CHAPITRE XXXIV
Contre la vengeance.
Sommaire. — Saisir pardonner est bien plus honorabîé que chercher à se venger. Un grand cœur est insensible aux injures. — Ici la clémence est encore nécessaire.
Exemples : César; Jupiter.
«Contre cette cruelle passion, il faut premièrement se souvenir qu'il n'y a rien de si honorable que
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de sçavoîr pardonner. Un chascun peut poursuivre la raison et la justice du tort qu'il a reçu ; mais donner grâce et remission, il n'appartient qu'au prince souverain.. Si donc tu veux estre roy de toy-mesme, et faire acte royal , pardonne librement , et use de grâce envers celuy qui t'a offensé ' ».
Secondement , qu'il n'y a rien de si grand et victorieux que la dureté et insensibilité courageuse aux injures, par laquelle elles retournent et rejaillissent entières aux injurians , comme les coups roide-assenés aux choses très dures et solides, qui ne font autre chose que blesser et estourdir la main et le bras du frappeur : méditer vengeance est se confesser blesse ; se plaindre, c'est se dire atteint et inférieur. Ultio doloris confessio est : non est magnus animas tjuem incurvai injuria ; ingens animas et verus aestimator sai non vindicat injuriamy tjuia non sentit ^.
L'on objecte qu'il est dur, grief et honteux de sont frir une offense; je l'accorde et suis d'advis de ne souffrir,' ains *^ de vaincre et demeurer maistre , mais
' Du Vaîr, de la Sainte Philosophie ^ p. io8g.
* «c Se venger, c'est avouer qu'on a souffert: or il n'est pas d un grand cœur d'être blessé d'une injure ; un grand cœur, qui sait s'apprécier ce qu'il vaut , ne se venge point d'une injure , parce qu'il ne l'a point sentie ». — -Senec. de ira* L. III, cap. V.
*3 Mais.