‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 103 sur 170 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

De la capimlé ou prison.

Sommaire.^ -— De toutes les adQîctions , la moindre est la captivité. C'est le corps seul que Fon peut détenir ; l'esprit franchit les murs des prisons. Le monde est une prison bien autrement funeste pour les chrétiens.

LiETTE affliction n'est plus rien, et est trop aysëe à vaincre, après ce qui a esté dict de la maladie et de la douleur ; car ceux-cy ne sont presque point sans quelque captivité au lict , en la maison, en la géhenne , et enchérissent beaucoup au dessus d'icelle : toutesfois deux ou trois mots d'elle. Il n'y a que le corps, la manche, la prison de Tame, qui est captive ; l'esprit demeure toujours libre et à soy en despit de tous : comment sçait-il et peut-il sentir qu'il est en prison, puisqu'aussi librement et encores plus il peut s'esgayer et promener où il voudra ? Les murs et I5 clos-

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ture de la prison est bien trop loing de luy pour le pouvoir enfermer. Le corps qui le touche et luy est conjolnct ne le peut tenir ny arrester. Celuy qui sçaît se maintenir en sa liberté et user de son droict , qui est de n'estre pas enfermé mesme dedans ce monde, se mocquera de ces chetives barrières. Chrisiianus etiam extra carcerem saeculo renuniiaçit, in carcere etiam car-ceri; nihil interest ubisitis in saeculo, (jui extra saecuhuti estis : auferainus carceris nowen , secessum vocemus ; et si corpus includitur, caro detinetur, omnia spiritui pa^ tent, totum hominem animas circumfert, et quo vuli transfert \

La prison a reçeu benignement en son sein plusieurs grands et saincts personnages, a esté Tasyle, le port de salut , et la forteresse à plusieurs qui se fussent perdus en liberté , voire qui ont eu recours à elle pour estre en liberté , l'ont choisie et espousée pour vivre en repos et se délivrer du monde, e carcere in custO'

* « Si le chrétien , même lorsqu^il est libre , renonce au siècle , il sait aussi , lorsqull est captif, renoncer à la prison. Peu importe en quel lieu vous viviez dans le siècle , vous qui êtes hors du siècle. Otons à la prison le nom qu^elle porte , appelonS'la une retraite : et , en effet , lorsque le corps est détenu , ce n^est que de la chair que Ton détient ; mais Tesprit ne connatt ni fers , ni clôture : T esprit , franchissant toutes les barrières , transporte T homme partout où bon lui semble ». — TertulUen, ad Martyras^ page i56. édit. Paris. 164.1:.

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