‹ De la sagesseChapitre 86 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XVIL 33g · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIL 33g

les choses secrettes et à venir , et cause les enthousiasmes , les prédictions et merveilleuses inventions , et ravit en extase : réellement tue et faict mourir; tesmoin celui à qui F on desbanda les yeux pour luy lire sa grâce , et fust trouvé roide mort sur l'eschafaut. Bref c'est d'elle que vient la pluspart des choses que le vulgaire appelle miracles , visions , enchantemens. Ce n'est pas tousjours le diable* ou esprit familier, comme incontinent l'ignorant pense , quand il ne peust trouver le ressort de ce qu'il voyt, ny aussi tousjours l'esprit de Dieu (à ces mouvemens surnaturels on ne touche point ici) ; mais le plus souvent c'est l'effect de l'imagination , ou celle de l'agent qui dict et faict telles choses , ou du patient et spectateur qui pense voyr ce qui n'est point : ce qui est requis en tel cas, et qui est excellent, est de sçavoir prudemment discerner quel ressort joue, naturel ou surnaturel , vray ou fauls , discretio spirituum 3 , et ne précipiter son jugement comme faict la pluspart mesmes des populaires *4 qui n'en ont gueres.

En cette partie et faculté' d'ame se tient et loge

* Variante. Ce n'est point le diable ny l'esprit , comme il pense ; mais c'est l'effect de l'imagination ou de celle de l'agent qui faict telles choses , ou du patient et spectateur qui pense voyr ce qu'il ne voyt point.

3 « Le discernement des esprits. »

+k Des gens du peuple.

ï4o DE LA SAGESSE,

l'opinion , qui est un vain et léger , cruel et imparfaict jugement des choses, tire' et puisé des sens extérieurs, et du bruict commun et vulgaire , s'arrestant et tenant bon en l'imagination , et n'arrivant jamais jusques à l'entendement , pour y estre examiné , cuict et elabouré , et en estre faict raison , qui est un vray , entier et solide jugement des choses : dont elle est inconstante , incertaine , volage , trompeuse , un très mauvais et dangereux guide , et qui faict teste à la raison , de laquelle elle est une ombre et image , mais vaine et faulse : elle est mère de tous maux r confusions, desordres ; d'elle viennent toutes passions et les troubles ; c'est le guide des fols , des sots , du vulgaire , comme la raison des sages et habiles.

Ce n'est pas la vérité ni le naturel des choses qui nous remue et agite ainsi l'ame, c'est l'opinion selon un dire ancien. Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses , non par les choses mesmes : opinione saepius ijuam re laBoramus : plura sunt auae nos tenent quam quae prémuni 5. La vérité et l1 estre des choses n'entre ny ne loge chez nous de soy-mesme , de sa propre force et authorité : s'il estoit ainsi T toutes choses seroient reçeues de tous, toutes pareilles

5 « Nous sommes tourmentés plus souvent par l'opinion , que par la chose même ; il y a plus de choses qui nous occupent et nous inquiètent , qu'il n'y en a qui nous oppriment réellement ». Jt*u<u , \m . /3 .

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