, affin qu'il eust tousjours sa veue vers le lieu de sa naissance ; bref qu'il n'y a riçn de grand en la terre que l'homme, rien de grand en l'homme que l'esprit. Si l'on monte jusques là, l'on monte au-dessus du ciel : ce sont tous mots plausibles dont retentissent les escholes et les chaires.

Mais je désire qu'après tout cela l'on vienne à bien sonder et estudier à cognoistre cet esprit; car nous trouverons qu'après tout, c'est et à soy et à autruy un très dangereux outil, un furet qui est à craindre, un petit brouillon et troubîefeste, un esmerillon fâcheux

*6 Degoust , qu'on devrait écrire degout , puisqu'il vient de goutte , gutta, signifie ici une émanation.

Page 1